Et un jour, il eut Jeannine Vromant !

Nous hériterons tous de Vromant. Nous hériterons tous de ces mémés qui crèvent seules, isolées de la société comme des piles usagées jetées dans une caisse au supermarché sans que l’on ne se soucie jamais de savoir comment elles seront recyclées.

Vieilles et seules, caractéristiques de cette couche de la population que nous aimons tous citer en exemple, en exemple seulement.

A nous leurs pognons, leurs maisons, leurs bagnoles, leurs bijoux bref, leurs avoirs car si elles guérissent mieux désormais, elles vieillissent toujours aussi mal.

A quoi leur servirait le Botox si c’est pour rester cloîtrer chez elles, devant Lepers en espérant que leurs enfants daignent leur passer un coup de fil, une fois par trimestre, pour leur annoncer qu’ils ont des problèmes financiers ?

Nous hériterons tous de Jeannine. Jusqu’à présent le coffre-fort n’a jamais suivi le corbillard.

Car, tenez–le pour dit, il y’a de l’héritage dans l’air. Le prochain vrai business sera celui de causeur public.

Pour l’instant, nous faisons un test marketing pour conforter notre intuition.

Nous avons passé une annonce :

Jeunes hommes et femmes proposent de tenir la conversation à des personnes isolées pour les aider à agrémenter leurs journées et à profiter de leurs instants de retraite contre une compensation de 60€/heure. Au programme, conversations à domicile. Nous sommes causeurs publics. Notre métier est de vous parler et surtout de vous écouter. Contactez-moi au 01 83 62 88 58.

Nous attendons les appels.

Notre sollicitude à la rescousse de leur solitude. Elle aura désormais un prix. Que de vieux à couvrir de délicatesses ! Nous étions destinés à un avenir en vermeil. Parler avec eux pour les sortir de la frugalité, la vacuité de leurs existences. Ils finissent à l’hospice, oubliés des leurs qui n’attendent que leurs trépas pour se précipiter sur leur pécule. Nous le partagerons dorénavant ensemble.

Nul besoin d’arracher le sac des petites vieilles, tenez-le pour elles. Et elles vous sauront gré de leur avoir consacré de l’attention.

Notre business plan comme disent ceux qui savent, est déjà prêt. Nul besoin aussi de qualifications importantes, parler français à peu près correctement devrait suffire.

Comme cette vieille que nous avons vu dans le tramway, accrochée tout le long de son périple à une jeune fille en hijab entrain de faire des mots croisés. Elle n’a pas cessé d’attirer son attention avec ses réflexions, ses remarques, ses rires et sa volonté envahissante de parler à quelqu’un. Elle respirait l’ennui. Toute la rame était gênée. Et lorsqu’elle est finalement descendue, nous avons ressenti le ouf de soulagement des passagers, enfin débarrassés de cette intrusion collante dans leurs vies.

Probablement son unique sortie de la semaine ; aller faire des courses et profiter de cet intermède pour essayer désespérément de capter l’attention des autres. La dame d’en face nous a même souri.

Et nous avons compris. Ils sont mûrs, les gens ! Ils sont prêts à payer pour qu’on leur évite ce genre de désagréments. Et les débouchés sont énormes, le potentiel illimité.

L’Europe, les vieux, c’est quasiment un pléonasme.

Nous avons pensé à Jeannine Vromant et au bol d’air d’humanité qu’elle devait prendre au contact des conducteurs de bus. Reposes en paix !

Ou encore cette dame lituanienne qui habitait notre immeuble, au même étage, jadis, et ne pouvait s’empêcher de nous attendre au couloir, le soir, heureuse qu’on lui adressât quelques mots gentils.

Bonsoir, madame !

Deux mots ; seules fenêtres sur le monde. Elle s’en est allée comme elle était venue. Dans le silence.

Plus de vieux, plus de smartphones, plus de tablettes, plus d’isolement : c’est l’époque !

Pathétique. Dégueulasse certes ! Profitable, assurément ! Ce n’est pas de notre faute. Ni de la vôtre d’ailleurs. C’est l’époque. C’est le système, n’est-ce pas ?

Il y’a un filon, il faut l’exploiter. Avant que les socio-libéraux communistes chinois ne le fassent. Nous nous en méfions. Au regard de la longévité de leurs ascendants, ils ont du métier et ça, ce serait néfaste pour le business.

En plus, dans cette période difficile, nous participons à l’effort économique et à la cohésion sociale ; cela permettrait aux familles bobos si open-minded, de mettre du beur dans les manoirs.

Momo, je vous paie pour parler à ma mère… Avant qu’elle ne déconne avec notre argent comme l’autre !

Et demain, il n’ y’ aura bien plus que des Vromant pour vous remercier de votre présence, votre écoute, votre attention en vous accouchant dans leurs testaments.

Bénef clinquant immédiat, investissement astucieux garanti. En plus de cela, cerise sur la cerise, vous faites une bonne action. C’est quasiment de l’économie éthico-équito-écologico-durable.

Enrichissement des bourses et de l’esprit, croyez-nous, à coup sûr, vous en sortirez grandis.

Qui sait ! Les actionnaires de sociétés de causeurs publics pourront terminer avec des médailles d’honneur pour services rendus à la nation.

Nous allons pouvoir faire du bien autour de nous. Merci à toi, O grand capitalisme !

Le slogan est presque trouvé :

Les Vromanteries, nos causeries à petits prix !


Qui nous suit ?

Et ne venez surtout pas nous parler de cynisme !

 

 

Osez le bon sens !

YDM

Be the first to comment on "Et un jour, il eut Jeannine Vromant !"

Leave a comment