La défaite de la pensée d’Alain Finkielkraut

Ne jugez jamais les hommes à ce que l’on dit d’eux!

Précieux conseil que j’ai dû entendre un jour où il recommençait à faire  bon mourir en Afrique; des humanitaires américains distribuaient des biscuits à des mômes rachitiques en Somalie. En effet, se faire Thomas en toute circonstance, a du bon.

Finky la réplique (pour ceux qui le connaissent uniquement) est censé être une lumière de la pensée dans le monde qui pense et dans le monde qui lit ceux qui pensent, et depuis le temps que je traverse les étals bondés de ses fulgurances, il m’a semblé que le moment était venu de céder au plébiscite, de rendre les armes et de dépasser mes réticences naturelles (négro vivant en banlieue, intéressé par le stupre, les calèges et le clinquant, je suis quasiment hermétique à tout ce qui est écrit, quoi ! C’est terrible !).  Je dois aussi avouer que je venais juste de terminer l’autobiographie icebergslimesque de Mc Jean Gab’1 et bien évidemment, ce recueil de poèmes d’amour et de banalités de pseudo-chanteurs surfaits m’est tombé plus rapidement des mains que prévu (nous essayons d’organiser un entretien prochainement), et m’a donné envie de rejoindre la masse de soupeurs qui s’enivrent des éjaculats mystico-philosophico-littéraires de l’Erudition (ou La citation). Comme quoi, le rap adoucit les envies de meurtres.

Pour les rares péquins qui ne le sauraient pas, Alain Finkielkraut est un célèbre animateur radio, d’une petite soixantaine d’années, prof de philo à Polytechnique (probablement à Sciences po, toute personne qui passe à la télé y devient automatiquement  prof ), un truc un tout petit peu moins inutile que l’ENA, formant l’élite de la nation, m’a-t-on signalé sur France 2 un soir où des djeun’s se livraient à des pillages, des viols en bandes organisées et des violences extrêmes (parce qu’un prof avait refusé de se faire racketter par un petit de la cité ! Vous vous rendez compte ? Où va la France ?).

C’est à l’évidence un très grand dans l’animation, qui réfléchit entre deux émissions consacrées à la Palestine et au problème israélien, dans des livres que nous appelons ainsi aujourd’hui, par pudeur, respect pour les autres piètres penseurs de l’époque ou peut-être par jalousie, car en réalité, ce sont des chefs d’œuvres en puissance. Oui, je pense qu’il faut oser le dire, … des chefs d’œuvres.  Quoi ?

Qui se permettrait de vivre dans le voisinage de Voltaire, Diderot, Molière et toutes ces lumières très intenses et ne pas leur rendre visite ?

Aussi, j’ai décidé de pénétrer la Finkielgrotte afin de me servir, moi aussi, pauvre inculte, dans ses trésors, fabuleux. Une quarantaine d’ouvrages et des publications en tous genres : L’imparfait du présent, Des hommes et des bêtes, La Mémoire vaine, du Crime contre l’humanité, Petit fictionnaire illustré : les mots qui manquent au dico, Le nouveau désordre amoureux (avec Bruckner, une autre pointure de la philosophie, les grands esprits se sont un jour rencontrés), L’Avenir d’une négation, La Sagesse de l’amour, Le Mécontemporain. Charles Péguy…. Péguy!!! Péguy !! Péguy ! (non, pas de Anna Arendt! j’ai cherché) Putain ! Finalement, j’ai choisi celui qui me semblait prémonitoire et plus abordable pour un esprit aussi creux que le mien (je me demande d’ailleurs si l’on peut parler d’esprit dans mon cas ! Devant tant d’intelligence, que sommes-nous, réellement sinon des néons d’inculture ?) ; La défaite de la pensée.

à Elisabeth, à BéatriceA l’ombre d’un grand mot. Et j’ai lu. lu. lu. Jusqu’à la page 42. Non 41. Ou plutôt 43. Manifestement, ce type est un grand. Un très grand. J’en ai lu des merdes mais là, forcément, c’est du haut niveau. Plus je m’enfonçais, plus je ne comprenais rien. Plus je ne comprenais rien, plus je m’enfonçais. Des jolis mots, des putains de références, des citations, des noms ronflants, la puissance de feu qui se dégage… Je n’ai rien compris mais je sais au fond de moi que ça, c’est de la pensée ! N’est-ce pas ?

Je me comprends. C’est normal pour un type comme moi de ne rien capter d’une telle distance, rendez-vous compte ! Des citations, des citations, Renan, De Maistre, Chamfort … La fine fleur… La nation, la culture, la pensée, les grandes idées.

