Ricky Ross, l'inventeur du crack contre Louis Farrakhan, son combattant le plus acharné

Nous aimons nous complaire dans le fantasme selon lequel les blancs seraient l’unique cause de notre malheur. Mais force est de constater que nous creusons nous-mêmes nos tombes; que nous sommes à l’origine de nos maux. Comme la plupart, j’ai toujours pensé que le crack avait été une autre astuce des WASPS américains pour annihiler les velléités émancipatrices du peuple afro-américain. Puis, j’ai lu l’excellent livre Can’t stop Won’t stop de Jeff Chang, et découvert les méandres de cette drogue qui aura décimé, et continue de décimer des millions de foyers afro-américains. A l’origine, Ricky Ross. Je me permets de reproduire la genèse du crack, tirée des recherches de Jeff Chang et de la personne qui a véritablement combattu ce fléau : Louis Farrakhan. Il ne s’agit point de dire que les élites politiques d’extrême-droites américaines (gouvernement Reagan-Bush) n’y sont pour rien dans ce désastre social; elles ont laissé faire, ont accompagné et même favorisé le mouvement qui servait leurs intérêts, mais elles n’en sont pas directement responsables. Rétablir la vérité, sortir du fantasme et comprendre entre autres, pourquoi, malgré ses actions salutaires pour les populations nègres, Louis Farrakhan reste aux yeux des élites et des médias, une personnalité infréquentable. L’ignorance est le plus vil des fardeaux. Et nous la célébrons dans notre communauté.

 

cant stop wont stop Jeff Chang BI

 

Pendant des années, les paysans des Andes avaient fumé de la pâte de coca, qu’ils appelaient basuco, ou basé. La défonce qu’on obtenait en fumant cette pâte était beaucoup plus intense que celle qu’on ressentait en la sniffant. En 1974, un trafiquant de cocaïne en poudre de la Baie de San Francisco et son ami chimiste tentèrent de reproduire la coke fumable. Ils transformèrent la poudre en la mélangeant à  de l’éther et en la chauffant, créant non une pâte, mais de petits cristaux. Quand ils les fumèrent, ils n’en revinrent pas. Ce produit fut baptisé « Freebase », parce que le processus qui avait engendré les cailloux avait littéralement, en termes scientifiques « libéré » (freed) la « base ». Leur erreur de traduction – changer le « basé » espagnol en « base » anglais – les avait conduits à quelque chose d’entièrement nouveau.

Le freebase fut présenté comme encore plus inoffensif que la poudre elle-même. Le journaliste Dominic Streatfield écrit : « Un manuel de 1979 que j’ai trouvé à la bibliothèque Drugscope à Londres, intitulé ‘Amoureux de la coke, attention !Le Freebase = la meilleure chose depuis l’invention du sexe !…’ [concluait] que le freebase est ‘considérablement moins nocif, physiquement, que la cocaïne ordinaire, en n’importe quelle quantité. A ce stade, le prix de la cocaïne était encore trop élevé pour que beaucoup expérimentent le freebase, aussi pendant un certain temps, les fumeurs de cocaïne demeurèrent une des clientèles les plus sélects.

Mais des indices tendant à prouver que la cocaïne fumable n’était peut-être pas si anodine que ça se mirent à filtrer dans les circuits de la cocaïne. Au début des années 70, des médecins commencèrent à remarquer que les fumeurs de pâte du Pérou, en Bolivie et en Colombie se transformaient en fantômes ambulants. Et lorsque le surplus de cocaïne toucha les Bahamas – l’étape centrale du trafic dans les Bahamas – les opprimés se mirent à fumer de la cocaïne en masse. Dans la mesure où la défonce durait moins longtemps, elle était aussi chimiquement plus addictive. Les accros passaient tout leur temps à rechercher le prochain flash. Il ne manquait plus que l’homme d’affaires idoine pour rationaliser le tout.

