Entretenez ! A l’indignation, préférez les belles paroles

Dans la veine des réponses au vieux « sage » Stéphane Hessel, a fleuri quelques livres basés sur le même principe : format réduit, textes courts et émotifs, à moins de 5€.

Nous avons sniffé avec beaucoup d’intérêt celui de Philippe Hayat, Entreprenez ! A l’indignation, préférez l’action, éditions l’Archipel, janvier 2012.

 

Qui est Philippe Hayat ?

Philippe Hayat a créé ou repris plusieurs activités dans les domaines de l’industrie, des technologies, des services et du financement d’entreprises. Il a fondé en 2007 l’association 100000 Entrepreneurs visant à transmettre l’envie d’entreprendre des jeunes. Il est également administrateur de la Fondation Entreprendre, reconnue d’utilité publique. Avec son frère Serge, il a créé la filière Entrepreneuriat de l’Essec dans les années 1990, puis celle de Sciences Po en 2008. Ils sont les coauteurs de L’Entreprise, un acteur clé de la société (Autrement, 2006)

Source : quatrième de couverture

 

100000-entrepreneurs

 

Ce qu’il y’a d’intéressant dans son livre est son discours incitation à entreprendre. En s’appuyant sur Léon, son grand-père, son propre parcours et sa propre œuvre (son association), il propage son message de création. C’est agréable à lire.

Le fait d’avoir ce discours « déviant », cette ode à l’entreprise dans ce climat de sanctification de l’État, du fonctionnariat, de l’associatif est, en soi, un premier pas en avant pour sortir les jeunes de la spirale chômage – petits boulots – CDD – chômage.

Mr Hayat a réagi après les manifestations du CPE en créant pour ces jeunes désœuvrés, une association qui ferait la promotion de l’entrepreneuriat, 100000 Entrepreneurs.

Le principe: des chefs d’entreprise sont invités par des enseignants pour parler de l’entreprise dans les salles de classes.

Voilà !

Bilan, de milliers de jeunes ont reçu la leçon d’autonomie de centaines de chefs d’entreprises dans toute la France.

Combien de jeunes étudiants auront été touchés par la grâce de l’entreprise après une confrontation avec un « entrepreneur » (terme le plus galvaudé de la décennie, parapluie où tous les fils de, papa, maman, le réseau et autres rentiers et photocopieurs d’idées de la Silicon Valley peuvent facilement s’abriter) ?

Il faut espérer qu’il y’en aura quelques-uns qui oublieront leur rêve de fonctionnariat. Comme dirait quelqu’un, s’il y’en a un sauvé, c’est déjà une réussite. C’est déjà ça de gagné.

Parole, parole, parole

Des paroles lénifiantes d’Hessel aux paroles « encourageantes » d’Hayat, des mots, des mots, des paroles.

Faire témoigner des chefs d’entreprises pour éveiller l’esprit d’entrepreneur chez les jeunes ! Le projet est très ambitieux.

A ce type d' »action », nous avons toujours préféré le concret

En réalité, ces séances de communion avec le public sont très salutaires pour les entrepreneurs qui témoignent de leurs œuvres, de leurs parcours, de leurs efforts pour atteindre leurs objectifs. Très vulgairement, nous appellerions cela des séances publiques d’auto-branlette. Il n’y’a aucune surprise à ce qu’ils y prennent goût.

Mais concrètement, qu’est-ce qui a changé pour ces jeunes à qui l’on fait miroiter un parcours d’Alexandre le Grand des temps modernes ?

Galvanisés pendant quelques heures pour les plus téméraires, ils s’oublieront le soir venu devant leurs jeux vidéos et leur routine d’ados et d’étudiants.

S’il fallait décompter tous ceux qui sont venus nous « parler » de leurs vies, nous serions tour à tour professeurs, ambassadeurs, astronomes, pitres, comédiens, policiers, chercheurs, pongistes, super-héros au SMIC luttant contre la violence faite aux femmes, aux enfants, contre la drogue, et toutes les avanies qui gangrènent la terre.

Passer un mois, plus personne ne se souviendra du nom de l’entrepreneur qui est venu prêcher la bonne parole.

Oui, le message est différent de celui d’Hessel; indignez-vous ! Ne vous résignez pas ! Osez ! Entreprenez !

Mais, cela change quoi ?

C’est comme ça; les paroles, aussi émotives ou incitatives qu’elles soient, restent des paroles.

Ils passeront toujours leur sous-Bac, ils iront dans leurs universités fourre-tout, ils suivront des filières sans intérêt et ils pointeront à Pôle Emploi. Des belles paroles dans la tête.

L’action consiste à faire, à concrétiser, et non à témoigner. Marre des témoignages. On fait ou on parle. On agit ou on blablate. Ce n’est pas parce qu’on blablate agréablement qu’on fait.

Chefs d’entreprises, vous voulez agir pour ces jeunes ? Employez leurs grands frères et sœurs !

C’est assez curieux comme réflexe pour des chefs d’entreprises de créer des associations pour faire la promotion de l’entreprise. Créez des entreprises, montrez que ça marche et ces jeunes vous suivront dans l’entrepreneuriat.

Puisque vous êtes des entrepreneurs, osez entreprendre.

C’est marrant ! A Paris, on crée des boîtes, et en banlieues, dans la France de l’arrière-fond, on crée des associations où des créateurs de boîtes de Paris viennent parler.

Si ces 100000 Entrepreneurs employaient 1 jeune étudiant, 1 banlieusard, ils feraient plus avec ces emplois qu’avec leurs témoignages, leurs messages, leurs exercices d’auto-glorification.

Le livre de Philippe Hayat se résume à ce qu’il est foncièrement : Du Stéphane Hessel pur jus.

Entretenez ! A l’indignation, préférez les belles paroles.

Pour plus d’honnêteté intellectuelle, nous avions pris rendez-vous avec ce dernier pour échanger avec lui sur son travail scriptural mais pour des raisons personnelles de dernière minute, indépendantes de sa volonté, l’entretien a été annulé.

Mr Hayat, s’il le souhaite, pourra exercer son droit de réponse.

Philippe Hayat

Entreprenez ! A l’indignation, préférez l’action

Ed. l’Archipel

3€55

Osez le bon sens !

YDM

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