[OCDE] « Comment en finir avec l’échec scolaire : les mesures efficaces »

Projet de rapport national de base de la France

 

Présenté par Mme Catherine Moisan, Inspectrice générale de l’éducation nationale

Dans le cadre de l’activité de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)

Juin 2011

 

La rédaction de ce rapport a été coordonnée par Mme Catherine MOISAN, inspectrice générale de l’éducation nationale, avec l’appui d’un comité consultatif composé d’experts du ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative.

 

La composition de ce comité consultatif était la suivante :

 

Mme Véronique FOUQUE ; chef du bureau du suivi des stratégies et performances académiques, Direction générale de l’enseignement scolaire

Mme Elisabeth FROCHEN, adjointe au chef du département des relations européennes et internationales, Direction générale de l’enseignement scolaire

M. François GORGET, chef du département des affaires communautaires et multilatérales, Direction des relations européennes et internationales et de la coopération

Mme Pascale POLLET, chef du bureau des études statistiques sur la formation des adultes, l’apprentissage et l’insertion des jeunes, Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance

Mme Françoise OEUVRARD, Mission des relations avec la recherche sur l’éducation, Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance

La coordination de cette activité avec l’OCDE et du comité de pilotage à été assurée par :

Mme Nadine PROST, chargée de mission pour l’OCDE à la direction des relations européennes, et internationales et de la coopération (Département des affaires communautaires et multilatérales)

 

 

RÉSUMÉ ANALYTIQUE

1. Les caractéristiques du système français

Le système éducatif français comprend trois niveaux :

– les écoles (pré-élémentaire et élémentaire) qui scolarisent tous les enfants à partir de trois ans pendant huit années ;

– les collèges (secondaire inférieur) qui scolarisent tous les enfants pendant 4 ans ;

– les lycées (secondaire supérieur) qui présentent des voies différenciées, générales, technologiques, professionnelles et qui mènent au baccalauréat.

Les parcours sont communs à quasiment tous les élèves jusqu’à la fin du collège où se situe le premier « palier d’orientation ».

 

 

2. Les principaux défis posés par l’échec scolaire

La France connaît donc un nouveau défi pour améliorer l’équité et lutter contre l’échec scolaire. Les principales causes sont de nature externes ou internes au système :

– l’école porte à elle seule les aspirations d’ascension sociale de la population car le diplôme de formation initiale est plus que jamais le déterminant majeur de la carrière professionnelle ;

– l’importance du chômage des jeunes et de leur précarité à l’entrée sur le marché du travail provoque parfois un sentiment de « fatalité » chez les jeunes ;

– le modèle français d’intégration et « d’élitisme républicain » peine à atteindre ses objectifs ;

– la culture professionnelle des enseignants (partagée par les familles de catégories socioprofessionnelles moyennes et supérieures) est encore largement fondée sur la sélection. Le fait que la réussite des élèves en difficulté ne porte pas atteinte à la réussite des « bons élèves » n’est pas encore communément admis ;

– l’absence d’autonomie des écoles ne permet pas le développement de la responsabilité et des projets locaux ;

– la ségrégation urbaine des grandes villes et des banlieues induit de fortes disparités de réussite entre établissements et la politique d’éducation prioritaire peine à donner des résultats.

Il convient d’ajouter que, comme tous les pays européens, la France s’efforce de maîtriser les dépenses publiques. S’ajoute donc aux défis précédents des questions majeures telles que l’optimisation des ressources, l’acceptation de priorités pour ceux qui sont en difficulté la capacité à réformer dans une période de moyens contraints.

 

 

3. Les réformes en cours

Pour faire face à ces défis, la France a défini plusieurs objectifs, dont certains sont communs à l’Union Européenne :

– passer de 42% à 50% de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur ;

– diminuer les sorties précoces et le décrochage scolaire, réduire à 13% le nombre de jeunes non diplômés ; – réduire à 15% le pourcentage de jeunes de 15 ans qui ne maîtrisent pas les compétences de base (PISA) ; – diminuer l’écart de performances entre établissements.

Plusieurs réformes sont actuellement en cours afin d’atteindre ces objectifs.

En premier lieu, la mise en place d’un « socle commun » de connaissances et compétences est en cours à l’école et au collège. Il s’agit de passer enfin à une évaluation différenciée et personnalisée de l’acquisition des compétences par les élèves, avec des paliers, et d’améliorer la cohérence des progressions pendant les 9 années de scolarisation de base.