220px-1061638749_rr-23Cet homme, le Kid Charlemagne de la cocaïne, était la légende de Los Angeles Ricky « Freeway Rick » Ross, un ancien champion de tennis inculte qui avait eu son premier sachet de coke pour Noël en 1979, l’avait refourgué et n’avait jamais regardé en arrière. Freeway Rick était entré dans le marché au bon moment. La production de cocaïne n’avait jamais été plus forte, et la distribution était sur le point de devenir bien plus facile.

Il commença en vendant de la poudre à de riches clients noirs. A mesure qu’il élargissait son marché, il obtint de ses fournisseurs des prix moins élevés. Puis Rick absorba systématiquement ses concurrents, qu’il mit à sa botte en leur offrant des meilleurs prix. Les dealers de PCP – appelé dans la rue « sherm » ou « water » – laissèrent tomber leurs plans pour s’associer avec lui. Il commença même à former des Crips à la vente.

Les clients de Freeway Rick avaient entendu parler du freebase. En 1980, la mésaventure explosive de Richard Pryor avec un kit artisanal – qui le laissa avec des brûlures au troisième degré – avait fait une publicité retentissante. Mais ils ne voulaient pas prendre le risque ou la peine de la chauffer, aussi Rick apprit-il à réaliser une version plus simple en la coupant avec de la levure liquide avant de la chauffer. Il baptisa le résultat « Ready Rock » et prit des commandes en poudre ou en cailloux pour leurs week-ends de fête.

Fin 1982, à mesure que les prix de Freeway Rick continuaient de chuter, sa clientèle dégringola l’échelle économique et le Ready Rock avait complètement remplacé la poudre. Freeway Rick n’était pas fou. Le Ready Rock était fait pour les masses. Une fois qu’il eut compris comment standardiser la production et les prix, le Ready Rock offrait un marché dont les profits étaient le double ou plus, de ceux de la poudre. N’importe qui pouvait s’offrir un caillou à deux ou cinq dollars. Et qui, après avoir testé, ne voulait pas recommencer ? A présent, les rues commençaient à devenir vraiment hideuses.

Aqeela Sherrills, alors un Crip adolescent de Grape Street, vit son quartier de Watts changer. « Une fois qu’un individu était accroché, il ne pensait plus qu’à ça. Ils braquaient, volaient, agressaient, tout. Et imagine les tueurs du quartier. Quand ils avaient ce truc dans la peau, ils faisaient n’importe quoi. Ils débarquaient avec leurs gars pour rafler les mises d’un jeu de dés, et des coups partaient. Les mecs qui étaient genre les plus gros dealers du quartier, tout d’un coup ils tombaient dedans, et ils se retrouvaient sans rien. »

« La qualité de vie dans le quartier a changé. Sérieux, toutes les filles dont on était complètement dingues quand on était mômes, les filles qu’on admirait tous, elles sont devenues putes pour le compte d’un dealer de crack. Le quartier était déjà chaud, mais des gens ont littéralement perdu leur famille à cause de la drogue et de la violence engendrée par ceux qui prenaient de la drogue et ceux qui se faisaient de l’argent dessus. Des types se sont pris perpète. Des gens se sont faits assassiner. ça a complètement dévasté le quartier, point barre. »

Au Nicaragua, les « faucons » reaganiens étaient préoccupés par l’événement le plus retentissant depuis que Fidel Castro avait pris Cuba : le nouveau gouvernement de gauche sandiniste avait renversé le dictateur de leur choix, Anastasio Somoza. Mais leurs interventions militaires diligentes au nom des contre-révolutionnaires Contras n’étaient pas populaires auprès du public américain. En 1985, le Congrès vota la suspension des aides financières aux Contras. Les renseignements et les agents secrets de l’armée se tournèrent vers des moyens dissimulés et illégaux de financer leurs sale guerre – vendre des armes à l’Iran, et aider les partisans des Contras qui trafiquaient de la cocaïne à répondre à la demande en pleine explosion dans le nord. A l’autre bout du tyau, l’inculte Ricky Ross, sans emploi et sans espoir, et beaucoup d’autres comme lui, se transformèrent en capitalistes rapaces des ghettos pour nourrir leur clientèle des illicites butins de guerre.

