Le rap français et les histoires de la musique 1/3

Au commencement était le verbe

D’abord, j’avais entendu ça :

Benabar, Le Dîner

J’veux pas y’aller à ce dîner

j’ai pas l’moral, j’suis fatigué,

ils nous en voudront pas, allez on n’y va pas.

En plus faut que je fasse un régime

ma chemise me boudine,

j’ai l’air d’une chipolata, je peux pas sortir comme ça.

Ça n’a rien à voir

je les aime bien tes amis,

mais je veux pas les voir

parce que j’ai pas envie  [Que dire ?… C’est populaire]

 

Ensuite, j’ai entendu ça :

Christophe Willem, La tortue

La tortue…

On m’appelle la tortue

Et je commence à m’habituer

Peut-être pour mon dos courbé

Ou ma bouche ou je ne sais

Qu’on m’appelle la tortue mais

Ce n’est pas pour se moquer

Ni pour me torturer

Que je suis ainsi surnommé [sérieux ?]

Très belle parodie d’un de ses cartons, « Double je »

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Puis, ça :

Raphael, Les Petits Bateaux

Pourquoi le temps qui passe

nous dévisage et puis nous casse

pourquoi tu restes pas avec moi

pourquoi tu t’en vas

pourquoi la vie et les bateaux

qui vont sur l’eau ont-ils des ailes

pourquoi les avions s’envolent

bien plus haut que les oiseaux

pourquoi que les étoiles [c’est vrai, pourquoi que que ?]

sont-elles là-haut suspendues

pourquoi le ciel est si haut

pourquoi alors  [Demandes à Guillaume Canet]

 

 

Et ça :

-M-, Je dis aime

J’ai les méninges nomades

J’ai le miroir maussade

Tantôt mobile

Tantôt tranquille

Je moissonne sans bousculade [il y’a moyen aussi de caser embuscade, marmelade, citronnade, gonade, Sherazade…]

Même ça :

Zaz, Les passants

L’enfant n’est fait que de fêtes

Le fait est que l’effet se reflète

À sa capacité de prendre le fait tel qu’il est

Sans se référer à un système de pensée dans sa tête [épreuve de philo, sans doute]

L’automne, déjà! C’était l’été hier encore [et le printemps demain]

Le temps me surprend, semble s’accélérer [Tu l’as dit]

Les chiffres de mon âge

M’amènent vers ce mois rêvé [whaou !]

Ou encore

Vincent Delerm, Je pense à toi

 »À midi j’attendrai le soir »

À quatorze heures l’obscurité

Le tout début d’une histoire

Est meilleur qu’un vieux Godard

Un popcorn climatisé [Moi, pas comprendre ?]

Les posters, les filles australiennes

Je pense à toi

Au fond d’un garage Citroën

Ta bouche, ta voix

Les sacs bananes au Sacré-Cœur

Dix mille caméscopes en chaleur [Quel talent !]

Et

Thomas Fersen, Chocolat

Ma cigarette sur l’oreille

Et mes grosses lunettes de soleil

Leur ont mis la puce à l’oreille

Alors qu’ils bayaient aux corneilles

Mes chaussures à museau de rat

Ont chatouillé leur odorat

Et comme ils n’avaient rien à fiche

Ils ont détaché leur caniche [sacrément profond comme texte…]


Ou

Julien Clerc, Où s’en vont les avions ?

Où t’en vas-tu matelot

Quand les bateaux

S’en vont sur l’eau?

Où vont tes rires?

Où vont tes yeux perdus de bleu?

http://www.youtube.com/watch?v=4zBapZgNv8E
Où va l’oiseau du paradis

Sans une ombre, sans un souci?

Où va la vie si tu me quittes?

Où va ton reflet dans la vitre

Qui me donne le mal du pays?  [A la bibliothèque, Julien ! Ils vont à la bibliothèque]


Lui au moins, il a la sincérité de faire écrire ses bluettes. C’est déjà ça de gagner.

Ce sont des chanteurs dits populaires, de variétés ou la nouvelle chanson française.

A ce qui paraît. Sacrée dégringolade et rigolade par la même occasion. Je n’ai jamais pris autant de plaisir à me marrer des inepties et banalités alignées par ces rimailleurs révérés.

