Prémonitoire Marc-Edouard Nabe

Sous l’égide de Bloy, Céline et Rebatet, on m’attendait au tournant. J’y suis : je ne ferai pas l’économie d’un tel débat. Du moment que je vomis le monde entier, il n’y a aucune raison pour que les juifs soient exclus de ma gerbe d’or… C’est ce que je croyais pouvoir dire. Hélas ! La France n’est pas prête pour ce genre de logique. Très instructif. Après quatre ans de honte bue, le pays du Déshonneur même se sent assez blanchi pour redouter les sarcasmes d’un petit illuminé ! Si je n’étais pas moi, je verrais ça comme un signal pertinent de démocratie ! Je ne vais pas me plaindre. La censure, je l’ai toujours bien enculée, e dans cette page mieux que jamais. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la littérature a ses limites. On tolère tout ce que je veux comme rhétorique odieusement cynique, toute ma machinerie d’ironie acerbe et mon alchimie des premiers degrés, mais sur des sujets dont tout le monde, après tout, se fout : Monk, les Noirs, mon corps, les livres, le Jazz, la vie… Tout sauf les Juifs ! Là, ça coince, là je vais trop loin, je bave. C’est intéressant qu’en 1984 un garçon de vingt-cinq ans, appartenant à une génération qui revendique de n’avoir plus rien à foutre des horreurs de la guerre, n’ait pas le droit de plaisanter dégueulassement sur les Juifs. Le mauvais goût et les douleurs, ça ne se discute pas. Barrault, il trouve qu’Au Régal des vermines est assez bourré de dynamite comme ça. Il a commencé à sabrer, dans les vingt pages que vous ne lirez pas ici, les passages trop caricaturaux sur les rabbins, les hassidiques et les lamentés de touts sortes, les casher à phylactères… Avec plaisir on vous sort des petites esquisses méchantes à souhait de gros Bretons cos avec leurs chapeaux ronds, de Nègre avec un os dans le nez, de Corses en sieste sous un arbre eNabe5t on vous tient même les côtes que vous riiez bien décontracté ! Un yiddish barbu à petites couettes en train d’enculer un cochon : ça ne passe pas, ça gêne, ça gêne. Instructif ! 1984 ! Je note. Ce qui fait gamberger Barrault, c’est qu’il ne sait toujours pas si je suis antisémite ! Est-ce qu’on va demander à la LICRA si elle est antiaryenne ? Pourtant c’était vachement intéressant mon petit chapitre. Pas ignominieux pour un sou : juste des évidences, des insolences…
Quand je disais « Parler du cancer c’est être cancéreux, articuler le mot « juif » c’est fini, vous êtes antisémite », et je ne pensais pas si bien écrire ! Toute ma vie, j’ai vécu dans la peur de l’antisémitisme, comme si nous étion juifs ! ça continue alors ? Trouver un seul Juif dégueulasse, personne n’ose jamais ! Comme s’il s’agissait d’une haine raciale ou d’une xénophobie banale. Le juif n’est pas l'<<Etranger>> dreyfusard, le perturbateur révolutionnaire : le Juif est une interrogation psychanalytique. Il est aussi normal qu’un goy ne saisisse pas les mobiles d’un Juif qu’un Juif revendique le droit que << tout >> soit juif un jour ou l’autre. L’animosité goy n’est qu’une simple absence de Jésus : c’est bien normal que le monde leur revienne de droit, car c’est la loi écrite de l’Univers que tant qu’un goy restera vivant, la Terre ne voudra rien dire … Je n’ai de leçon de racisme à recevoir de personne.

 

Au régal des vermines, Barrault, 1985

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