Au moment où l’équipe de Wild Syle était entrée dans l’Harajaky, le Ready Rock de Freeway Rick – ce cousin tout neuf, moins pur, plus populaire du freebase que les médias baptiseraient « crack » – inondait Los Angeles, Miami et New York. Une autre Planet Rock prenait forme – un monde défini par des constantes de déstabilisation et d’effondrement.

Pages 264 -266

 

Petite histoire du crack

par Jimmy Kempfer

 

Et un excellent article de Lignes de frappe (j’ai utilisé leur photo d’accroche) : LA « REAGAN ERA » : CRACK JEU & CIA

L’homme responsable de la majeure partie de la distribution du crack sur la côte ouest s’appelle Rick Donnel Ross, dit  Freeway pas le gros hein. Quasi-analphabète, il implante cinq cuisines dans les quartiers de South Central et de Compton. Les procureurs fédéraux ont estimé qu’au cours de sa période d’activité Freeway a acheté et revendu plusieurs tonnes de cocaïne. En prenant compte de l’inflation, il aurait manipulé pas loin de 2,5 milliards de dollars et dégager un bénéfice de 850 millions nets. Des montants vertigineux mais qui ne doivent pas faire oublier une réalité mise à nu chiffres à l’appui par Steven Levitt et Stephen J. Dubner dans le livre Freakonomics : contrairement aux fanfaronnades des rappeurs, dealer du crack en bas de l’échelle ne permet pas de mieux gagner sa vie qu’en travaillant à McDonald’s.

 

 

En 1996, Freeway Ross a été condamné à perpétuité pour avoir essayé d’acheter plus de 100 kilos de cocaïne d’un agent fédéral. Sa peine a ensuite été réduite car il était un détenu modèle [a-t-il coopéré et donné ses acolytes aux autorités ? L’histoire nous le dira, un jour]. Il a été déplacé dans un centre de réadaptation en Californie en Mars 2009. Il a été libéré le 29 septembre 2009. Pour anecdote, bon tennisman, Freeway Ross n’a pas pu avoir une bourse pour l’université parce qu’il était médiocre à l’école. Source : wiki

 

 

 

 

Pendant que les politiciens et les organisations en faveur des droits civiques avaient l’air de patauger dans ces conditions nouvelles, Louis Farrakhan, ministre de la Nation of Islam, enflammait les imaginations des jeunes Noirs enragés et démobilisés. Debout sur le podium, il agitait le poing en criant : « Je me tiens fièrement debuot en Amérique, sans armée, sans fusils, et je m’élève contre la perversité du Gouvernement des Etats-Unis. »

A une époque où la droite et sa coterie de conservateurs noirs bien lotis avaient phagocytéle langage des droits civiques pour proclamer que les Noirs n’étaient plus opprimés, Farrakhan affirmait : « Nous n’avons pas de temps à perdre à nous demander si le racisme existe. Le racisme est tellement omniprésent qu’il a corrompu la religion, la politique, l’éducation la science et l’économie, et chaque secteur essentiel de notre vie. » Pourtant, Farrakhan ne devait rien non plus à la charité progressiste. Il demandait des dommages et intérêts pour l’esclavage, exhortait les hommes noirs à sauver la race, et rappelait constamment à ses adeptes le précepte d’Elijah Muhammad : ‘La solution, c’est la séparation’.220px-Farrakhan

Là où la police corrompue et incompétente abandonnait les rues à la drogue et à la violence, les ministres de la Nation of Islam passèrent à l’action en fermant de force les squats de crack et en prenant le contrôle de pâtés de maisons décimés par la toxicomanie. L’efficacité des « Patrouilles Islamiques » de la Nation et des ses programmes de descentes dans les squats de camés firent une forte impression sur les habitants du ghetto assiégés. En même temps, dans les classes moyennes, le message de Farrakhan selon lequel le salut de la communauté reposait sur l’autonomie et l’auto-amélioration résonnait parfaitement aux oreilles des fils et filles relativement privilégiés des droits civiques et du Black Power.

