Suicide et sacrifice de Jean-Paul Galibert

Extrait de Suicide et sacrifice

 

 »Le suicide est-il en train de devenir une extermination? un suicide se produit en France toutes les 4 minutes. Il y’en a 900 par mois, 30 par jour. »

 »Le suicide fait plus de plus dix mille morts par an. 11405 selon les données les plus fiables d’une récente enquête de l’Institut de veille sanitaire. Le suicide aurait donc fait plus de 700000 morts depuis 1945. »

 »En France, un décès sur cinquante est un suicide. On se tue deux fois plus en France qu’au Royaume-Uni, en Espagne ou aux Pays-Bas. Le suicide est la première cause de mortalité chez les 35-49 ans, la deuxième chez les 15-24 ans, après les accidents de la circulation. »

 »Il y a presque deux fois plus de suicides que de morts sur la route. Le suicide tue 5 fois plus que l’alcool au volant, 50 fois plus que le cannabis au volant, 1000 fois plus que les overdoses de cocaïne, 3000 fois plus que l’ecstasy. »

 »De 2004 à 2007, près de 300000 personnes ont été hospitalisées en France pour tentative de suicide.  70000 personnes sont hospitalisés chaque année, certaines plusieurs fois; on compte 90000 hospitalisations par an pour tentative de suicide. Mais une personne sur deux seulement est hospitalisée après une tentative. On peut donc estimer à au moins 150000 par an les tentatives de suicide. »


‘Vous avez le choix :

– Si vous vous tuez effectivement, vous êtes un suicidé

– Si vous tentez de vous tuer, vous êtes un  »suicidant »

– Si vous pensez au suicide, si vous l’envisagez sans le tenter, vous êtes un  »suicidaire »

Le  »suicideur » correspond au rôle, puni par la loi, de celui qui vous incite au suicide. Il correspond plus ou moins au commanditaire dans le cas du meurtre. Mais le suicide est le seul meurtre sans meurtrier : c’est un meurtre où le coupable, par définition, est déjà mort. Ce meurtre sans coupable dégage une puissante onde de culpabilité qui dissuade chacun de chercher d’autres responsables. Il en résulte  que le suicideur est encore moins souvent puni que le commanditaire. A plus forte raison s’il a la puissance, l’ubiquité d’un système social bien établi ».

Le suicide est le plus indétectable des meurtres sociaux. Ce qui reste à trouver, c’est le mobile : quelle peut bien être cette société qui a intérêt à un si grand nombre de suicides ? Quelle est la règle ontologique de ce nouveau capitalisme qui préfère détruire que produire ? Quelle révolution dans l’idée même de rentabilité permet-elle d’envisager une rentabilité du suicide ?

L’hyperrentabilité est la règle ontologique mondiale

La rentabilité est en train de disparaître, car elle n’était pas assez rentable. La bonn e vieille rentabilité du capitalisme voulait que les choses  »rapportent plus qu’elles ne coûtent ». En un mot, elle se contentait de réclamer que tout soit aussi rentable  »que possible ». Elle renonçait donc d’emblée à une rentabilité absolue;  elle acceptait en particulier d’assurer un minimum social à ses employés, et même de les rémunérer en échange de leur travail ! Pour le dire en un mot, la rentabilité s’est toujours encombrée d’un double souci d’existence et d’humanité qui la détournait d’avance de son idéal : la rentabilité absolue.

C’est désormais l’hyperrentabilité qui impose sa domination au monde en son entier : elle exige de tout être qu’il soit  »absolument » rentable, c’est-à-dire qu’il  »rapporte tout et ne coûte rien ». Précisons aussitôt que l’hyperrentabilité admet les frais, mais non les charges : elle accepte d’assumer un coût réel ou un investissement, mais en aucun cas la responsabilité d’un sort humain ou d’une existence réelle.

Elle quitte le bon vieux capitalisme, qui avait enfermé la rentabilité classique dans un monde doublement positif, où il s’agissait toujours implicitement de produire des marchandises  »réelles » pour satisfaire des besoins  »humains ». Elle se rapproche de l’idéal de la rentabilité absolue en faisant sauter ces deux verrous imaginaires ; elle ne se soucie ni de la réalité ni d’humanité. L’hyperrentabilité peut aussi bien fournir de l’inexistant à des inexistants, si c’est le plus rentable. Or, on va le voir : rien n’est plus rentable que vendre de l’imaginaire à celui qui imagine.

__Page 9-13__

Voici un livre écrit par un philosophe, Jean-Paul Galibert  qui, pour une fois, ne nous noie pas dans un jargon imbitable et sans grand intérêt ( »on se surprend à comprendre du premier coup ce qu’un agrégé en philosophie raconte ! »), et qui apporte une clé de compréhension au problème du suicide dans la société.

Il dénonce avec beaucoup d’entrain, les ravages de l’hypercapitalisme qui, d’une manière ou d’une autre, pousse les individus à l’autodestruction.

Le texte et le raisonnement sont accessibles à tous et ce travail de vulgarisation, mais aussi de réflexion sur ce sujet presque tabou, est absolument édifiant.

Bien évidemment, j’ai inscrit le livre de Jean-Paul Galibert, dans notre chaîne de lecture.

 

Suicide et sacrifice;

 »Le mode de destruction hypercapitaliste »

Jean-Paul Galibert

Ed. Lignes, 96 pages – 13€

Osez le bon sens !

YDM

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