Salarié à tout prix, même 20% en dessous du salaire des femmes !

La France chômage. Et même les plus optimistes des commentateurs attitrés de la situation ne prévoit aucune embellie avant … longtemps. Très longtemps. C’est bien dommage pour ces frères et ces sœurs qui devront s’armer davantage de patience et de mansuétude avant de gratter quelques euros d’un patron.

 

Il est loin le temps où l’on se posait la question de savoir si le CPE est une avancée sociale pour la jeunesse de ce pays. Bien loin en effet, le temps où avoir fait une école de commerce vous prémunissait de la galère. Aujourd’hui, même ma grand-mère pourrait être recrutée dans une école de commerce tellement ça pilule, et au prix où sont pratiqués les diplômes, avec un peu d’assiduité, elle arriverait à obtenir le sien. Les économistes, comme d’habitude, se sont trompés dans leurs savantes prévisions. Les politiques, qui ont à peine tiqué, n’ont jamais rien anticipé et aujourd’hui, vous offrent des emplois-avenir; des emplois à venir ! Bullshit ! Vous les attendrez un moment, chers amis ! (En effet, ils ne sont pas prêts de se présenter de sitôt. En tout cas, pour vous, jeunes adultes de banlieues.)

Le sommet de l’Himalaya des bedons, le fonctionnariat, est en pleine agonie, et nous attendons la cure d’austérité que devra lui faire subir François. Bref, dans ce marasme économique annoncé et bien installé, l’angoisse est familière, l’asservissement, pleinement volontaire. Car, ne nous y trompons pas, même ceux qui sont déjà salariés subiront les foudres de cette crise.

 

Il me souvient de ma première expérience de salariés dans une start-up levalloisienne, où après un long stage de fin d’études, j’ai signé mon contrat (CNE). J’étais plutôt content d’avoir pu accrocher le wagon de l’emploi directement après mes études et dans ce climat pré-crise des subprimes, satisfait de ma paie de 1666 euros bruts/mois jusqu’à ce qu’un collègue, bien informé, me dise, entre deux boxes de tagliatelles Fleury Michon à peine entamés, que j’étais la plus belle fiotte de la boîte.

Estomaqué par son culot, ce collègue qui deviendra plus tard mon associé, renchérit en me déclarant, burnes pendantes sans doute, que j’avais probablement la plus grosse bite de la start-up, mais assurément, le plus petit salaire de tous les employés; et de très loin.  En d’autres termes, fanfaronnes crétin pendant que nous, nous bectons pépère !

Une autre employée, nouvellement embauchée et occupant à peu de choses près, les mêmes fonctions que moi, gagnait 32K€ annuels. Elle n’avait même pas fait son stage dans la boîte !

Cela faisait juste quelques semaines que je venais d’être embauché et pourtant, ma haine envers ce que je considérais comme une injustice a cru drastiquement. Cela m’a fait entériné ma décision mûrement réfléchie, d’éviter au maximum à l’avenir, le salariat. Plus besoin de se frotter les yeux pour s’assurer qu’on est vraiment éveillé.

 

J’ai tiré énormément d’enseignements de cette expérience et compris en premier lieu, pourquoi le FN disait partout que l’immigration poussait les salaires à la baisse. N’étant pas éboueur, je me sentais protégé par mon jeune statut de cadre et employé dans une entreprise de services informatiques, une start-up, comme disent les gens dans le vent.

Deux mois plus tard, une autre collègue chargée de l’administratif, s’est paumée dans ses envois de fiches de paie (via mail) et toute la société a ainsi pu savoir combien tout un chacun percevait à la fin du mois. J’ai saisi la balle au bond (j’ai toujours cru que c’était mon pote qui l’avait provoquée, cette erreur, mais il ne me l’a jamais confirmé) et le patron a rétabli ma paie sur la grille de salaires interne. Il m’a tenu des propos qui ressemblent à peu près à ceux-ci, avant de régulariser ma paie :

 Écoutes ! Que veux-tu que je te dise ? … Tu as bien accepté…

 

 

 

Et oui, j’avais bien accepté car trop content d’avoir une place assise dans le train de la réussite, un travail. Je m’en étais sorti. J’avais accepté.

 

Il me semble qu’il n’ait aucune étude sur les courbes de salaires des jeunes issus de l’immigration dans les entreprises.

