Le culte des artisans

L’artisanat, première entreprise de France.

Il serait suicidaire de contester cette déclaration.

A l’évidence, l’artisanat est la première entreprise en France. Et cela est bien significatif de l’état de l’entreprise en France.

Le propos n’est pas de décrier ces métiers ancestraux et pourvoyeurs de réussites sociales, d’épanouissement personnel.

La question est de savoir si l’ambition de ce pays est d’avoir pour première entreprise, l’artisanat. Car l’artisanat est à l’entreprise ce que le tourisme est au développement économique d’un pays. Le premier renoncement. Le début de la fin de la recherche de l’innovation, de la création, de la prise de risque.

Si la France compte peser dans les échanges mondiaux de demain, elle devra compter sur autre chose que l’artisanat comme pilier de son développement.

David a réussi à vaincre Goliath, c’est vrai dans la bible. Une fois !

Dans la vie, vaut mieux être Goliath !

L’artisanat, de part son caractère méticuleux, réduit quasiment à néant les velléités d’industrialisation et de massification de méthodes de travail et de production. Il en découle simplement une atomisation du secteur désigné : de multiples acteurs concentrés sur une niche, et une incapacité à dépasser les tailles critiques pour des exportations à grande échelle, pour une domination culturelle. S’enliser dans l’assistanat, c’est mourir à petit feu.

Aujourd’hui, l’on domine le monde par le commerce, par l’industrie. Les américains ont pris une option très favorable sur le marché des télécommunications avec des géants mondiaux comme Apple, Google, Microsoft. Des pans entiers des industries du textile, de la chimie, sont aux mains des chinois. Des spécialisations régionales se sont faites sur certains produits manufacturés et personne ne songe à remettre en cause l’omnipotence de certains pays dans certains domaines économiques. C’est une évidence. Il faut penser grand.

L’artisanat est une cible facile à atteindre.

Le Made in France a encore des beaux jours devant lui. Mais, pour qui ? Et pour combien de temps ?

Jusqu’à quand les chinois s’inclineront devant le savoir-faire des artisans du vin, du taxi ou du luxe ?

Les vins du nouveau monde nous ont d’ailleurs montré qu’il n’y’avait pas de forteresses imprenables.

Une fois qu’ils auront reproduit Versailles, payé des sacs de marque et cédé leurs bagouzes en série limitée à leurs maîtresses, que restera-t-il de ces industries ? Deux mastodontes du luxe, puis rien ! Le gros du marché du sac revenant aux généralistes américains et chinois. Comme d’habitude.


La qualité, c’est bien ! La quantité, c’est bien aussi !

Refuser de massifier son concept, son savoir-faire, c’est permettre à d’autres d’imposer leurs visions au monde.

La coutellerie française perd chaque jour du terrain car la coutellerie française a arrogamment refusé de prendre le virage de la massification pour se glorifier de fabriquer des couteaux de haute qualité. La plupart des entreprises de ce secteur en France sont des cadavres ambulants. Et elles ne le savent que trop bien.

Pour éplucher sa pomme, le quidam ne se pose aucune question métaphysique sur la qualité de l’acier, si son couteau est forgé main, si le cran est en titane vermoulu ou si la France perd son savoir-faire coutelier !

Un couteau reste un couteau.

Avant d’être un objet culturel ou un orgueil régional. Il est assez incompréhensible de la part des couteliers, d’avoir abandonnés le marché de l’entrée de gamme ou le cœur de marché à des productions venus d’ailleurs.

Une entreprise a vocation à gagner de l’argent. Aujourd’hui, tous les couteliers en sont réduits à se battre comme des chiffonniers dans leur niche du haut de gamme, à en appeler à la vigilance et aux lois pour imposer leurs produits. Le gros du marché abandonné à d’autres entreprises, moins soucieuses d’art, plus intéressées par l’argent.

Le culte des artisans précipitera la muséification de la France.

Il est indispensable d’en sortir, intellectuellement déjà, pour oser, pour imposer ses produits au monde. Les italiens ont bien fini par comprendre que la pizza était un symbole national, et un fournisseur mondial de fours, de pizzaiolos, de trattorias, de mozzarella, de parmesan, de paninis, et j’en passe…

La pizza est rentrée dans le cercle restreint des world food; les français sont contents, les gastronomes sont déprimés, les industriels italiens désolés mais contents. La culture italienne rayonne.

Idem pour la paella, le couscous, les sushis… Cela n’empêche pas d’avoir des enclos de privilégiés en Italie, où la pizza est faite selon les règles de l’art et plait à un public exigeant. Il est d’ailleurs possible que vous y retrouviez des industriels italiens du secteur !

La baguette française demeure un produit de luxe à l’étranger, modèle de snobisme, la quintessence du savoir-vivre français pour des bourgeois, des happy few. En quoi serait-il honteux que l’on consommât les baguettes comme de vulgaires grecs à travers le monde ?

La France, elle, s’acharne à vouloir sauvegarder des pratiques élitistes, des images, des visions artistiques et s’étonne de perdre des parts de marché. Les restaurants gastronomiques sont bondés de touristes et les brasseries de steaks-frites, pizzas et carbonara.

L’honneur est sauf.

Il faudra bien qu’ils finissent par grandir, ces artisans. Sinon, ils disparaîtront certainement avec leurs métiers et leurs valeurs.

Leur préservation dépend de l’industrie, de l’industrialisation de leurs métiers et la conservation de leurs exigences qualitatives, aussi. Les allemands nous l’ont démontrés.

Dans un secteur que nous ne citerons pas par décence pour les productions locales, ils créent aussi bien de la qualité en série, que de la qualité exclusive. C’est connu, c’est une marque de fabrique.

Produire en série et préserver des poches de qualité. Ou produire au compte-goutte et crever dans un musée.

L’artisanat, la première entreprise de France

Sans aucun doute.

Osez le bon sens !

YDM

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