En second lieu, deux réformes majeures concernent le secondaire supérieur. :

– celle de la voie professionnelle qui a démarré en 2009, elle fait passer de quatre à trois ans la durée des études pour l’obtention du baccalauréat professionnel, elle vise à augmenter le pourcentage de jeunes accédant à ce diplôme avec un meilleur accompagnement, une réforme en profondeur des programmes, des diplômes et des périodes de formation en entreprise

– celle de la voie générale et technologique qui a démarré en 2010 vise à mieux préparer les lycéens à l’enseignement supérieur, à permettre une orientation plus progressive et à mieux s’adapter aux besoins des élèves par un accompagnement personnalisé

En troisième lieu, la politique d’éducation prioritaire évolue à la rentrée 2011. Elle se compose des écoles et établissements scolaires inscrits dans le programme ECLAIR (écoles, collèges, lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite), piloté au niveau national, et des réseaux de réussite scolaire, pilotés au niveau académique. Le programme ECLAIR concerne 325 établissements (297 collèges et 28 lycées) ainsi que les écoles de leur secteur (plus de 2100). Ces établissements et écoles pourront développer des innovations en matière pédagogique, éducative, et dans la gestion des ressources humaines : création d’écoles du socle commun, personnalisation des parcours d’apprentissage, renforcement des liens entre pédagogie et vie scolaire, amélioration du « climat scolaire », personnalisation de la gestion des ressources humaines, contractualisation avec les autorités académiques.

Enfin, afin de lutter contre le décrochage scolaire, des plateformes de suivi et d’appui aux jeunes qui sortent prématurément de formation initiale se mettent en place. Ces plateformes bénéficient d’un système d’information unique permettant de mieux repérer ces jeunes qu’ils décrochent en lycée, en apprentissage ou en lycées agricoles. Elles regroupent tous les acteurs (établissements scolaires, centres de formation d’apprentis, missions locales pour l’emploi, collectivités territoriales).

Elles doivent permettre une prise en charge rapide et adaptée des décrocheurs en leur offrant une « seconde chance ».

 

 

PARTIE 1 : MESURES ET PRATIQUES VISANT À LUTTER CONTRE L’ÉCHEC SCOLAIRE

Chapitre 1 : Structure et gouvernance

Chapitre 2 : Un enseignement équitable et qui n’exclut personne

Chapitre 3 : Des pratiques équitables qui n’excluent personne

Chapitre 4 : Des ressources équitables qui n’excluent personne

Chapitre 5 : Les défis posés par l’échec scolaire

34. Le système éducatif français a su relever le défi de la massification et de l’élévation du niveau de formation de l’ensemble de la population. Entre 1970 et 1995, le pourcentage de bacheliers dans une génération est passé de 20% à 60% et les sortants sans qualification de 20% à 10%. Cet effort a profité à l’ensemble de la société et, d’un certain point de vue, on pourrait considérer que l’égalité des chances a augmenté puisque dans la génération des années 80, 50% des enfants d’ouvriers sont bacheliers, alors qu’ils n’étaient que 6% dans la génération des années quarante.

Mais l’école française et son modèle sont confrontés à un nouveau défi car tous les indicateurs convergent :

– Au vu des résultats PISA 2009, le pourcentage d’élèves en grande difficulté tend à augmenter ; cependant les résultats des évaluations nationales 2011 à l’école élémentaire font apparaître une amélioration par rapport à 2010, ce qui permet de penser que les réformes entreprises commencent à porter leurs fruits ;

– les écarts entre les élèves en réussite et ceux en échec demeurent trop importants ;

– le déterminisme social et culturel pèse encore lourd.

35. Il existe évidemment des facteurs externes à l’école qui font partie des causes de cet essoufflement. En premier lieu, l’importance du chômage des jeunes et la précarité de leur situation à l’entrée sur le marché du travail produit un double effet paradoxal :

– l’importance du diplôme n’a jamais été aussi forte pour accéder à un emploi, ce qui induit une forte concurrence à tous les niveaux, entre établissements notamment. Les familles qui ont le choix ne veulent courir aucun risque et ont tendance à fuir certains établissements pour des « bons » collèges ou des « bons » lycées. Ce phénomène accentue la ségrégation scolaire et toutes les études montrent que les performances des élèves en difficulté baissent quand ils ne sont entourés que d’élèves en difficulté.