Lorsque la génération hip-hop approcha de sa maturité, la gauche noire n’était que l’ombre d’elle-même. Le leadership noir était en train de revenir à une ère de « complexe du messie », pour reprendre les termes de l’universitaire progressiste Manning Marble. Dans l’histoire afro-américaine, affirmait Marble, le peuple s’en remet cycliquement à des personnages religieux mâles pour le délivrer. Les movement sociaux étaient abandonnés aux mains de Moïse. Le pasteur Louis Farrakhan était le dernier de cet acabit. La gauche noire vit dans l’apparition de Farrakhan un signe troublant de sa propre faiblesse et une grave menace pour l’avancée du combat de libération.

Mais pour les plus jeunes, qui s’étaient vus refuser tant de choses, à qui on avait rabâché sur tous les tons de « dire systématiquement non », la voix de Farrakhan résonna comme un « oui » retentissant. Bill Stephney, futur membre fondateur de Public Enemy, explique : « C’était le seul leader noir qui disait : ‘Toi, l’Homme noir, tu peux te reprendre en main. Tu peux avoir des familles puissantes. Tu peux fonder tes propres commerces. Tu peux entreprendre. C’était le seul leader positif. »

Farrakhan était méprisé par les progressistes et les réactionnaires, les Blancs et les Noirs modérés. Il avait été censuré à l’unanimité par les Sénat américain, des accusations d’antisémitisme pesaient sur lui, et les médias le traitaient comme un paria. Mais tous ces facteurs contribuaient à faire de lui l’un des seuls représentants légitimes d’une génération plus âgée à pouvoir faire réagir les jeunes.

Mieux que tout autre leader noir, Farrakhan semblait comprendre la crise de la génération condamnée à être abandonnée ou contenue de force. Quand la violence entre Noirs escalada durant l’été 1989, il commença à faire une cour empressée aux jeunes. Il se rapprocha d’abord de ceux qui étaient le plus loin de la majorité, organisant un sommet de la paix sans précédent pour les membres des gangs de Chicago. Puis il visita la prison de Cook County, où il fut accueilli en héros.

Son thème principal pendant plusieurs années devint « Arrêtez le massacre. » Dans ses discours, Farrakhan affirmait que si les hommes noirs tuaient des hommes noirs, ce n’était pas un accident, mais un dessein. « Nous pensons que le gouvernement… est terrorisé par la croissance démographique de notre peuple », déclara-t-il au reporter du Los Angeles Times Andrea Ford. « Nous pensons (que le gouvernement) voit dans les Noirs une population inutile. D’ailleurs les sociologues la considèrent comme une sous-classe permanente. Et quand une chose est inutile, si on ne peut plus rien en tire, on essaie de s’en débarrasser. »

Le 25 juin, il alla porter son message à plus de mille leaders et membres de gangs. « Le gouvernement des États-Unis prépare un assaut conte la communauté noire, visant particulièrement notre jeunesse », leur dit-il. « Mes frères, vous jouez le jeu de votre ennemi et il se sert de vous pour préparer votre destruction. » Si les jeunes hommes noirs ne s’unissaient pas pour se défendre, ils ne manqueraient pas d’être écrasés.

La gauche blanche se lamentait devant l’approfondissement du fossé racial, déplorant « la politique identitaire » et la « paranoïa noire ». D’autres avaient l’impression qu’on était revenus vingt ans en arrière. Un politologue blanc, expert en émeutes urbaines, affirma : « Nous avons produit une conscience politique dans la sous-classe noire. »

Pages 283-285

 

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Can’t stop, won’t stop

Jeff Chang

 

 

Nous avons produit une conscience politique dans la sous-classe noire.

 

Louis Farrakhan

 

 

 

Osez le bon sens !

YDM

 

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