Il m’a paru assez intéressant de remettre un peu d’ordre dans cette nunucherie qu’est devenue la musique; où le pathétique scriptural, l’indigence intellectuelle squatte les sommets et se croit de qualité.

Il est temps de réhabiliter le rap, seul style musical qui honore encore le cerveau et la langue. Les rappeurs devraient le dire très ouvertement, au lieu de se taire et laisser prospérer cette désinformation générale qui n’a d’yeux que pour la médiocrité textuelle, il va s’en dire.

Personne ne le dit et tout le monde semble croire que le rap n’est que vociférations rageuses, revendications et batardisation du français. Il faudrait avoir l’honnêteté intellectuelle de le reconnaître : les rappeurs sont encore les seuls dignes héritiers des anciens poètes de la chanson française (dont je ne citerai pas les noms dans cet article pour ne pas entacher leurs œuvres avec ces débilités scandées à tue-tête).

Il était de mon devoir d’auditeur de défendre ce genre qui n’a pas la reconnaissance dont il est en droit d’attendre de ce milieu artistique qui érige des tentatives de poésies de gamines de  »Ce2 » en modèles de pensée. Il est impossible de demander à des gamins de s’inspirer de ça, franchement. Enfin, c’est mon avis, contraire, bien évidemment, à celui de notre cher ami Juju

Julien Doré, De mots

On chante pour les moches, les généreux,

Les frustrés et les blessés

On danse pour les coiffeurs, les vierges, les dieux

Et les travestis du monde entier

Mais on a seulement besoin de mots

Pour te dire salut ça va ?

On t’a appris pour qui tu dois avoir pitié

Et pour qui tu dois pleurer

On pense on pense à tante Christine, son mari

Sa voisine et Marcel qui porte la lingerie

Oh je chante pour ceux qu’on aime

Mais qui ne savent pas comment le dire  [Heureusement que Juju est là pour le faire, et le fait si bien.]

Tous les textes ont été pris sur lyrics-copy

 

La concurrence est à l’agonie

Au commencement était le verbe. Le pauvre verbe a pris cher depuis quelques décennies, la soupe est proprement indigeste.

La semaine dernière, s’est joué les Victoires de la musique. L’on a déjà oublié qui sont les heureux récipiendaires des prix distribués par la profession et le public, je crois.

Dans cette vaste séance d’auto-congratulations, le milieu de la chanson a célébré 2 artistes : Catherine Rincer et Hubert-Félix Thiefaine (connu seulement des bobos). Confettis et applaudissements à des dinosaures qui ont toujours fait quelques efforts de maintenir le niveau littéraire de leurs pollutions auditives.

Il est à espérer que ce revirement fera date. Un peu de lumière sur des chanteurs aux textes potables.

Déboulonnons quelques statues, cela fera sans aucun doute du bien au renouveau du texte.

Comparons ce qui est comparable, à savoir le rap actuel et le reste actuel. Il est trop facile à chaque fois qu’on évoque le texte, de se référer à de très grands, très morts, depuis plusieurs décennies. C’est exactement comme si l’on devait comparer l’entrepreneur lambda, l’épicier du coin, avec Bill Gates.

Il y’a des génies qui ont établi des standards. C’est une manipulation intellectuelle de vouloir toujours se référer à eux pour détruire une personne ou un genre. Des Villon ne courent pas les rues, dans le rap comme dans le reste.

 

1. Le rap parle toujours des mêmes choses

Jugement définitif du crétin de base qui ne se rend pas compte non plus, que sa chèvre variété parle aussi des mêmes choses. Les sujets sont les mêmes; le cœur, l’amour, le bien, la séparation, la solitude, l’inutile, le futile. Le cœur, l’amour, le bien, la séparation, l’inutile,…

Prenez chacune des vedettes de la variété ou de ce qui dicte le la de la grande culture musicale et vous verrez que le champ des sujets est assez étroit.

Le rap français est bien plus diversifié, a une panoplie de textes assez élargie et profonde; qui va du boui-boui assommant pour ados (Orelsan, Diam’s et même Michael Youn pour ne pas les citer) à des stylistes.

