Sous le ceinturon du centurion

Je vous promets du sang, du labeur
Des larmes et de la sueur
Comme Churchill
Mépris et massacres

Pour les nôtres terrés dans la peur
Pendant que ces monstres sabrent le champagne
Je pisse sur leurs femmes
Le jour de gloire est arrivé, c’est sûr

Alors vous pouvez violer ces guenons
Tuez leurs garçons
Qu’aucun sang impur
N’abreuve nos sillons*

À chacun son Hiroshima
Qu’ils aillent se plaindre
Je me torche le cul
Avec leur convention

19-17 en ligne de mire
Préparez vos sulfateuses
Après tout, qu’avons-nous à perdre ?
Égorgez leurs filles, brûlez les maisons

Pas de quartier, mille et un charniers
Seuls les vainqueurs ont raison
Faut que ça saigne, soldats
Affûtez vos nerfs pour le combat

Car qui aime la paix
Dorlote sa kalach
Demandez à Nikita
Si j’ai raison

Au front, ta haine sera mienne
Ma hargne tienne
Et les camarades disparus
Nous célébrerons

Nous sabrerons les prisonniers
Dans les livres, ils conteront nos épopées
La victoire sera nôtre, on appelle ça l’histoire
Et ces connards de salonnards nous haïront

10 ans plus tard

Sous le ceinturon du centurion
Bat son état d’esprit
Les hommes lui avaient tant promis
La guerre lui a tout pris

Femme, enfants, parents, amis
Partis malgré le triomphe, pourrissant
Avec ses rivaux dans les rigoles de sang
Qui serpentent les routes de campagnes

Ses rêves ont fait des compromis
Des médailles sur la poitrine
Des entailles dans les entrailles
Des sacrifices pour la patrie

Pour actes de bravoure
Savoure ton courage, l’ami
Et à ton retour
Pleure dignement ta famille

Être un héros à un prix
Être un zéro aussi
Choisis ton hostie et assumes
A aboyé le lieutenant en furie

Devant les corps pavant le bitume
De leurs grandeurs
L’échelle du salut
Renvoie toujours l’ascenseur

Mais lui, il choisit et assuma
Il épaula et tira en bon soldat
Il chanta son amour
Pour son pays

Ignorant qu’en face
L’autre viderait son mépris
Sur son treillis
A exaction, exaction et demi

C’est ce qu’un troufion aigri
A dit à sa femme, prête à courir
Quand il lui a arraché un sourire
Un sourire berbère pour sa mère

Abattue comme une chienne
Sur un petit chemin de terre
Avec ses enfants, ses parents, ses amis
Par un gars d’en face à la gâchette facile

Et bien sûr, qu’il la perdit
Cette virile partie
De franche camaraderie
Il la perdit

Et rentra chez lui
En valeureux combattant
Moins bien accueilli
Que l’autre mais digne

Car il avait perdu en se battant
Contre lui, le vainqueur
Et il eut son métal accroché à son cœur
Comme lui, retransmis au vingt-heures

Et Dieu seul sut
Qu’ils firent des prières
Des kilomètres de prières
Pour être domiciliés au cimetière

Et non le fréquenter, aussi souvent
Qu’une veuve noire prospère
Ils gagnèrent à la régulière
Ils perdirent leurs êtres chères

Honnis étaient les pleutres
Bénis étaient leurs glaives
Maudits étaient leurs rêves
Omis étaient leurs meurtres

Ils firent l’histoire
Comme leurs ancêtres
Ils eurent la gloire
Et le miroir de leurs fenêtres

Solitude et cauchemars
Alcoolisme et lupanars
Au choix, trottoir ou dépotoir
Seuls les vrais haineux finissent mieux

D’inertes allusions dans ces belles illusions
Des anonymes objets de célébrations
Pour leurs gestes de désolation
Sous le patchwork de décorations

Bat un cœur meurtri, un cœur aigri
Des torrents d’hémoglobine
Ont enfanté des océans de larmes
Et de sagesse des ex-moudjahidines

Leurs haines étaient propices
Leurs merdes étaient légitimes
Leurs maîtres étaient des intimes
Leurs haines étaient factices

S’ils avaient su
Qui ils servaient dans leurs luttes
Cela ne les aurait pas convaincu
De prendre la fuite

Ce territoire échappe à la raison
Quand tonne l’ultimatum
C’est Ultima ratio regum ou rectum
Poisseux au peloton d’exécution

La première balle sortie
La paix se terre même dans les orties
Les pacifistes prennent un charter
Ou finissent dans un charnier

C’était la guerre
Ils ont su la leur mettre
Fallait donc la faire
Étancher leur colère

Pour leurs terres
Pour leurs chairs
Pour les leurs
La guerre pour l’honneur

Les horreurs de la paix ont endurci
Leurs regards de mômes
Ils se sont obscurcis
Comme mes meilleurs psaumes

Ils sont devenus des hommes
Des grands hommes
Des fantômes
Des ombres

Sous le ceinturon du centurion
Se cache un pendentif et un Kriss
Un brave type au fond de l’abîme
Qui aima son pays et pleura son fils

*Citation de la Marseillaise

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