Qu’il fut beau, le féminisme des quartiers !

Avec un tel féminisme, on irait loin. Vraiment loin. Comment ne pas apprécier à sa juste valeur le dévouement d’Anne Sinclair ? Cette femme moderne, caricature de la modernité s’il en est, de l’époque médiatique, star parmi les stars du journalisme, féministe convaincue, et modèle d’émancipation de cette gente.

Elle nous a marqué par le rôle qu’elle a su tenir auprès de son mari. Elle a compris mieux que quiconque ce que veut dire féminisme. Être derrière son mari quoiqu’il y’ait fait, sortir le chéquier, souffrir en silence, chialer et noyer son chagrin dans les chèques, les rayban et les vitres fumées.

Anne Sinclair est une bonne féministe et nous tenions à le dire ici. Elle sait avec qui elle vit et malgré cela, elle s’accroche et assume. Chapeau bas, madame !

Un modèle de femme comme on en voit plus de nos jours. Tout homme normalement constitué prie pour avoir une femme d’une telle dévotion.

L’image que nous avons retenue demeure celle de l’arrivée du dieu de l’économie française à son petit appartement, dans la proche banlieue de Sarcelles, place des Vosges à Paris. Mais celle-ci justifie assez bien le rôle joué par cette femme forte.

Ce dernier y était flamboyant d’orgueil indûment retrouvé, d’arrogance et dans son costume cintré, marchant dignement à deux-trois mètres de sa femme, toute menue, toute timide, toute retenue devant la stature de son apollon décrié.


Elle regardait toujours l’objet de sa raison d’être avec une telle béatitude; on aurait dit qu’elle regardait un bonhomme. Aucun homme ne s’est vu scruté ainsi par une femme dans l’histoire des médias ! Exemplaire comme féministe, quand on pense à Giroud et De Beauvoir, cela ne devrait pas être une surprise. Simple redite, bégaiement historique !

Devant les juges américains, devant les journalistes, devant les photographes, devant les badauds, elle avait le masque de la femme convaincue. Une sorte de Hillary Clinton du quotidien malheureusement pour elle, à cause du caractère glauque des fulgurances séductrices de son apogée.

Pour une fois que l’on en avait un qui semblait tenir la corde, à la tête du monde ! Le sarcellois est tombé de son piédestal pour un vulgaire troussage de bonnes, comme dirait un éminent intermittent du spectacle. Heureusement que ce n’était pas une tournante, qu’aurait-on alors fini par lancer comme sentence irrémédiable, au sujet de ces sinistres lascars, ces banlieusards de la Seine Saint-Denis ?

Quand on voit que des gens comme lui sont encore aimés et couvés, l’on peut féliciter mère nature d’être aussi miséricordieuse. En tout cas, nous sommes pour ce féminisme; où la femme s’épanouit dans son rôle de mère et soulage son mari de toutes ses peines.

Que serait DSK aujourd’hui sans Anne Sinclair ?

Les tromperies officielles, les accusations de viols, les bunga bunga lillois, inconnus et à venir, la sacrée belle réputation de tombeur, les ricanements des familiers et des connaissances, la pitié de ses ennemis, les moqueries du peuple et la mise à nu de son intimité; elle a tenu ferme. C’est tout à son honneur.

Après tout, le mariage, c’est à la vie, à la mort, et quoi de plus sain qu’une épouse qui sait s’effacer devant le rayonnement de son conjoint. Elle aurait pu être première dame de France ! Cocue, aimante et dévouée. Comme tant d’autres d’ailleurs. Vivement de tels rocs pour remettre un peu d’ordre dans le féminisme français !

Parce qu’il en a besoin ! Il est à la peine et cela en devient juste gênant. On est gêné de taper sur ce concept assez pauvre aujourd’hui en idéaux, en solutions, en représentantes de qualité. Nous avons essayé de dresser un bilan du féminisme de banlieues, de cité.