 

2. Le rap n’a aucun fond, c’est la glorification du capitalisme

Sous-entendu, la variété, elle, a du fond et ne glorifie jamais le capitalisme. Dans les clips de ces artistes quasi communistes, jamais de femmes à poil, jamais de bagnoles clinquantes, aucun billet, aucun bijou en or. Rien, juste des textes d’une profondeur incommensurable et un style châtié.

Si l’on doit déplorer cette marchandisation, autant la déplorer pour tous les styles. Quand l’on voit des chanteurs d’opéras commettre des disques de reprises et de variétés, personne ne trouve à redire sur cette abaissement de la finesse musicale aux choses si éphémères. Non, c’est un présent qu’ils nous accordent en nous faisant connaître leur art vocal. Pour démocratiser leur genre très populaire, n’est-ce pas ?

 

3. Le rap américanise la chanson française

Certains ont une mémoire très sélective. Johnny Hallyday, c’est un nom d’artiste très français. Dick Rivers (rivières de bites), sans doute. Tous les genres américains (twists, rock, métal, country…) se sont très bien implantés en France, sans aucun problème. Mais le rap, si américain, si ghetto, lui,  »pas bien ».

La chanson française est américaine depuis 1945. Vous avez 70 ans de retard sur votre combat protectionniste.

 

4. Le rap fait trop de bruit, on ne comprend pas les textes

Vous ne comprenez pas les textes sans doute parce que vous ne voulez pas les comprendre.

Quand on veut tuer son chien,

Aucun genre actuel ne donne la part belle aux textes comme le rap. Aucun.

D’ailleurs, l’époque est à l’électronique (samples de DJ, piqués du rap mais ne le dites surtout pas) , à des comptines en langue anglaise ( »le festival Francofolies devrait se renommer »  »Francophobies »), à la parodie des groupes anglais ( »les BB Brunes, les chaussettes rouges, les chats noirs, Les vestes vertes, Les mouchoirs dans la corbeille » …) et américains et à l’inflation artistique.

Et quand l’on ne sait plus comment faire décoller les ventes, l’on appuie sur le bouton régionalisme (Nolwenn Leroy avec son disque de reprises  de chants bretons. On a vu passé les corses cet été; nous attendons les Ch’ti; succès garanti).

Tout le monde chante maintenant, il n’y’a qu’à voir ces acteurs et actrices qui squattent les studios d’enregistrement et les plateaux (Ils sont parfois réalisateurs aussi. Acteur-chanteur-réalisateur-cuisinier-humoriste-animateur-politicien-humaniste…). Il faudrait se demander comment un milieu qui se veut artistique (la création ne devrait obéir à aucun standard), a muté au fil des ans pour devenir un agrégat de clans et de dynasties, d’arthritiques.

Aucun ne se lance dans le rap (qui exige d’avoir au minimum, un flow percutant et des textes présentables) ou dans le métal (qui requiert de savoir jouer correctement d’un instrument et/ou d’avoir des textes de qualité et une voix).

Pourquoi ? Alors que le rap et métal sont des gros vendeurs de CD et de concerts ?

La variété est à la portée de n’importe qui. Il faut bien les pondre les couplets, les punchlines, seul (l’interprétariat est très mal vu. Dans ce milieu, on écrit ses textes, seul comme un grand. La plume est le seul gardien de la paix du style).

Dans le reste, rares sont ceux qui arrivent encore à faire suivre deux rimes qui ne fassent pas honte à leur instituteur.

En ce qui me concerne, une chanson, c’est d’abord un texte, ensuite, un texte, et enfin, un texte.
C’est une définition assez restrictive, je vous l’accorde. Mais c’est une bonne définition.

 

5. Le rap est violent, agressif

Il faut reconnaître que ce n’est pas avec des bluettes que l’on arrive à capter un auditoire de rap. Le rap, c’est de la musique d’adultes. La  »punchline » se doit d’être saignante, variée, imagée, marquante. Le rap exige de sublimer les mots et comme le répertoire du bien est assez frustre, il s’épanouit beaucoup plus facilement dans l’outrance. Il n’en demeure pas moins que les rappeurs connus ne sont pas des drogués reconnus comme certains pontes de la variété, et en règle générale, ne chantent pas pour les enfants. On achète son CD, on branche sa radio, on va au concert, on est responsable.

