Retour sur Lewis Howard Latimer

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Nous reprenons nos incursions dans le monde des inventions en vous présentant Lewis Howard Latimer. C’est un vrai motif de fierté de la communauté noire américaine. Nous avons pu trouver des informations plus complètes sur lui, dans le livre d’Yves Antoine, Inventeurs et savants noirs pour donner la pleine mesure du talent et du travail de ce fils d’esclave au destin très singulier.

Portrait tiré d’Inventeurs et savants noirs , L’harmattan

Né à Chelsea (Massachusetts) en 1848, Latimer appartient à une famille d’esclaves qui a fui la Virginie pour s’établir à Boston en 1830. Au bout de quelques années, un esclavagiste répondant au nom de James B. Gray se rend dans cette ville et réclame comme sa propriété George Latimer, le père de Lewis H. Latimer. Sans tarder, les abolitionnistes William LLoyd Garrison (un Blanc) et Frederick Douglass se portent à la défense de la famille Latimer. Ainsi a-t-on pu acheter la liberté de George Latimer moyennant quatre cents dollars. Frederick Douglass – il faut le signaler – est un écrivain et un militant noir dont le prestige avait atteint un si haut dégré que le président Abraham Lincoln avait demandé à le rencontrer durant la guerre de Sécession (1861-1865). Il fut nommé ambassadeur des Etats-Unis en Haïti, puis chargé d’affaires en République Dominicaine.

Peu après l’affaire Latimer, l’Etat du Massachusetts promulgua une loi sur la liberté individuelle interdisant la participation d’agents de la police d’Etat à la poursuite d’esclaves fugitifs. Très jeune, Lewis H. Latimer a dû commencer à gagner sa vie et à soutenir financièrement sa famille. Il n’avait que dix ans lorsque son père abandonna sa mère avec quatre jeunes enfants. En dehors des heures de classe, Lewis H. Latimer, vendait le journal au titre très évocateur : The Liberator, écrit par William LLoyd Garrison, qui visait à l’abolition de l’esclavage. A l’âge de seize ans, il s’enrôla dans la marine américaine alors que ses frères s’engageaient dans les forces armées de terre de <<l’Union>>. En 1865, il quitta honorablement l’armée et retourna à Boston chercher du travail.

Le talent de Lewis H. Latimer se distingue par sa polyvalence. Il tâtait de la poésie, s’exerçait à la peinture, au dessin. C’est chez Crosby & Gould, une entreprise-conseil en matière d’obtention de brevet, que Latimer a appris à dessiner. Voici les circonstances de son embauche par Crosby & Gould. Cette firme avait besoin d’un employé de bureau doué pour le dessin. Latimer posa sa candidature à ce poste et celle-ci fut retenue. Vu que les demandes de brevets devaient être accompagnées d’une description de l’invention présentée, Crosby & Gould employaient un certain nombre de dessinateurs. Après avoir consulté de nombreux livres et profité de l’enseignement d’autres dessinateurs, Latimer fut autorisé par son employeur à soumettre quelques dessins. Ses travaux furent si remarquables qu’on l’engagea sur-le-champ.

Il passa onze ans chez Crosby & Gould, Alexander Graham Bell, l’inventeur du téléphone, bénéficia également des services de Latimer qui exécuta le dessin de son invention et aida Bell à préparer les descriptions requises en vue de l’acquisition du brevet du téléphone, délivré en 1876. Non seulement Latimer s’était révélé un dessinateur hors pair, mais il réalisa des inventions qui contribuèrent au progrès notamment dans le domaine de l’électricité. Ses travaux à la compagnie Thomas Edison présentent un caractère exceptionnel. Par exemple, Latimer a sensiblement amélioré la lampe à incandescence créée par Thomas Edison en 1879 et qui inaugure une nouvelle ère de l’électricité aux Etats-Unis et plus tard dans le monde. L’innovation de Latimer consiste dans la fabrication et le montage des filaments de carbone caractérisant cette lampe.

En septembre 1881, Lewis H. Latimer et Joseph U.Nichols reçurent un brevet pour leur <<lampe électrique>>. En janvier 1882, Latimer se vit décerner un brevet relatif au procédé de fabrication de filaments de carbone. Les filaments utilisés dans la lampe d’Edison étaient composés d’éléments divers et fonctionnels, mais de plus ou moins bonne qualité. Or, la méthode de Latimer permit la production de filaments de carbone de qualité supérieure et d’une durabilité beaucoup plus grande. Une invention de Latimer attribuée à la Compagnie Edison est celle d’un support de globe pour lampe électrique à arc, breveté en 1882. A l’époque de Latimer, les lampes électriques à arc étaient montées en série. Quand la lampe s’éteignait, toutes les autres suivaient. Latimer, lui plaça ses lampes en parallèle de façon que la panne de l’une d’entre elles ne nuise en rien au fonctionnement des autres. Il fut chargé de la supervision de l’installation électrique à Philadelphie et même à Montréal où il dut apprendre un peu le français. A l’automne de 1881, Latimer se rendit à Londres afin de mettre sur pied un département de lampes à incandescence pour la Maxim-Weston Electric Light Company. Il y supervisa la production de filaments de carbone. Après avoir travaillé pour l’Olmstead Electric Lighting Company de Brooklyn et l’ACME Electric Light Company de la ville de New York, Latimer devint, à la demande de Thomas Edison, son associé au Département d’ingénierie de la Edison Electric Light Company de la ville de New York. Celle-ci est connue aujourd’hui sous le nom de General Electric Company. En 1890, Latimer publia le premier manuel sur le système d’éclairage électrique aux Etats-Unis : Incandescent Electric Lighting, A Practical Description of the Edison System (New York, D. Van Nostrand Company, 1890). Latimer n’avait pas circonscrit ses activités au domaine de l’électricité. En effet, il fit breveter un appareil de refroidissement et de désinfection. En 1928, il mourut des suites d’une longue maladie. Une organisation dénommée les Pionniers d’Edison, formée de scientifiques, anciens employés de Thomas Edison, lui rendit un ultime hommage en écrivant à son sujet : <<…sa présence géniale va nous manquer au cours de nos réunions. Latimer était un membre à part entière et très estimé des Edison Pionniers>>. Quelques -unes de ses inventions se trouvent exposées au Musée national d’histoire américaine (Smithsonian Institution, Washington, DC). En mai 1968, on donna son nom à une école élémentaire de Brooklyn (New York) : The Lewis H. Latimer School.

Yves Antoine

Osez le bon sens !

YDM

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