D’abord, à tout seigneur, tout honneur, celle qui tient encore la baraque, la femme de Super Georges,

Puis, celle qui avait tout compris avant de prendre son steak, en déclarant : Le problème est que les politiques ne connaissent strictement rien à la réalité du terrain, Fadela Amara,

Enfin, last but not the least, comme dirait un autre éminent permanent du spectacle, la Fadela sans Amara ; sans charisme, Sihem Habchi

A 66% labellisé, ni putes ni soumises ! Depuis le temps qu’elles nous parlaient du martyr des femmes, notamment des femmes de banlieues, de ces pauvres êtres fragiles, dénuées de tout raisonnement, de tout discernement, de toute autonomie.

Il est temps de mesurer l’inefficacité de ces banlieusardes de salons, qui n’ont eu de cesse d’enfoncer le mâle de cité sous des accusations de misogynie crasse, de tournantes permanentes, de meurtres sexistes.

Il serait idiot de notre part de nier l’existence de débordements criminels, d’ailleurs très bien relayés par les médias ou de nier les situations parfois compliquées de jeunes filles au sein de leurs maisons.

Difficile de se départir de siècles de domination masculine et de cultures aux valeurs assez viriles, dirons-nous. De là à faire des cités, des antres de l’avilissement de la femme, de la soumission et de la disparition programmée de la femme, il y’a une ânerie que nous ne débiterons pas !

Comme Anne Sinclair la courageuse, ces femmes sont aussi des mères, des matriarches qui aiment leurs maris, leurs enfants malgré leurs « fautes morales« , certains diront faiblesses psychiques ou émotionnelles.

D’évidence, il n’y’a aucune raison de saluer l’attitude de l’une et de conspuer Diam’s qui, ayant décidée de changer de vie, arbore un voile et s’intéresse assez sérieusement à la religion musulmane.

Il n’y’a personne de mieux placée que Diam’s pour connaître les codes assez masculins de la cité. Elle a baigné dans le milieu du hip-hop pendant des années et s’en est plutôt bien sortie. Et subitement, parce qu’elle serait sous la domination ou la pression de la communauté, elle se convertirait à l’Islam. Et Sinclair, modèle d’indépendance et probablement intellectuelle, elle, ne serait sous aucune influence. Rappelons qu’il bruisse qu’elle serait pressentie pour la direction du Huffington post Paris.

Ces femmes des cités s’en sortent mieux que les hommes, trouvent plus facilement du travail et s’intègrent assez bien dans la vie publique française. L’exemple le plus probant de cette réussite est la présence unique de femmes de banlieues dans les gouvernements de Sarkozy.

Dans la France d’en haut, personne ne s’est jamais demandé pourquoi les hommes issus de banlieues n’étaient pas aussi souvent ministres ou secrétaires d’État. Cela s’explique d’ailleurs assez facilement et a déjà été l’objet de nombreuses études et d’essais comme Misères du désir d’Alain Soral.

A moins de ternir le discours, il n’y’a plus rien à rajouter à cette démonstration.


Une organisation à but non lucratif s’est placée sur ce créneau porteur en banlieue et en a fait son cheval de bataille. Ni putes, ni soumises. Sa fondatrice a d’ailleurs terminé secrétaire d’État à la ville en charge du plan Banlieue, le fameux.

Après l’immolation de deux jeunes filles par des amoureux éconduits, cette association a connu un lancement en fanfare et une croissance médiatique assez phénoménale, devenant rapidement au fil des ans, l’interlocutrice autoproclamée de toutes les souffrances de femmes des cités.

Ainsi est né le féminisme de quartier, soutenu par tous les médias qui trouvaient en cet agglomérat de femmes blessées, indignées, stigmatisées, violées, tournées et retournées, une fenêtre ouverte sur les banlieues qu’ils ne connaissent que par clichés et parfois dans des livres. Elles ont permis de laisser libre court au fantasme des hommes de cavernes modernes. La banlieue étant le seul endroit en France où l’on bat, terrorise et tue des femmes, c’est bien connu.

Au sommet de leur visibilité médiatique, l’on aurait été tenté de croire qu’il se passait une tournante, un viol et un meurtre de filles en banlieue chaque semaine. Il serait d’ailleurs intéressant de faire un recensement de toutes les tournantes reconnues qu’il y’a eu en France durant les 10 dernières années.

