Le rap ou l’artisanat de la rime, de Julien Barret

Il y’a quelques semaines, je vous parlais de ce livre et notamment de son auteur, qui a créé un site de critiques de spectacles d’humour. Dans la grande tradition française de mépris envers les petits, les amateurs et les non-initiés, ce cher Julien Barret n’a jamais réagi à ma demande d’entretien portant sur son travail. Il est overbooké. Banlieue-immigrée ne serait pas assez digne d’intérêt pour Juju. Il attend des articles du Monde… Il devra se contenter encore un moment des miens. Malheureusement…

En tout cas, je me suis offert son livre comme promis et je ne peux que vous le conseiller. C’est l’argumentaire que j’attendais. Une analyse très exigeante des textes de rappeurs, un désossage des textes et des comparaisons avec des poètes classiques. Comme il le dit si bien, peu de livres traitant du rap se sont intéressés aux mots, aux jeux de mots, de sons, à la richesse poétique des rappeurs (2 selon lui; le rap ou la fureur de dire, paru en 90 de Philippe Rousselot et Georges Lapassade, et Alain Milon dans L’Étranger dans la Ville. Du rap au graff mural. paru en 99 ) et le discours tourne toujours autour du côté social des origines de ce genre musical.

Je me reconnais entièrement dans son discours améliorateur du rap, dans sa volonté de mettre en lumière la forme des textes aux rimes riches, proposés par ces rappeurs, qui selon lui, n’auraient clairement rien à envier aux Grands Rhétoriqueurs.

 

 

J’ai beaucoup appris de ce livre qui présente, nomme et décortique les figures de style usitées dans le rap. On en ressort plus cultivé (l’auteur est linguiste) et le regard condescendant (même le mien, sur des formes de rap comme le freestyle ou les clashs) que l’on peut avoir sur certains rappeurs s’estompe. Nous le savions que les rappeurs étaient des poètes et de bien meilleurs auteurs que les variéteux qui monopolisent nos radios. Julien Barret fournit les armes pour défendre la qualité rapologique.

Si vous cherchez des arguments concrets pour défendre le rap, ce livre est une caverne d’Ali Baba. Indispensable pour tous les amateurs et très pédagogique. L’auteur évite le jargon et explique avec moults exemples chacune de ces figures de style : la syllepse, les comparaisons, l’a-peu-près, le calembour, la diaphore, les  différentes rimes équivoquées et les paronomases. 

 

Son travail de classement et d’analyse des formes de rap (rap conscient/égotrip; égotrip-freestyle-clash) et surtout, il faut le redire, la désociologisation du phénomène rap qu’il opère, concourent à rendre audible son discours, à le crédibiliser auprès du grand public. On ne s’embarrasse plus de savoir qui est derrière le texte. On finit au fil des pages par s’intéresser uniquement au texte.

C’est un livre qui s’adresse à tous, un excellent objet de vulgarisation et je conseillerai même aux premiers concernés, à savoir les rappeurs et le milieu dans lequel ils frayent, de s’y plonger. Ils mettraient ainsi des mots sur des constructions de rimes qu’ils effectuent de manière intuitive.

Enfin, sa comparaison du rap avec des poètes comme Meschinot , Aragon, Queneau, ou Bobby Lapointe, montre clairement que le rap est l’héritier incontesté de la grande tradition littéraire française. N’en déplaise à l’establishment. Il n’est pas sûr que Villon en son temps était apprécié des élites.

Il devenait vital pour le rap que ce livre existe. J’espère qu’il fera de nombreux enfants; que les français dans leur ensemble finiront par l’accepter; et rêvons un peu, par l’encenser.

 

Je mets à disposition mon exemplaire dans la chaîne de lecture.

 

Le rap ou l’artisanat de la rime

Julien Barret

L’Harmattan

18€

 

 

Osez le bon sens !

YDM

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