Je me souviens du Brooks

 

Je me souviens quand j’étais marin
Marri un soir de beuveries
Dans un pub au bord de la Mersey
Par un capitaine fort malin

Je me souviens que le lendemain
A peine remis de ma cuite
J’embarquais sur le Brooks
Pour éviter les poursuites

La maison ne faisait pas de crédit
Le capitaine avait payé ma dette
Et c’est ainsi, qu’à 20 ans, je fis
Mon entrée dans la traite

 

 

Je me souviens quand j’étais une guenon
Attaquée, attrapée, harnachée à d’autres cynocéphales
Pour compléter le lot d’une funeste cargaison
De forêts en savanes, sous un régime de mandales

De tortures, massacres de singes récalcitrants
Je me souviens des routes meurtries de notre exode
Puis la factory sur la côte, et tous ces doigts sur mes côtes
Le regard satisfait de mes nouveaux maîtres, si blancs

Je me souviens des fers, de la sueur, de la peur
De la maladie, des corps abîmés, des âmes évidées
De la mort qui rôde derrière chaque sourire échangé
Puis cette grande pirogue qui nous avale, vogue le Brooks

 

 

Je me souviens quand j’étais un meuble
Cédé comme tribut par les miens à un peuple
Pour cultiver coton, cannes à sucre et tabac
Sur des territoires désindigénisés de l’Alabama
Fortune se fit et mépris s’amassa
Sur mon dos raviné, passé et futur rapinés
Pour le bien-être du civilisé
J’étais instrument animé
Sauvage, anormal, nègre, commodité

 
Je me souviens quand je suis devenu un homme
Le graal pour la plus haïe des bêtes de somme
Gratification obtenue pour le bien du bien
Le repos des racistes mais ingénieux anciens
Et le plaisir de savourer l’usufruit de leurs biens

 

 

 

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