Et je ne tiens pas à faire de mon cas particulier une généralité. Mais, je suis certain que ces personnes, qualifiées et bosseuses (on parle toujours du plafond de verre, mais on oublie les murs; vos collègues qui vous scrutent avec minutie pour s’assurer qu’en tant que nègre coopté dans la boîte, vous avez le niveau et la motivation. Ainsi, certains se tuent à la tâche pour prouver qu’ils méritent leurs salaires alors qu’il y’a des tire-au-flancs qui passent inaperçus, protégés par leurs diplômes, leurs réseaux) gagnent pour le même emploi et les mêmes responsabilités que leurs collègues (voire moins de responsabilités, ça se trouve le stagiaire de l’un des top 5 des écoles de commerce de France, gagne déjà autant que vous, allez savoir !) 20 – 40% moins que ces derniers. De toute façon, il serait très étonnant que le contraire se produise.

Si la même erreur de manip de la comptable se produisait dans la plupart des entreprises employant entre autres, des noirs et des arabes, j’en connais qui finiraient par sauter d’un pont ou sur les rails par dégoût de tous les efforts qu’ils ont fournis pour en arriver à ce constat patent et triste de déconsidération (Je ne lui en ai jamais voulu; il a sondé le mugu et je suis tombé dans le panneau, trop content d’avoir mis un pied à l’intérieur de l’entreprise. Bien fait pour ma gueule. Par contre, qu’aurais-je fait si cette erreur ne s’était pas produite ?).

Donc, au sempiternel cri des bourgeoises, qui radotent sur leurs salaires 20% inférieurs à ceux des hommes, l’on devrait se souvenir qu’il y’a d’autres populations qui se satisfont d’un tel décalage, sans moufter, de peur de perdre le peu de miettes que ce système a bien voulues leur rétrocéder. Et qu’elles sont remplies d’hommes, n’est-ce pas ? Qu’elles la bouclent un peu, la chialette ?

 

Tout cela pour dire quoi en substance ?

 

Ne perdez pas votre temps, précieux, à rechercher un emploi: vous enverrez dix fois plus de CV, vous passerez dix fois moins d’entretiens d’embauche et si vous êtes pris, vous serez payés 20-40% moins chers que vos collègues. Et la situation n’ira qu’en s’empirant car à 40 ans, vous serez encore plus ligotés, plus soumis et prêts à accepter n’importe quoi pour payer les factures, les traites de la bagnole, de la maison et les vacances d’été de votre famille recomposée aux États-Unis.

Pour ceux qui n’ont pas fait l’erreur de vendanger leurs études dans des filières sans grand intérêt, blablatives, ne vous sous-vendez pas, ne prenez jamais ce qu’on vous propose; rajoutez 30% sur le montant : c’est ce que touche votre futur collègue. Et n’ayez aucune crainte pour l’avenir, vous serez toujours protéger par votre technicité.

Créez votre entreprise, votre emploi, votre auto-entreprise si vous êtes dans des filières encombrées, dirons-nous. Vous gagnerez des cacahuètes pendant un moment (je l’espère le moins longtemps possible); mais ce sera vos cacahuètes, des cacahuètes que vous aurez vous-mêmes plantées. Croyez-moi, elles sont plus savoureuses. Et même si vous vous plantez, vous vous en passerez difficilement.

Allez démarrer dans un autre pays. Vous y serez exploités au début (moins bien payés que les locaux), c’est sûr, mais vous le saurez d’avance. Et si vous êtes performants, vous vous rattraperez lors de la prochaine renégociation salariale qu’ils ne manquerons pas de vous proposer. Faut le dire, avoir faire des études supérieures en Occident, ça compte encore dans les pays en voie de développement.

Retournez en Afrique, vous y serez à terme plus utiles. C’est la solution la plus logique et efficace pour votre future carrière. Mais, cela nécessite d’avoir un vrai projet, un capital (on en revient au salariat ou à l’émigration temporaire dans un pays en croissance) et beaucoup d’abnégation (car vous n’y êtes pas attendus, ni vus comme des messies mais plutôt comme des vessies, des types qui ont raté leur rêve américain. Excusez-moi, français… Enfin, occidental !)

 

Et concernant la baisse des salaires due à l’immigration scandée par le FN, ma foi, je dois bien reconnaître que je n’ai toujours pas trouvé de contre-argumentation solide.

Si quelqu’un a une idée, elle est la bienvenue, … surtout en ce moment.

 

Osez le bon sens !

YDM

 

Be the first to comment on "Salarié à tout prix, même 20% en dessous du salaire des femmes !"

Leave a comment