Le grand fantasme de l'agriculture biologique

Il est sain de sortir du fantasme et de fixer la réalité avant d’éructer des sornettes. Quand je quittais le monde agricole en 2002, la SAU (surfaces agricoles utilisables) consacrée à l’agriculture Bio était proche de 3%.

Après une décennie de propagande, où en est-on ?

 

Panorama général sur la production bio en France en 2012

Fin 2012, 24 425 exploitations agricoles étaient engagées en agriculture biologique, soit une augmentation de 5,6 % par rapport à 2011 (1 290 exploitations supplémentaires). Les exploitations « bio » représentaient alors  4,7% des exploitations agricoles en France.

La superficie en mode de production biologique était de 1 032 941 ha, dont 855 644 ha certifiés biologiques et 177 297 ha en conversion (17 % du total). Les surfaces conduites en bio représentaient fin 2012, 3,82 % de la surface agricole de France.

Source : agencebio.org

 

Pour info, les agriculteurs bio sont tous d’anciens agriculteurs conventionnels. Les terres qu’ils exploitent sont aussi d’anciennes dépendances du chimique. Croyez-vous vraiment que ces terres sont désormais exemptes de pesticides et autres produits chimiques ? Il suffirait de déclarer qu’on est bio pour que les sols s’assainissent. Rions ! Ne vous en déplaisent, couillons, nous sommes tous des consommateurs de conventionnel !

 

 

L’épineuse question des rendements

 

Les techniques d’agriculture biologique ne permettraient pas de produire autant à l’hectare que l’agriculture conventionnelle, sauf pour certains fruits et légumes. C’est la principale observation d’une méta-étude, publiée par le média scientifique Nature le 25 avril dernier, et réalisée par des universitaires américains et canadiens. Sur la base de 66 études pré-existantes, ils calculent qu’en moyenne la différence serait de 25% en défaveur du bio, avec un écart allant de 5% pour certains fruits, à 34% pour certaines céréales. Si la plupart des agronomes ne contestent pas cette différence dans ses grandes masses, ni l’importance de la question du rendement, ils soulignent que le rendement du bio sur une même parcelle augmente avec le temps, alors celui de l’agriculture pétrochimique diminue…

 

Un raisonnement simpliste

Car au-delà des chiffres, les universitaires déroulent un raisonnement en apparence limpide : si le rendement du bio est moindre, généraliser le bio tout en voulant nourrir la planète à l’horizon 2050 implique d’augmenter considérablement la surface des terres cultivées. Une telle augmentation, qui supposerait de prendre sur les forêts, n’est pas soutenable, concluent les auteurs.

Mise en avant par plusieurs médias américains, de CNN à Times ou Voice of America, cette thèse, qui légitime le recours aux produits de synthèse, fait s’étrangler de rage Nadia El-Hage Scialabba, senior adviser à la FAO : « les articles qui prétendent nourrir le monde ou pas avec l’agriculture biologique n’ont d’intérêt que pour l’agro-industrie qui essaye de sauver un mode d’exploitation en agonie. » Plus mesuré, le directeur scientifique de l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA), Hervé Guyomard, rappelle que le rendement n’est qu’un élément de l’équation parmi d’autres : « Nourrir neuf milliards de personnes en 2050 exigera d’agir sur la demande autant que sur l’offre. Il est à la fois indispensable de ne pas généraliser le régime alimentaire occidental, (à base de viande) de réduire les pertes et le gaspillage, et d’augmenter les rendements ».