Et puis, quand on décide de narrer cette réalité, il ne faut pas s’étonner qu’il n’ait pas de petits oiseaux et de batailles de polochons dans leurs textes. Ce ne sont pas des  »bobos »,  »fils de » et autres assistés de la vie, qui chantent leurs courbatures, leurs peines de cœur et leurs vergetures.

Et concernant la protection des mineurs, c’est justifié pour certains auteurs de rap. Personne ne peut le renier. Néanmoins, ce n’est pas aux artistes de s’autocensurer pour produire des œuvres qui plaisent au public. Personne ne leur impose un morceau de rap dans leurs baladeurs.

A chacun de jouer son rôle; les enfants écoutent  »Oui-Oui », les parents protègent leurs enfants, les artistes chantent.  Et ceux qui veulent suivre, suivent.

D’ailleurs, aujourd’hui, c’est cette misère textuelle des artistes  »mainstream » qui est agressive. C’est mon point de vue.

De rares anciens ont percé avec des textes très cools, n’empêche.

 

6. Le rap est misogyne

C’est simplement faux : le rap est sélectif. Seuls les meilleurs arrivent à éclore. Il se trouve simplement que pour devenir un bon rappeur, il faut y consacrer beaucoup de temps et d’énergie (les filles traînent rarement le soir dans les MJC et les cages d’escaliers). Et avoir du talent, une identité de chant, un flow particulier et des textes au niveau. Ne surnagent que les meilleurs. Aux États-Unis, de très nombreuses femmes ont écrit des belles pages du rap. Le rap ne laisse aucune place au favoritisme, aux quotas, à la médiocrité. Devant un micro, il n’y’a pas de sexe. C’est encore le seul lieu de la musique le moins gangrené par le népotisme.

Dans le rap, il n’y’a pas de papa, maman, et autres héritages que l’on retrouve assez vulgairement dans la variété française (chanteurs d’ancêtres en descendants). Sans doute y’a-t-il du relationnel depuis peu pour signer dans les maisons de disques, à cause de sa  »variétisation » progressive (j’y reviendrai par la suite), mais le texte ne triche pas. Quand on est bon dans le rap, on est réellement bon.

7. Le rap est une culture alternative

(une sous-culture, a une fois déclaré un sous-cultureux qui se surestimait)

Faux. Le rap est à notre époque ce que le disco a été aux années 80 et le rock aux années 70. Il se trouve juste que ceux qui tiennent les clés du business sont des enfants de Mai 68 qui vivent dans les songes et croient imposer leurs goûts musicaux à des gamins des années 90.  Le rap fait vendre énormément et ce, sans aucune promotion médiatique, sous la calomnie et les injures. Il n’est pas reconnu par le système, c’est sûr. Mais, il est très aimé du public, c’est certain.

Il est toujours de bon ton de nous citer les Rolling stones ou les Beatles (les bousiers sacrés en français) pour marquer sa grande culture musicale; la belle époque, l’âge d’or de la musique.

Ces gens si cultivés feraient mieux de traduire les textes de leurs idoles pour se rendre compte de leur crédulité. Même des chanteurs de variétés actuels, à la plume cramoisie, n’oseraient pas afficher de telles sottises.

Le rap est au centre de cette génération. Les autres genres musicaux sont des survivances imposées donc moribondes ou des vassaux cohabitant en bonne intelligence avec ce style. En réalité, les maisons de disques freinent des quatre fers pour limiter sa propagation. Elles essayent péniblement de sauver les vestiges d’une chanson française qui se survit dans quelques très rares ilots d’excellence.

8. Le rap est un métier de paresseux

Concernant la paresse, il faut vraiment avoir une vie de rentier pour croire qu’être un rappeur, c’est facile.

Les rappeurs sont comme tous les autres artistes, ils créent, vendent leurs disques et empilent les concerts pour vivre. La plupart arrive à avoir des revenus assez corrects en cumulant leur passion avec un deuxième travail d’appoint.

