[LaurentMucchielli] De Casque d’Or à Albertine : penser la prostitution

L’examen de la loi « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel », adoptée le 4 décembre dernier par l’Assemblée nationale, a ravivé le débat public sur le travail du sexe. Comme plusieurs commentateurs l’ont noté, cette loi a inversé le statut légal et moral des prostitué(e)s et de leurs clients. De « coupables », les prostitué(e)s sont devenu(e)s des « victimes » – la loi prévoit notamment la suppression du délit de racolage passif créé en 2003 –, tandis qu’à l’inverse leurs clients sont dorénavant des contrevenants passibles d’une amende. Cette nouvelle loi et ce récent débat ne sont jamais que l’ultime épisode de l’histoire déjà longue de la prostitution et de son traitement par la police des mœurs, histoire qui a vu alterner des périodes de relative tolérance et de pseudo légalisation et des périodes de plus grande rigueur et de pseudo interdiction. L’inversion de l’opprobre des prostitué(e)s vers leurs clients est cependant loin de faire l’unanimité et de clore les polémiques qui de tout temps ont accompagné le travail du sexe et que l’on peut sommairement résumer ainsi : la prostitution est-elle une violence faite à celles et ceux qui l’exercent ou bien est-elle l’illustration du droit des individus à disposer de leur corps, y compris de le vendre ?

Dans leur ouvrage (La putain et le sociologue, La Musardine, 2014), le sociologue Daniel Welzer-Lang et la travailleuse du sexe Albertine déplorent que l’évocation de la prostitution, souvent pensée au féminin, conduise le plus souvent à focaliser sur ses formes les plus sordides : des filles sans papiers, précarisées, travaillant à l’abattage, violées et violentées et tenues sous le joug d’entreprises interlopes ou de réseaux mafieux qui exploitent le commerce des corps. L’écrivaine Virginie Despentes s’étonnait déjà que les prostituées forment l’unique prolétariat dont la condition émeuve autant, alors que bien d’autres emplois féminins faiblement rémunérés et fortement précarisés laissent de marbre. Le travail du sexe n’est pas en soi un nouvel espace révolutionnaire, prévient Welzer-Lang et il ne renverse en rien l’ordre du genre. Mais pourquoi devrait-il être exclusivement pensé comme une violence subie par celles ou ceux qui le pratiquent et non comme un droit ou plus simplement comme l’exercice d’une profession ? En d’autres termes, si des prostitué(e)s pâtissent de conditions de travail proches de l’esclavage, cela ne signifie pas que la prostitution soit en elle-même une forme d’esclavage. Et la ghettoïsation dont pâtissent ces travailleurs ne peut-elle aussi se comprendre comme un enfermement imposé à une communauté et à une identité choisie et construite de l’intérieur ?

A rebours du moralisme qui menace dès lors que l’on aborde la sexualité et l’argent et du mouvement croissant de pénalisation – qu’il touche….

 

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