L’agro-écologie pour les petits agriculteurs du Sud

Claude Aubert, un agronome spécialiste du bio, s’étonne de son côté qu’une seule des 66 études prises en compte ait été réalisée dans un pays africain et que la méta-étude ne se soit pas penchée sur les cultures associées. Alors que la malnutrition frappe en majorité des petits agriculteurs, « en Afrique ou en Inde, les meilleurs rendements sont obtenus grâce à des cultures associées, qui consistent à mélanger sept ou huit variétés sur une même parcelle».  Source : Novethic

 

 

Vous remarquerez que les opposants au conventionnel, n’apportent aucune réponse sérieuse aux faibles rendements du bio. La rotation des cultures ou la cohabitation des cultures seraient les clés pour généraliser le bio ! On croit rêver ! Nourrir 9 milliards d’humains avec du bio, c’est du délire ! Mais imaginons que cela arrive, par l’opération du Saint-Esprit (après tout, Marie a conçu Jésus de la sorte, et des milliards de péquins y croient dur comme fer), c’est créer de facto, un système d’organisation mondial de rationnement des aliments, car il faudra partager le peu existant entre les différentes nations, et de manière équitable (vastes zones dédiées à l’agriculture bio implique une spécialisation plus accrue des pays). A moins que l’on pense à éliminer une part significative de la population mondiale (qui seront les heureux élus ?) !! Quels seront les termes de l’échange ? L’américain acceptera-t-il d’avoir la même part que le somalien ? N’est-ce pas la manière la plus directe de favoriser les guerres, les exterminations de population et l’esclavage pour accaparement des terres au profit des peuples puissants?

Et enfin, mobiliser autant de terres pour l’alimentation humaine, c’est nécessairement au dépens d’autres secteurs économiques. Le céréalier de la Beauce acceptera-t-il d’abandonner son tracteur ultra-moderne pour des charrues à socs ? Et sommes-nous sûrs que les péruviens aiment le roquefort ? Car, il faudra bien faire des choix alimentaires et imposer ces choix aux populations étrangères. N’est-ce pas l’avènement d’une forme très perverse d’uniformisation alimentaire, nuisible à la biodiversité ? Le transport des aliments bio, industrialisé de fait, deviendrait tout aussi nocif pour l’air. Je n’aborde même pas le cas des OGM. Face au cancer, pro-bio ou pas, tout le monde est heureux d’aller s’étaler pour sa chimio, les doigts de pied en éventail, si cela peut lui permettre de prolonger sa vie dans ce monde tant décrié. Si vous aimez tant la nature et le naturel, il y a encore des terres vierges dans le Ténéré ou au fin fond de l’Amazonie. Vous y serez particulièrement bien accueillis par la nature.

Et le bio n’est pas vacciné contre les multinationales, non plus. Ce sont les mêmes qui dirigeront le marché. D’ailleurs, c’est marrant de constater combien certains s’arrangent avec les règles éthiques, et commercent avec le vil capitaliste. Du café équitable vendu dans les supermarchés; n’est-ce pas contradictoire avec la philosophie des débuts ? Et dans un monde où la bouffe sera la ressource rare, pensez-vous que les colonisations et guerres s’arrêteront tout d’un coup ? Il faudra donc instaurer un gouvernement mondial (mater les peuples récalcitrants, implémenter de force les décisions mondiales sur des terres locales hostiles à ce régentement de leur alimentation, de leur culture…) pour organiser et planifier les productions. Qui dirigera ? Les producteurs puissants de services du Nord ou les producteurs impuissants de produits agricoles du Sud ?

Déjà dans un monde qui gaspille autant ses ressources, la famine est bien portante. Avec des productions de blé, de maïs ou de pommes de terre divisées par 3 ou 4, vous pensez qu’elle disparaîtra ?

 

Bref, le remplacement du conventionnel par le bio est une aberration. Les chinois, les arabes, les latinos, les africains devraient tous se mettre au bio, aux éoliennes et à l’éthanol pour sortir leurs grandes populations, qui bien évidemment n’aspirent qu’à la frugalité, à la littérature, à l’amour et au partage; de la misère. Les allemands ont cessé la pollution au nucléaire pour s’adonner à l’exploitation du charbon et à l’importation d’électricité de pays producteurs d’énergie nucléaire. Quel progrès !

 

 

Osez le bon sens !

YDM

 

Be the first to comment on "Le grand fantasme de l'agriculture biologique"

Leave a comment