Il y’a très peu de rappeurs professionnels qui vivent comme des nababs, contrairement aux clichés véhiculés. Et l’on doit compter sur les deux doigts d’une main, les rappeurs qui ont des maisons de vacances à Gstaad, payent leurs impôts en Belgique et retournent simplement en France pour remplir leurs comptes en banque et/ou se soigner.

Et vous risquez moins de tomber sur un rappeur qui massacre sa chanson à un concert pour cause d’abus de substances illicites ou négligences que dans le reste de la variété. Le  »playback » et tous les rafistolages de rigueur étant peu usités pour masquer le manque de professionnalisme de certaines vedettes sanctifiées.

Tous ceux qui ont cru qu’il suffisait de tenir un micro pour réussir ont vite déchanté. Seul le travail paie et dans ce milieu plus que jamais. C’est encore un genre musical qui permet à tout quidam de s’élever dans la société grâce à son talent. Voir des personnes parfois sans aucun diplôme, avec des bagages lourds, une espérance proche de zéro, réussir à s’en sortir grâce aux mots, aux maniements des figures de style, est une sublime matérialisation de la motivation qui sommeille en chacun de nous.

Il faudrait toujours rappeler ces évidences aux gens. Le rap crée des emplois, directs comme indirects, irrigue l’économie locale et surtout permet d’avoir une vie sociale et culturelle dans les banlieues. A chacun son jazz. Le rap est source de sophistications et le serait davantage s’il s’organisait mieux. Des carrières se bâtissent, des entrepreneurs se révèlent et vivent décemment de leur passion.

Le rap, vainqueur incontestable mais contesté

Le rap berce l’époque. Il n’y a qu’à écouter les reportages télés où l’on utilise les chansons de rap pour amener le sujet, et les codes vestimentaires. Les DJ comme Guetta, les jeunes chanteurs et autres chanteurs fossilisés, se sont tous mis à chanter en anglais. Les seuls qui se prennent encore la tête avec le français sont les rappeurs. Crédit doit être donné à ce genre et non mépris et suffisance.

La vérité est simple à voir : si l’on enlève le rap du champ musical français de ces 10 dernières années, il reste quoi ? Rien.

Combien de classiques ? Combien de disques d’or, de diamant, sans publicité ni exposition ? Combien d’argent généré par ces pauvres banlieusards qui rimaillent, dites-vous ? Alors que vos références ne survivent que grâce à votre ostracisme et à l’assistanat médiatique ?

Ils sont ceux qui chantent l’époque. A bien des égards, ils sont l’époque avec toutes ses tares et ses excès. Ils sont aussi les héritiers légitimés par leurs textes, d’une tradition qui se perd à cause de cette propension actuelle à vénérer l’indigence par idéologie ou conformisme social.

Le rap entame actuellement une mutation qui pourrait lui être fatale, si ce n’est déjà le cas. Le fait de devenir aussi grand public l’éloigne manifestement de la consistance. Le niveau a chuté, l’homogénéisation du flow, les gens bien et l’époque, l’électronique et l’envie de vendre davantage au plus grand nombre et donc, au petit Kevin, entraînera forcément sa perte.

En réalité, le rap est mort le jour où Eminem a vendu plus d’albums que Snoop; que Diam’s a mis tout ce monde d’accord avec sa boulette. Il est devenu autre chose, un produit de consommation courante; la variété rappée. Un truc dans le genre.  Une sorte de R’n’B long. Un succédané du rap. Orelsan en est la manifestation la plus éclatante. Il ne devrait pas tarder d’avoir des  »boys-bands » de variétés rappées.

Catherine Ringer, Victoire de la musique de l’artiste interprète féminine de l’année

Hubert-Felix Thiefaine, Victoire de la musique de l’album de chansons et Victoire de la musique de l’artiste interprète masculin de l’année [Combien de classiques ?]

Orelsan, Victoire du meilleur album de musiques urbaines de l’année et la Victoire de la révélation au public de l’année [ça m’a fait penser à Manau,…]

Comme a dit un fameux quelqu’un à qui Dieu a donné du talent et qu’il est de mauvais ton de citer :

On n’a pas besoin de se reconnaître dans des religions qui ne nous appartiennent pas. Que chacun se fabrique sa religion.

Osez le bon sens !

YDM

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