Les juifs ont-ils participé à la traite négrière ? Réponse à Petré-Grenouilleau

 

Auteur de Les Traites négrières (Gallimard, 2004), Olivier Pétré-Grenouilleau a proposé une argumentation autour de trois principaux enjeux :

 

1/débarrasser le travail historiographique de tout jugement moral,

2/démontrer l’existence non pas d’une traite des Noirs, mais de trois grandes phases dans l’esclavagisation des Africains (approche globale permettant de mettre au jour la complicité des Noirs dans le commerce des leurs et de démolir l’idée souvent répandue des Noirs victimes),

3/battre en brèche le mythe de la prétendue participation des juifs au commerce des esclaves.


A la question « Les marchands juifs participent-ils à la traite atlantique ? », l’historien français, sans la moindre nuance, répond : « Faux ». En guise de preuve, il brandit le Code noir de Louis XIV, promulgué en 1685, dont le premier article exclut les juifs des colonies françaises :

« … enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence… ».

Mais à l’examen, cette pièce à décharge, en faveur des juifs, interpelle : pourquoi, tout au long du 18ème siècle, les juifs, malgré l’existence de cet édit, seront-ils toujours présents ici et là dans les colonies françaises d’Amérique centrale ? Cela n’indique-t-il pas que la disposition du Code noir, signant leur expulsion, ne fut pas toujours appliquée à la lettre ? Est-il besoin de faire remarquer que l’expulsion des juifs des colonies françaises ne les exclut pas pour autant du commerce triangulaire ?


L’affirmation consistant à nier la participation des juifs au commerce des Noirs tend à briser un mythe pour le substituer à un autre. Et cela parce que Pétré-Grenouilleau apporte une réponse étriquée à une question située dans un champ historique plus vaste : la présentation du Code noir comme preuve tangible, censée réfuter les accusations portées par Dieudonné contre les juifs, revient à circonscrire le débat à l’histoire de France, alors que la traite atlantique commence avec le Portugal et l’Espagne.

Le rôle inaugural, sinon primordial, de ces deux puissances maritimes à partir du 15ème siècle révèle aussi la place importante, souvent occultée, qu’occupèrent les « juifs christianisés » ou conversos dans les premières expéditions ayant abouti à la découverte des terres nouvelles.


Qui sont ces conversos ? Il s’agit des juifs convertis au christianisme sous la pression de l’Inquisition espagnole et portugaise. Si certaines de ces conversions étaient définitives, d’autres représentaient une simple façade, une stratégie de survie souvent qualifiée de double jeu. Autrement dit, beaucoup de conversos étaient officiellement chrétiens tout en affirmant clandestinement leur judéité.

Les conversos, note Jacques Attali dans Les Juifs, le monde et l’argent, constituaient le cœur de l’appareil administratif et financier de l’Espagne au 14ème siècle. Leur puissance économique était telle qu’ils contribueront au financement du voyage de Christophe Colomb en Amérique, et seront très actifs et bien intégrés dans les réseaux du commerce mondial de l’époque, dont le Noir était le principal produit d’échange. La preuve de l’efficacité de l’entrepreneuriat juif nous est administrée par Adriaen Lems, gouverneur de Recife (Brésil), qui, s’adressant en 1648 à la Compagnie des Indes, soulignera le quasi-monopole des juifs sur le négoce des esclaves dans la région :

« Les non-juifs ne peuvent prospérer, parce que les Nègres leur sont vendus trop cher et avec un intérêt trop élevé ».

 

On se demande alors pourquoi les historiens français, se répandant dans les médias contre les mensonges et les élucubrations du « comique inculte », font l’impasse sur cette part de la mémoire de l’esclavage.


Le « caractère unique » de la Shoah résulte de la volonté d’extermination systématique d’un peuple. L’horreur de ce drame se rattache tant au nombre de victimes qu’à la machine criminelle mise sur pied par les nazis. Certes, il y eut des complices au génocide juif, cependant les nazis en restent les principaux responsables.

Ici il y a bien une échelle des responsabilités comme l’a bien établi le procès de Nuremberg, alors que dans le cas de la traite des Noirs, la recherche universitaire s’obstine souvent, au nom de l’objectivité scientifique, à gommer la question de la hiérarchie des responsabilités, qui est tout aussi essentielle à la compréhension des évènements historiques. Est-il recevable l’argument selon lequel l’Afrique, sur le commerce négrier, « fait jeu égal avec l’Europe » (Les traites négrières, p. 86) ?

La particularité de la traite atlantique ne réside-t-elle pas dans sa dimension industrielle, pensée et administrée par les Européens, comme l’illustre le Code noir qui fit de l’être humain une propriété totale.