Nous dévions tous prendre conscience du calvaire des filles dans les quartiers. Elles seraient privées de sorties nocturnes, de strings et d’émancipation sexuelle par leurs parents, les mêmes à qui l’on reproche aujourd’hui de ne pas les tenir ou de ne pas savoir les retenir à la maison.

Combien de réalisations sociales de cette association ?

Nous avons obtenu la réponse sur leur site

2001 : Grenelle des femmes de quartiers parachevé par le « Livre Blanc des Femmes des Quartiers »

2002 : Marche indignée envers le meurtre de Sohane, armée de la banderole « Ni Putes Ni Soumises »

2003 : L’année des bonnets phrygiens. Des filles arborent des bonnets pour des expositions à l’Assemblée Nationale, à Dourdan,… Ou encore à Perpette les-oies

2004 : Lancement du Tour de France Républicain. Suite à cette tournée monstrueuse de 20 villes du 1er février au 6 mars de cette année, l’assos est nommée pour, dixit leurs écrits, « coprésider l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU), chargée de réunir tous les partenaires de la rénovation urbaine« .

2005 : Elle publie au Nouvel Observateur et dans Marianne, « L’Appel pour un nouveau combat féministe », signé par des élus de gauche et de droite, des associations, des personnalités…

Elle réunit des artistes pour un concert pour l‘Education au Respect et publie un guide du respect à 1€ dont le but est d’informer « les jeunes sur leurs droits et leurs devoirs, de libérer la parole et de permettre une prise de conscience. »

Il aurait été vendu à 200000 exemplaires…

2006 : Elle rénove un ancien supermarché et crée La Maison de la Mixité, la plateforme d’accueil des femmes victimes de violences, des salles de réunion et de débats ouvertes aux associations, un espace informatique pour permettre aux femmes de chercher un emploi et d’effectuer des formalités administratives.

2007 : Nouvel appel; l‘Appel des 343 Mamans des Cités

Depuis le début de l’année 2007, Ni putes ni soumises est doté du statut consultatif auprès de l’ONU. Ce titre est pour nous un outil qui nous permettra de peser à l’échelle des Nations pour que l’émancipation des femmes soit un préalable pour tous les États membres et soit une condition à toute relation internationale.

2008 : première édition du Gala Ni Putes Ni Soumises, au Casino de Paris avec des gens bien qui brisent les préjugés par l’humour

2009 : participation de l’assos au 4L Trophy, pour soutenir les féministes marocaines.

Elle assume de faire du lobbying pour faire de la lutte contre les violences faites aux femmes la Grande Cause Nationale. Dire que le lobbying n’existe pas en France …

Autre nouvelle de première importance, Sihem HABCHI se fait remarquer à l’Assemblée Nationale, lors de son audition devant la Mission d’information sur le port du voile intégral

Nous avons tenu à vous montrer cette performance d’un tribun en devenir ( nous aurions aimé mettre « une tribune en devenir » pour respecter la féminisation des mots en français, mais pour cela, nous attendons toujours les recommandations des autorités)

2010 : Débats organisés dans les quartiers populaires pour promouvoir soutenir la loi d’André Gérin interdisant la burqa.

Le 8 mars, le Mouvement Ni Putes Ni Soumises lance avec Laurence Parisot, Présidente du MEDEF, un projet « 100 marraines pour 100 femmes ». Ce projet vise à accompagner des femmes vers l’emploi, en étant soutenues par des chefs d’entreprise. Le Mouvement Ni Putes Ni Soumises lancera également l’opération « Mamans des quartiers: des vacances pour elles aussi ! », en partenariat avec l’ANCV, Raid Aventure et K D’urgence, pour emmener 30 mamans et leurs enfants en vacances.

Dans un précédent texte sur notre blog, nous avions déjà donné notre point de vue sur le voile intégral, nous n’y reviendrons pas.

Nous espérions un peu de courage de la part de nos élues politiques. Ces femmes si évoluées, fémilitantes convaincues.

Ils sont prêts à faire une loi pour que des femmes affichent, de force, leurs visages dans la rue. Ces femmes voilées par leur environnement machiste, religieux, répressif et arriéré. Des hommes ont décidé dans leur très grande connaissance de l’autre, la femme, de les éduquer en les extirpant de leurs carcans primitifs.

