Sciences-Po, ou « L’Ecole des fans »

Magnifiques révélations de Noël Herpe, Historien du cinéma, enseignant-chercheur et écrivain parues hier sur rue89, la nouvelle unité Internet du Nouvel Obs.

 

Sciences po, qui s’est spécialisée ces dernières années, dans la fourniture à la chaîne (et aux chaînes télévisées) de journalistes et dont nous peinons toujours à comprendre l’utilité et le positionnement (ce n’est pas une université, ni une école privée de commerce, c’est entre les deux, c’est un établissement d’enseignement public ayant le statut de grand établissement …. Bref, c’est un héritage qui n’a aucune raison d’être), est actuellement sous le feu des projecteurs grâce entre autres à la rémunération de son proviseur, Richard Descoings, un énième énarque. Monsieur trouve qu’il n’est pas assez bien payé pour diriger ce truc.

 

 

Osez le bon sens !

 

YDM

 

 

 

 

Sciences-Po, ou « L’Ecole des fans »

 

Noël Herpe, Historien du cinéma, enseignant-chercheur et écrivain

Si j’ai eu envie comme tant d’autres d’enseigner à Sciences-Po, ce n’est certes pas pour m’enrichir : 60 euros de l’heure, c’est à peine mieux qu’une vacation à la fac. C’est plutôt par nostalgie de l’Ecole que j’avais connue dans les années 80 (en tant qu’étudiant), et où soufflait encore quelque esprit. C’est dans l’espoir de parler à un auditoire plus stimulant que sur les bancs de l’université.

Mes illusions ont vite été perdues. D’entrée de jeu, une responsable pédagogique me demande si je pourrais faire mes cours en anglais. Comme j’exprime mes réticences, elle me souffle du moins un thème qui soit un peu glamour. « Paris dans le cinéma français », par exemple. Histoire d’attirer les étudiants du collège international, qui formeront l’essentiel de mon public.

 

Sacha Guitry résistant

Docilement, je fais cours pour une vingtaine de jeunes filles de toutes nationalités – dont la plupart ne comprennent goutte à mon propos, et passent leur temps à pianoter sur le Net. Dès que je leur laisse la parole, elles m’opposent un silence embarrassé. Quand je leur donne à faire des exposés, elles alignent des faits, des dates, des chiffres, des images. Et des notions historiques qui me laissent perplexe (y compris chez les francophones) : j’apprends ainsi que « Rendez-vous de juillet » (1949) est l’un des grands films de la Nouvelle Vague. Que Sacha Guitry a été emprisonné pour faits de Résistance. Ou que le général de Gaulle était au pouvoir dans les années 50.

Passons sur ces menus détails, en lesquels Sciences-Po ne diffère plus guère de n’importe quelle université. Passons sur les petites ruses traditionnelles des étudiantes, pour passer entre les mailles du filet : la rage de dents comme prétexte pour échapper à l’examen (et qui s’évanouit miraculeusement à la seule menace d’un zéro). Ou le micro-ordinateur qu’on consulte sans vergogne en guise d’antisèche. Passons sur la vétusté du matériel censé servir à diffuser des films. Pas le moindre lecteur DVD ni VHS, mais un vieux PC hors d’usage, que je m’échine à faire fonctionner sans que nul étudiant vienne à mon secours. Ni aucun assistant « technique », malgré mes appels à l’aide réitérés… Après tout, ce n’est là que le pain quotidien d’un prof de fac.

 

La mode des évaluations

Mais pourquoi faut-il, de surcroît, subir la mode des évaluations, que vous transmet obligeamment l’administration à la fin du semestre ? Des évaluations qui sont bien sûr anonymes, et grâce auxquelles (en toute impunité) les étudiants peuvent se venger d’une mauvaise note (signée, elle). Grâce auxquelles la hiérarchie de Sciences-Po a pu apprendre que je parlais trop vite, que mes cours n’étaient pas assez structurés ou que j’étais « méchant » avec certaines étudiantes. Et surtout, comble d’hérésie, que je ne leur montrais pas de PowerPoint ! Dans le royaume de la rue Saint-Guillaume, la parole pèse moins lourd que la communication d’entreprise, ou les bases de données qu’on partage sur le Web.

 

Profs transformés en larbins

Je n’avais pas bu le calice jusqu’à la lie. Un mois après la fin de mes cours, la responsable pédagogique reprend contact avec moi, pour me faire savoir qu’il faut « harmoniser les notes ». La moyenne générale de mon groupe étant de 9,5/20 (et non de 14/20, comme il est requis), elle a décidé de rajouter trois points à chacune de mes notes… J’ai beau m’opposer à cette décision (en lui faisant valoir qu’il serait plus simple de reporter la moyenne à 10/20), elle modifie ma notation unilatéralement, sans daigner répondre à mes e-mails. De la sorte, les notes médiocres se retrouvent au-dessus de 10, et un 16 se transforme en 19 ! Qu’aurait-ce été, si j’avais donné à quelqu’un la note de 20/20 ? 23 ?

L’école de la bêtise sarkozyste

 

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