"Les Israéliens ne sont pas racistes, c’est juste qu’ils n’aiment pas les Noirs"

Kéassa (pseudonyme) est rentré à Abidjan avec sa femme et ses deux enfants le 12 juillet, soit quatre jours avant l’ultimatum. Il n’a pas souhaité faire les démarches pour toucher l’argent proposé par le gouvernement israélien aux Ivoiriens qui quitteraient le territoire avant la date butoir (500 dollars par adulte et 100 dollars par enfant).
Quand j’ai entendu parlé de la décision des autorités de nous expulser, j’ai d’abord cru à des rumeurs. Et puis j’ai perdu mon travail, sûrement à cause de ce contexte hostile envers nous, et j’ai compris que la vie allait devenir compliquée. J’ai dit à ma femme que je voulais que l’on quitte Israël avant l’ultimatum, parce que je ne voulais pas subir la honte d’être arrêté et traîné dans la boue comme un chien.
Je me suis installé seul à Tel Aviv il y a cinq ans parce que je voulais gagner de l’argent et permettre à ma famille de vivre convenablement. Au bout de deux ans, j’ai été embauché comme homme de main dans une agence immobilière. Ma femme et mes deux enfants m’ont alrs rejoint [l’État hébreu a longtemps fermé les yeux sur les emplois de clandestins, jusqu’en mai quand le ministre israélien de l’Intérieur, Eli Yishai, a menacé les mairies qui recrutaient des immigrés de leur infliger une amende, ndlr]. Durant ces trois années, nous avons mieux vécu qu’à Abidjan. Nous n’avions pas beaucoup d’amis israéliens, seuls quelques collègues de travail et notre voisin, mais le travail marchait bien et ma femme faisait régulièrement des ménages.
 
« Mon fils se plaignait d’être regardé méchamment »
Mais ces derniers mois, mon fils se plaignait de plus en plus d’être « regardé méchamment » dans la rue et à l’école. Je n’ai jamais été agressé mais il est vrai que les regards posés sur moi dehors ou au travail étaient de plus en plus pesants [des manifestations contre les immigrés ont été récemment organisées et plusieurs déclarations d’hommes politiques ont été qualifiés par les associations d’ « incitation à la haine raciale », ndlr]. Quand les Sud-Soudanais ont dû partir, j’ai demandé l’avis de mon voisin parce que je pensais à la sécurité des miens. Il m’a d’abord dit de ne pas m’inquiéter. Et puis au début du mois il a changé son discours et m’a conseillé de prendre l’avion.
J’ai des amis qui sont restés sur place, mais je n’ai aucune nouvelle d’eux. La plupart me disaient craindre d’être traités de pro-Gbagbo en revenant à Abidjan. [Après la crise post-électorale, des sympathisants de Laurent Gbagbo, ont subit des menaces forçant certains à quitter le pays, ndlr]. Je connais aussi des Ivoiriens qui, pour la même raison, ont préféré aller au Cameroun, au Bénin ou au Togo plutôt que de retourner en Côte d’Ivoire.
Selon moi les Israéliens ne sont pas racistes, c’est juste qu’ils n’aiment pas les Noirs. Ils ont vu trop d’immigrés africains arriver dans leur pays ces dernières années [Le gouvernement estime à 62 000 le nombre d’immigrés africains « infiltrés » en Israël depuis 2006, ndlr].
http://www.youtube.com/watch?v=aE0OnwcGaDE
http://www.youtube.com/watch?v=bNWO–QOyCs
On a juste envie de lui demander ce qu’il a fumé pour aller là-bas… Israël, faut le faire tout de même !

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