Rien ! Elles n’ont pas moufté. Elles ont réagi, pour celles qui ont pu réagir, en politiques. Elles ont suivi la meute hurlante.

A force de les voir statufiées dans leur rigidité, ce masque uniformisant qui les rend si homme, nous avions fini par croire qu’elles étaient autonomes, libres et puissantes.

Certaines sont affublées de surnoms guerriers; la dame de fer, la femme d’acier, la dure-à-cuir, … Elles n’en demeurent pas moins friables.

Finalement, ce qu’il y’ a de rassurant avec les femmes de pouvoir, c’est qu’elles aussi se mettent à genou pour *****.

Sacrée féminisme de quartier !

Une à deux sorties médiatiques par an et des subventions versées pour le bien des femmes des cités. Nous avions décidé il y’a quelques semaines d’écrire cette article mais nous avons été pris de court par les récentes attaques envers la gestion de Habchi.

Aussi, nous nous faisons gentlemen et nous laissons aux médias, la voix pour détruire allégrement ce qu’ils ont participé à construire artificiellement.

Pour la digression, nous nous permettons de vous remontrer la prestation de la philosophe Elisabeth Badinter, l’un des soutiens de cette activité lacrymale.


Tout un chacun se bat raisonnablement pour le bien et le bien-être des femmes. Laisser penser que des régiments d’hommes de cavernes domiciliés uniquement en banlieues seraient dressés à mater toute éclosion des femmes dans la sphère publique est totalement farfelue.

Il suffirait simplement pour ces gens bien, ces altruistes de la générosité, de l’amour et du don, de passer leurs journées dans ces cités qu’ils souhaitent tant épurer, qu’ils prennent le temps d’écouter et de regarder la société dans laquelle ils vivent.

A dire vrai, le risque est davantage une hyper-intégration de ces femmes qui déstabilisent les représentations des hommes dans ces villes et crée une acculturation généralisée de cette jeunesse. Il ne faudra pas alors venir pleurer sur la superficialité de leurs valeurs et sur la soumission totale au marché, au zapping, à l’inconsistant, à l’époque.

Avant de crier aux loups;

A-t-on simplement mesurer les effets du chômage dans ces foyers ?

Que dire des pères de familles chômeurs, émasculés par leur situation et ayant perdus tout le respect de leurs femmes et de leurs enfants ?

Que dire des étudiantes qui se prostituent pour financer leurs études ?

Que dire du consumérisme qui oblige tous les parents à se saigner pour continuer de suivre la cadence imposée par le marché ?

Que dire de ces inversions de valeurs qui détruisent les familles ?

Que dire des milliers de filles qui pullulent dans les universités, dans des filières sans débouchés réelles ?

Le féminisme des quartiers aurait toute sa place à apporter des solutions à ces questionnements au lieu de meubler les plateaux et les cœurs avec des galas, et des marches, et des appels, et de la glose qui n’apportent rien de bon à la société à part la pleurnicherie, le ressentiment, l’indifférence et le statu quo.

Et puis, de quelles femmes parlons-nous ?

La réfugiée pakistanaise ou rwandaise, la mère sénégalaise ou roumaine, l’antillaise ou l’algérienne, la sans-papier congolaise ou la commerçante chinoise, la caissière française ou la femme de ménage marocaine, la standardiste tunisienne ou l’infirmière ivoirienne ?

De quelle femme parlons-nous ? Pour quelle conception du féminisme ? Et surtout, qui vous a mandaté pour parler au nom des femmes, des femmes de banlieues ?

L’explosion des familles mono-parentales, les conditions d’accès à l’emploi des jeunes dans leur ensemble et le degré de formation de ces filles sont des axes de travail sur lesquelles les autorités devraient produire des réflexions pragmatiques au lieu de se perdre dans des nébuleuses emphatiques de défense des droits de femmes.

Nous prions pour que ces jeunes femmes, ni putes, ni soumises, juste … ce qu’elles veulent bien être, retrouvent leurs esprits et apprennent des prises de position de leur aînée et sœur en féminisme, Anne Sinclair.

Osez le bon sens !

YDM

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