|Project Syndicate] De l’exactitude des experts

>>> Voici un livre qui mériterait d’être traduit en français le plus rapidement possible car il épingle les fausses prévisions des experts et démontre que les experts ne sont pas plus crédibles dans leurs projections que le commun des mortels. C’est agréable de se rendre compte qu’il y’a enfin des biscuits de qualité à opposer à ces pseudo connaisseurs, qui n’ont jamais cessé de se tromper mais trouvent toujours une pirouette pour justifier leur bêtise. Elisabeth Teyssier doit avoir de bien meilleurs résultats que tous ces blablateurs. Vous vous demanderez donc : pourquoi restent-ils toujours aussi présents et influents alors que la vacuité de leurs analyses et jugements ne fait plus de doute pour personne ?

 

 

 

Philip E. Tetlock, auteur de Expert Political Judgment: How Good Is It? How Can We Know?, est professeur de management, sciences politiques et psychologie à l’université de  Berkeley.

 

 

Chaque jour, les experts nous bombardent de leurs points de vue sur des sujets aussi variés que les insurgés irakiens, les cultivateurs de coca boliviens, les banquiers centraux européens et le Politburo de Corée du Nord. À quel point sont-ils crédibles, ces experts ?

Une vision optimiste est que tant que ceux qui vendent de l’expertise rivalisent énergiquement pour capter l’attention des sagaces acheteurs (les médias), les mécanismes du marché assureront le contrôle de la qualité. Les experts publiés dans les pages opinion des journaux, ou qui passent à la télévision et à la radio, doivent assurément jouir d’une bonne réputation puisque dans le cas contraire, ils auraient été éliminés.

Les sceptiques avertissent pourtant que les médias nous imposent leurs choix d’orateurs et qu’ils sont moins intéressés par des débats raisonnés que par la manière de s’adapter aux préjugés populaires. En conséquence, la célébrité peut très bien être liée négativement, et non de façon positive, à l’exactitude à long terme.

Jusqu’à une période récente, personne ne savait qui avait raison car personne ne conservait de trace des résultats de ces experts. Mais une recherche étalée sur 20 ans suggère aujourd’hui que les sceptiques sont les plus proches de la vérité.

Je décris ce projet en détail dans mon ouvrage Expert Political Judgment: How good is it? How can we know? [Le jugement politique des experts : que vaut-il ? Comment savoir ?] L’idée de départ consistait à solliciter des milliers de prédictions auprès de centaines d’experts au sujet des destins de dizaines de pays, et de noter ces prédictions en fonction de leur exactitude. Nous avons découvert que non seulement les médias n’éliminent pas les mauvaises idées, mais qu’ils les favorisent souvent, surtout lorsque la vérité est trop embrouillée pour pouvoir être présentée nettement.

Les preuves se divisent en deux catégories. D’abord, comme en ont averti les sceptiques, quand des hordes d’experts s’affrontent pour les feux de la rampe, beaucoup sont tentés de prétendre qu’ils en savent plus qu’en réalité. Les experts prévoyant le pire et le meilleur sont ceux qui ont le plus tendance à exagérer.

Entre 1985 et 2005, les experts les plus optimistes faisaient des prévisions sur 10 ans qui exagéraient les chances de grands changements positifs à la fois sur les marchés financiers (par ex un Dow Jones à 36 000) et en termes de politique mondiale (par exemple le calme au Moyen-Orient et une croissance dynamique en Afrique sub-saharienne). Ils ont assigné des probabilités de 65% à des scénarios optimistes qui se sont concrétisés dans seulement 15% des cas.

Pendant la même période, les experts les plus pessimistes se sont encore plus fourvoyés, en exagérant les risques de changements négatifs là même où les experts trop optimistes avaient trop chargé en bonnes nouvelles, et en en rajoutant de nombreux autres (j’attends toujours la désintégration imminente du Canada, du Nigeria, de l’Inde, de l’Indonésie, de l’Afrique du Sud, de la Belgique et du Soudan). Ils ont attribué des probabilités de 70% à de sinistres scénarios qui ne se sont concrétisés que dans 12% des cas.

En outre, comme l’avaient encore une fois prédit les sceptiques, les experts prétendant en savoir plus qu’en réalité paient rarement leurs erreurs. En effet, les médias leur accordent une grande attention tout en négligeant leurs collègues plus modestes.

On peut voir ce procédé particulièrement mis en relief quand, en suivant le philosophe Sir Isaiah Berlin, nous catégorisons les experts en “hérissons” et “renards.” Les hérissons sont ceux qui ont de grandes idées et s’amourachent de grandes théories : idées libertaires, marxisme, environnementalisme, etc. Leur confiance en eux peut être contagieuse. Ils savent comment entretenir l’élan d’une discussion en multipliant les raisons montrant qu’ils sont dans le vrai et que les autres se trompent.

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Article publié le 10 juillet 2006

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