Le redoublement est une attitude prudente contre l'échec scolaire

Le redoublement serait quelque chose de nocif pour les élèves. Il ne se trouve un seul expert en France, et disent-ils, dans le monde pour cautionner le redoublement. L’on devrait tous leur faire confiance, eux qui ont toujours si bien réussi dans leurs visions de l’éducation.

 

D’après la propagande, il y’ aurait de nombreuses études qui prouveraient que le redoublement est néfaste. Elle s’appuie notamment sur les enquêtes Pisa qui montrent que les pays où se pratiquent le plus le redoublement sont les moins performants.

En effet, elle met avant que “les pays où le redoublement est une pratique courante affichent de moins bons résultats que les autres pays”. Plus précisément, la France est moins bonne que la Finlande, qui fait passer ses élèves quasi automatiquement.  source : létudiant

Autres arguments, cela coûte cher et cela ne permet pas au redoublant de se sentir bien dans sa peau.

Mais, si l’on se mettait à raisonner un tout petit peu, l’on se rendrait compte rapidement de la stupidité de cette argumentation contre le redoublement.

C’est exactement comme si l’on vous disait que la peine de mort ne permet pas de lutter contre le crime. En effet, ce n’est pas son objectif. La peine de mort est juste une sanction, certes imposante, parmi un vaste panel de sanctions pénales. Si elle peut influencer l’attitude des criminels de façon à les empêcher de commettre leurs mauvais actes; tant mieux. Sinon, tant pis. Son but fondamental n’est pas d’empêcher le crime mais de le sanctionner quand il se produit.

 

C’est quoi le redoublement ?

Dans le milieu scolaire, le redoublement scolaire est le fait pour un élève de suivre un niveau de classe une année supplémentaire au lieu de passer au niveau supérieur. source : wiki

Pour les bouchés du bulbe, le redoublement est une réponse à une situation pédagogique médiocre d’un élève. Pour aller en classe supérieure, il faut montrer par ses notes, que l’on a le niveau minimum pour pouvoir suivre les cours de la classe suivante. Plus simplement, il faut avoir 10/20. Avoir la moyenne.
L’on a été éduqué ainsi. Tu as 10, tu as le passeport pour le niveau supérieur. Tu as moins de 10, tu repasses ton année. Pas parce qu’on ne t’aime pas, mais simplement parce que tu n’auras pas les armes pour pouvoir y arriver et combler aisément ton retard. D’ailleurs, pour la plupart des élèves que l’on fait avancer automatiquement, le trou devient au fil des ans, un fossé, puis, un gouffre.

Résultat : décrochage scolaire, abandon de l’école ou bifurcation obligatoire dans des filières-rébus, généralement techniques (ce qui est dramatique pour ces filières qui ont perdu tout leur lustre et qui mériteraient de recevoir des candidats motivés et respectueux de leurs futurs métiers).

Les anti-redoublements pensent qu’il faut mieux faire monter le gamin aux résultats médiocres en classe supérieure et ne voient jamais le rapport entre leur attitude irresponsable et la hausse du nombre d’élèves qui squattent le collège et le lycée sans avoir le bagage intellectuel pour suivre les cours.

Combien de gamins de 3e sont incapables de faire la moindre division, la moindre multiplication avec virgule, la moindre conversion ? Combien d’élèves de 3e maîtrise leur table de multiplication ? Combien d’étudiants se retrouvent dans des amphis avec un niveau catastrophique en français ? Combien de collégiens font des fautes grammaticales cruciales montrant qu’ils n’ont pas acquis les bases de la langue française ?

L’échec scolaire s’est sédimenté dans le système scolaire français parce que cette mentalité de faire avancer les cancres automatiquement est devenue la norme. Ainsi, l’on a des enfants avec 6 ou 7 de moyenne qui passent en classe supérieure sans que personne ne se rende compte que ce petit trou de 3 ou 4 points en classe de Ce 2 par exemple, donnera dans quelques années des enfants qui décrocheront en 4e, car ce qu’ils apprendront au collège sera incompréhensible pour eux, du mandarin.

 

L’instruction est une suite logique et chaque étape est importante pour obtenir des étudiants bien finis et charpentés.

Le primaire sert à acquérir les fondamentaux. Vulgairement, l’on remplit les outres vides. D’où les règles de grammaire à connaître, la maîtrise des 4 opérations de calcul de base, l’enseignement par la répétition et la restitution fidèle des connaissances données par le maître (selon moi, le maître dit la loi, l’on s’incline devant son savoir sans jamais le remettre en cause; le professeur professe, déclare publiquement, dévoile, rend officiel, dit ce qui est connu, reconnu mais l’on a le droit de remettre en cause, de douter, de ne pas le suivre totalement, de s’affranchir de sa vision, de s’interroger, de penser autrement.) Le maître dit, les élèves répètent.

Le collège sert à consolider ces fondamentaux (6e-5e) et à commencer à réfléchir par soi-même (4e-3e, la rédaction, les portraits, initiation à l’argumentation personnelle et non à la récitation des leçons, l’abstraction avec l’algèbre et les équations mathématiques,…). Le professeur dit, les élèves essayent de répéter avec leurs propres mots.

Le lycée permet de consolider le raisonnement et l’argumentation de l’élève. L’on ne prend plus en considération que sa manière de penser, sa logique, son sens critique, son argumentation.  Le professeur dit, les élèves reformulent.