– cette précarité grandissante des jeunes finit par être intégrée par certains d’entre eux et perçue comme une fatalité. Alors pourquoi étudier si l’on croit que c’est sans effet sur la construction de l’avenir ?

En second lieu, faire réussir et emmener à un haut niveau de qualification de jeunes urbains ne pose pas les mêmes problèmes que l’alphabétisation des campagnes. Et l’école française, qui a si bien réussi alors qu’elle était ancrée dans la ruralité se trouve démunie face à la ségrégation urbaine, à l’évolution culturelle et surtout à l’exigence accrue de niveau de formation.

Enfin, l’école porte à elle seule les aspirations d’ascension sociale de la population car le diplôme de formation initiale continue à être le déterminant majeur, sinon absolu, de la carrière professionnelle et de la position sociale. La France se caractérise toujours par une faiblesse de la formation continue diplômante, malgré les efforts répétés pour son développement, notamment par la validation des acquis professionnels.

Si l’on compare par exemple avec le Canada, la proportion de diplômés du secondaire atteint 91% parmi les 25-34 ans alors que 70% seulement des jeunes de 20 ans sont titulaires d’un diplôme ou d’une qualification. On voit nettement qu’une partie importante des jeunes complètent leur formation après la sortie de l’école et acquièrent ainsi un diplôme. En France, 83% des jeunes de la même tranche d’âge ont un diplôme du secondaire et ils l’ont quasiment tous acquis en formation initiale.

Cette pression sociale sur l’école française ne constitue pas un facteur de performance. Elle focalise sur l’école les inquiétudes des familles pour l’avenir de leurs enfants, elle accentue les tendances élitistes du système. L’école est alors tenue pour responsable de tous les maux de la société. On voit apparaître une nostalgie irrationnelle d’un âge d’or qui n’a jamais existé dans de nombreux ouvrages de vulgarisation.

36. En ce qui concerne les facteurs internes à l’école qui peuvent expliquer l’échec scolaire et son évolution, le premier réside dans la difficulté de faire évoluer le modèle français de l’intégration vers l’inclusion.

Mais tout ceci suppose une transformation importante des pratiques et de la culture professionnelle des enseignants, notamment dans le secondaire. Une enquête de la DEPP portant sur les représentations de la grande difficulté scolaire par les enseignants montre que le tiers d’entre eux se sentent impuissants face aux difficultés de leurs élèves et ont une attitude fataliste : « on ne peut rien faire, soit en raison de l’environnement social, soit parce que le niveau précédent n’a pas fait ce qu’il fallait ».

Cette culture, profondément ancrée dans l’élitisme républicain, n’est pas l’apanage des seuls enseignants, les familles de classes moyennes et surtout de classes supérieures la partagent. L’un des grands défis qui attend le système français consiste à faire comprendre à tous, enseignants, parents, cadres du système, que faire réussir les élèves en grande difficulté ne fera pas régresser les bons élèves. C’est ce que montrent très clairement les résultats de PISA où les pays qui réalisent d’excellents scores ont diminué la proportion d’élèves en grande difficulté sans pour autant diminuer la proportion d’excellents élèves.

 

 

PARTIE 2 : QUESTIONNAIRE RELATIF AUX STRATÉGIES APPLIQUÉES ET FONDÉ SUR LES DIX MESURES DÉFINIES PAR L’OCDE

1ère mesure : Limiter l’orientation précoce en filières et classes de niveau et reporter la sélection par les résultats

2ème mesure : Gérer le choix de l’école afin de contenir les risques pour l’équité

3ème mesure : Dans le deuxième cycle du secondaire, proposer des alternatives attrayantes, éliminer les voies de garage et prévenir le décrochage scolaire

4ème mesure : Offrir une seconde chance

5ème mesure : Repérer ceux qui prennent du retard à l’école et leur apporter une aide systématique, et réduire les taux élevés de redoublement

6ème mesure : Renforcer les liens entre l’école et la famille pour aider les parents défavorisés à aider leurs enfants à apprendre.

7ème mesure : Tenir compte de la diversité et permettre l’inclusion des migrants et des minorités dans l’éducation ordinaire

8ème mesure : Offrir une solide éducation à tous, en privilégiant les dispositifs pour la petite enfance et l’instruction de base.

9ème mesure : Orienter les ressources vers les élèves et les régions qui en ont le plus besoin

 

 

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