Les élites africaines, nous dit-on, ont largement contribué à la traite négrière. Cette élite esclavagiste comprenait des personnages tel que Nzinga Mbemba Affonso, devenu roi du Congo en 1506. Pourtant le déchirement moral de cet homme est assez révélateur des pièges dans lesquels sont pris les Africains dans leur relation commerciale avec l’Occident. Après une période d’échange avec les Portugais, le roi Affonso, converti au catholicisme, finit par se rendre compte des dangers de la traite négrière.

En 1526, il adressa au roi João III du Portugal une lettre dans laquelle il s’élevait vigoureusement contre le trafic des hommes : « Chaque jour des marchands kidnappent nos gens – les enfants de ce pays, les fils de nobles et des vassaux, même les membres de notre propre famille…. Cette corruption et cette dépravation sont si étendues que notre territoire est entièrement en train de se dépeupler…. Dans ce royaume, nous avons seulement besoin de prêtres et de maîtres d’école, et non de marchandises, à moins que ce ne soit du vin et de la farine destinés à la messe…. Notre souhait est que ce royaume ne devienne ni un marché ni un port d’esclaves ». Le retournement tardif du roi Affonso contre la traite lui valut un attentat auquel il échappa de justesse. [pauvre moi qui pensais que les nègres vivaient nus dans les arbres. Il devait être un génie Affonso pour écrire au roi. Sans doute pour cela qu’il était lui-même roi. N’est-ce pas ?]

 

(1) – Le Monde, Le Nouvel Observateur (3/03/05), L’Express (14/03/05), et la radio Europe 1 (Jean-Pierre Elkabbach : entretien avec Olivier Pétré-Grenouilleau, 23/2/05).

Extrait de l’article Dieudonné, les juifs et la traite négrière


Marc Mvé Bekale
Maître de conférences
Université de Reims

 

 

 

 

Débat sur l’importance de la participation des Juifs aux traites

Le débat sur l’ampleur de la participation des Juifs à la traite des Noirs éclate en 1991 suite à la publication d’un livre intitulé The Secret Relationship Between Blacks and Jews (La relation secrète entre Juifs et Noirs) rédigé par le département de recherche historique de Nation of Islam, une association faisant la promotion du nationalisme noir. Dans cet ouvrage, Nation of Islam développe une thèse selon laquelle les Juifs auraient eu un poids prépondérant dans la traite atlantique, la finançant en grande partie. Les auteurs insistent aussi sur la cruauté particulière des esclavagistes juifs.

Ces allégations ont été réfutées par un certain nombre de chercheurs qui, tout en ne niant pas le fait que des Juifs ont participé au commerce esclavagiste, se sont attachés à démontrer que leur contribution à la traite est restée tout à fait mineure.

Ainsi, Wim Klooster, de l’Université du Maine, indique que les Juifs d’Amérique : « possédaient nettement moins d’esclaves que les non-Juifs dans les territoires britanniques d’Amérique du Nord et des Caraïbes. Même quand des Juifs, dans un petit nombre de lieux, possédaient des esclaves en quantité légèrement supérieures à leur représentation parmi les familles d’une ville, ces cas ne peuvent en aucun cas corroborer les assertions du livre de la Nation de l’Islam. ». Le professeur Jacob Marcus indique que « la participation des hommes d’affaires juifs américains représentait moins de deux pour cent des importations d’esclaves dans les Antilles ». Le rabbin Bertram Korn dans son ouvrage Jews and Negro Slavery in the Old South, 1789-1865, précise qu’aucun des principaux marchands du sud esclavagiste n’était juif et que « la totalité des trafiquants juifs dans toutes les villes et villages du Sud réunis n’ont jamais acheté ou vendu autant d’esclaves que la société Franklin and Armfield, les plus gros trafiquants d’esclaves du Sud. ».

L’historien Ralph A. Austen a critiqué le livre, disant que « les distorsions (dans le livre) sont produites presque entièrement par des citations sélectives plutôt que par des mensonges explicites… Plus fréquemment, il y a des insinuations relatives à l’implication des Juifs dans le commerce des esclaves », et « Bien que nous ne devions pas ignorer l’antisémitisme manifeste de ce livre (…), on doit reconnaître la légitimité du but avoué qui est d’examiner complètement et en profondeur, même les éléments les plus inconfortables de notre passé commun (aux Noirs et aux Juifs). » Austen reconnaît que ce livre est le premier livre sur le sujet visant un public non-académique.

(source: wiki)

 

 

 

 

 

Et pour ceux qui prétendent que leurs rôles étaient marginaux, voire qu’ils l’ont peut-être fait contre leur volonté, voici quelques exemples emblématiques de juifs ayant prospérés comme Voltaire la lumière, grâce à l’esclavage des nègres. Pour info, c’est 2 minutes de recherche sur internet.