Enfin, à l’université, l’on considère que l’élève est considéré comme étant parfaitement capable de raisonner et de se prendre totalement en main. Ne valent plus que ses réflexions, sa faculté à formuler sa pensée, et à s’approprier les connaissances acquises auprès d’un professeur. Le professeur dit, les élèves apprécient.

 

Ce processus est donc cohérent et il faut respecter chaque étape. Comment voulez-vous qu’un lycéen répercute convenablement ce qu’on lui apprend s’il ne maîtrise même pas les rudiments de la grammaire ? Comment maîtriser les équations si l’on n’a pas compris le développement et la factorisation ? Et encore plus, si l’on ne sait même pas comment effectuer une fraction ou une simple multiplication ?

Il est donc évident que tout se tient, comme dirait l’autre, et que le redoublement sert à montrer que l’élève qui monte de niveau ne sera pas en total déphasage avec la réalité de son nouvel apprentissage.

Donc, un élève qui redouble est un élève qui n’a pas le niveau scolaire requis pour être dans la classe supérieure. Et vouloir à tout prix le faire avancer, c’est favoriser son échec scolaire ou son décrochage scolaire.

 

Nous vivons une époque particulière; une époque où il est convenable de faire passer des élèves qui n’ont pas la moyenne, le minimum requis;  et où des candidats à devenir professeurs sont recrutés à 4/20. Voilà la réalité. A force de relativiser tout, l’on finit par accepter l’illogique, l’inacceptable. Des élèves qui avancent à l’ancienneté, des enseignants qui enseignent sans avoir le minimum de compétences requises,  le mal s’enkyste tranquillement et gangrène.

– Concernant les pays où le redoublement est une pratique courante et qui affichent de moins bons résultats que les autres pays, cela n’a rien d’étonnant. Si vous faites redoubler des enfants et vous n’améliorez pas l’enseignement qu’ils reçoivent, il est normal que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et là s’affiche la qualité du corps professoral recruté et les moyens mis en place pour rendre profitable le redoublement.

Les anti oublient juste de dire que les pays qui affichent de bons résultats avec naturellement peu de redoublement, sont des pays où tout est mis en place pour éviter justement, le recours au redoublement. En Finlande, l’exemple phare, dans chaque classe, il existe un professeur assistant qui seconde le premier quand quelques gamins ont des difficultés à comprendre une leçon. L’échec est donc traité à la racine, dès les premiers signes de danger. L’élève est accompagné pendant toute son année scolaire et à la moindre alerte, dispose d’un professeur supplémentaire en classe pour se remettre au niveau. Et une fois que la difficulté est résorbée, il réintègre le reste de la classe et poursuit son cheminement scolaire sans embûches.
Les pays où le redoublement est une pratique courante sont aussi les pays qui ne mettraient pas en place un véritable système d’alerte contre le redoublement. Personne ne dit que le redoublement est quelque chose de positif. Mais, les trajectoires sont rarement rectilignes en matière d’éducation et si l’on ne fait rien pour lutter efficacement contre le redoublement et donc, contre les élèves qui n’arrivent pas à acquérir le minimun scolaire d’une classe donnée, l’on est certain de le traîner comme un boulet et de plomber ses stats. Que fait la France pour lutter contre le redoublement à part la glose stérile et lénifiante ?

– Concernant les moyens humains et financiers, je crois qu’il vaut mieux assumer la logique : reculer pour mieux sauter, que de faire avancer bêtement les gamins en difficulté scolaire. Simplement, lorsqu’on recule, qu’on redouble une classe, il faut apporter des réponses concrètes, personnalisées aux élèves qui redoublent, leur prêter une attention particulière afin de rentabiliser cette année supplémentaire, de combler leurs lacunes. Et ne pas attendre que les gamins soient au lycée pour découvrir qu’ils font des fautes à la tonne et que leur niveau laisse à désirer comparativement aux pays  performants. Cela implique forcément d’y consacrer des moyens humains et financiers. L’éducation nationale en est excessivement pourvue.

 

Le redoublement n’est pas la solution pour lutter contre l’échec scolaire. Personne ne le dit. Le redoublement est une attitude prudente, responsable qui concourt à mieux lutter contre l’échec scolaire.

Seulement, une fois que le gamin redouble car il n’a pas le niveau (il faut insister parce que l’on a parfois l’impression que c’est une punition infligée injustement à l’élève), il faut lui donner les moyens, les connaissances, les enseignants qui l’aideront immédiatement à combler son retard. Mieux, pour réduire à néant le redoublement, il faudrait intégrer un système d’alerte immédiate afin d’éviter aux élèves en difficulté de devoir redoubler. Les enseignants-assistants finlandais sont un bon exemple de réaction ciblée et efficace contre l’échec scolaire. Encore faut-il qu’ils soient eux-mêmes au niveau.

Il n’en demeure pas moins qu’un élève qui n’a pas le niveau de passer en classe supérieure, ne doit pas y aller. Le redoublement est un constat froid de cet état de fait. Que dirait-on si au saut à la perche, si l’on repêchait tous ceux qui passent pas la barre à 4m 60 au prétexte qu’ils feront mieux quand ils se présenteront devant une barre à 4m 70 ?

Osez le bon sens !

YDM

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