Page 40, j’ai rapidement compris ce qu’est un philosophe. J’ai eu même cette désagréable sensation que l’écrivain se foutait un peu de ma gueule. Soyons sérieux, on ne s’amuse pas à parler aux benêts d’une telle hauteur si on n’a pas surestimé la portée de sa voix ou leurs facultés auditives. Quelle idée de condenser une telle science dans un ouvrage grand public ? Petit péché d’orgueil peut-être… Les génies sont parfois des humains. Prenons exemple sur Voltaire !

J’aimerais pouvoir vous en parler mais j’avoue, très humblement, avoir une  telle mémoire de poisson qu’il faut toujours que des jeunes français et de France, un peu énervés par ma présence, me rappelle à bonne fréquence et avec insistance, que je ne suis pas chez moi ( j’oublie. Pour infos, sachez qu’ à Saint-Denis ou Aubervilliers, il n’y a pas un seul blanc dans la rue. Pas un, même les médias le disent. Plus que 40 maires qui osent encore braver le danger. Alors, parfois, on finit par oublier, on se croit à Essos, le jour du marché. C’est con !). J’ai été tellement bousculé par ce geyser en fusion, qu’il m’a été impossible de poursuivre la lecture. Je risquais des crampes de cerveau. Je ne veux pas finir tétra comme Humbert ou Liber. Excusez-moi d’être un pleutre ! Et si vous vous sentez cap, allez-y, vous ! Moi, j’ai donné.

Par conséquent, je ne peux qu’inviter des esprits brillants, à récupérer cette relique que je conserve avec la plus grande attention, vous vous imaginez bien. Je paierai même les frais de transport par égard pour sa qualité littéraire.

Au fait, en le refermant, je suis tombé par pur hasard sur un chapitre ; portrait du décolonisé.  Je n’avais pas le choix.

Prodigieux ! Simplement prodigieux ! Je vous livre quelques lignes pour vous élever.

La philosophie de la décolonisation a aidé, sans aucun doute, les peuples du Tiers Monde  à s’affranchir de la table des valeurs au nom de laquelle avait pu se faire leur asservissement. Les élites d’Afrique et d’Asie qui avaient intériorisé le regard du colonisateur ont trouvé un recours contre l’aliénation dans l’idée que les cultures sont équivalentes et que chacune se justifie à l’intérieur de son propre contexte. Page 83

Bien sûr !

Page 84 Sous l’égide de la philosophie de la décolonisation, le concept de culture qui avait été l’emblème de l’Occident impérialiste, se retournait contre celui-ci et qualifiait précisément les sociétés sur lesquelles s’exerçait sa tutelle. Le thème de l’identité culturelle permettait donc aux colonisés de se dégager du mimétisme, de substituer à la dégradante parodie de l’envahisseur l’affirmation de leur différence, et de renverser en sujet de fierté les façons d’être dont on voulait leur faire honte. Cette même idée, cependant, les dessaisissait de  tout pouvoir face à leur propre communauté. Ils ne pouvaient prétendre se situer en dehors,  à l’abri de ses impératifs, à l’écart de ses coutumes, puisque c’est justement de ce malheur-là qu’ils avaient voulu se délivrer en secouant le joug de la colonisation. Accéder à l’indépendance, c’était d’abord, pour eux, retrouver leur culture. …

Page 85 Comme le montre Hélé Béji dans

Page 86 Le gouvernement de parti unique …

Page 87 Il suffit de s’en convaincre de relire les damnés de la terre. Dans ce livre écrit en plein ferveur insurrectionnelle, Frantz Fanon place l’individualisme au premier rang des valeurs ennemies : << L’intellectuel colonisé avait appris de ses maîtres que l’individu doit s’affirmer. La bourgeoisie colonialiste avait enfoncé à coups de pilon dans l’esprit du colonisé l’idée d’une société d’individus où chacun s’enferme dans sa subjectivité, où la richesse est celle de la pensée. Or le colonisé qui aura la chance de s’enfouir dans le peuple pendant la lutte de libération va découvrir la fausseté de cette théorie.>>

 

Je vais lire ce Frantz Fanon; c’est probablement moins génial que Finky mais, à vu de nez, c’est bien plus accessible. A coup sûr, c’est moins long et plus terre-terre. C’est ça, le style Finkielkraut est beaucoup trop élevé (et enlevé) pour moi.  Putain de défaite de la pensée, n’est-ce pas ?

Tiens, lui, il a tout compris.  J’aurais dû tout lire avant de le lire. C’est con, ça !

Quelle époque !

Osez le bon sens !

YDM

 

Be the first to comment on "La défaite de la pensée d’Alain Finkielkraut"

Leave a comment