Abraham Gradis,

La Maison Gradis commerça aussi avec Londres, Amsterdam, Cadix, Lisbonne… Ils pratiquèrent la traite négrière

En 1779, Abraham Gradis bénéficia pour ses services de lettres patentes le naturalisant français et l’autorisant à posséder des terres et à obtenir les même droits que les autres Français dans les colonies. Il était syndic de la « nation portugaise » depuis 1738. Il fonda, pour sa communauté, la première caisse mutuelle d’assurance maladie de Bordeaux.

À son décès en 1780, sa fortune est évaluée à plus de 8 millions de livres. Des nombreuses avances qu’il avait fait à l’État, il en abandonna beaucoup et était réputé pour son désintéressement. Il s’était fait construire l’Hôtel Gradis à Bordeaux et était propriétaire du château Monadey à Talence, ainsi que de nombreuses propriétés dans les colonies…

 

 

Judah Philip Benjamin

Il appela les états du Sud à faire sécession pour conserver les profits garantis par la main-d’oeuvre gratuite liée à l’esclavage. Il avait une plantation, Bellechasse, où travaillaient près de 740 Africains. Il prétendait qu’il était plus humain de fouetter les Noirs et de les marquer au fer que de les mettre en prison ou de les envoyer au bagne.

Pendant la guerre de Sécession, il occupa trois postes différents au sein du Cabinet confédéré, dont celui de secrétaire à la Guerre. Il passait pour l’homme le plus puissant du gouvernement sudiste après Jefferson Davis.

Il fut le premier juif membre d’un Cabinet en Amérique du Nord et premier juif nommé à la Cour suprême des États-Unis (mais il déclinera cette nomination).

Après la chute de la Confédération, il s’installera en Angleterre ou il entama une seconde carrière prospère d’avocat et fut conseil de la Reine. Il mourut en France et est enterré dans la 15e division du Cimetière du Père-Lachaise.

 

 

David Levy Yulee

David Levy Yulee (né le 12 juin 1810 – mort le 10 octobre 1886) est un homme politique américain et le premier juif pratiquant à avoir été élu au Sénat des États-Unis.

En février 1848, il propose une résolution contre l’abolition de l’esclavage au Nouveau-Mexique et dans le sud de la Californie, sous prétexte que le sol de ces États appartenait à tous les citoyens de tous les États et que l’on pouvait donc légitimement y introduire l’esclavage. Dans ces États pris récemment au Mexique, l’esclavage était aboli depuis 1829 par le Mexique.

Il était le fondateur et propriétaire de la plantation de cannes à sucre devenue le site historique d’État de Yulee Sugar Mill Ruins, employant plus de 1 000 esclaves.

Une ville et un comté de Floride ont été nommés Yulee en son honneur.

 

 

Aaron Lopez

En 1759, il posa la première pierre de la Synagogue Touro (Newport, Rhode Island), première synagogue en Amérique du Nord.

En 1761, il commence à s’engager dans le commerce des esclaves avec un brigantin et fait partie des plus importants marchands d’esclaves du continent américain.

 

 

Isaac Da Costa

fut le fondateur de l’une des premières synagogues de Curaçao, à laquelle il fournit le premier Sefer Torah.

Il fit partie des plus importants marchants d’esclaves du continent américain.

Comme promis, je poursuis ma plongée dans l’univers de la traite des noirs et il ne fait aucun doute que j’en remonterai avec davantage de billes pour battre en brèche ou confirmer (mais j’en doute de plus en plus), le patchwork de traductions orientées de Petré-Grenouilleau, notre cher historien pour qui, à bien y regarder, le commerce des esclaves noirs n’a profité in fine, à personne d’autre, qu’aux noirs. N’est-ce pas?

Les juifs ont-ils participé à la traite des noirs ?

Empêtré dans ses circonvolutions, ça risque d’être compliqué pour le Petré nantais. A moins qu’il ne me sorte son argument bidon du premier article du code noir…

Si c’est ça l’historien, alors même ma grand-mère serait historienne.


Chers amis, cessez d’écouter doctement ce que la propagande vous déverse à longueur d’ondes et de journée. Lisez, cherchez par vous-mêmes. Ne laissez personne fleurir un mensonge par votre ignorance.

Osez le bon sens !

YDM

2 Comments on "Les juifs ont-ils participé à la traite négrière ? Réponse à Petré-Grenouilleau"

  1. J’ai pas pu continuer à lire tellement j’étais choqué. Bel article y faut continuer à faire ce travail de mémoire.

  2. Admirable travail de ta part !

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