Enseignement et éducation selon l'anthroposophie de Rudolf Steiner

Rudolf Steiner (25 février 1861 à Donji Kraljevec, Croatie/Empire austro-hongrois – 30 mars 1925 à Dornach, Suisse) est un philosophe, occultiste et penseur social. Il est le fondateur de l’anthroposophie, qu’il qualifie de « chemin de connaissance », visant à « restaurer le lien entre l’Homme et les mondes spirituels ». Ses adeptes le considèrent généralement à la fois comme un homme de connaissance et un guide spirituel.

Son enseignement est à l’origine de projets aussi divers que les écoles Waldorf, l’agriculture biodynamique, les médicaments et produits cosmétiques Weleda, le mouvement Camphill et la Communauté des Chrétiens.

 

Source : wikipedia

 

 

 

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Voici un livre qui compile des conférences données par Rudolf Steiner sur des sujets liés à l’éducation. Il faut savoir que cet homme est à la base d’un réseau d’écoles privées, écoles Waldorf, où l’on met en application ses préceptes et qui, paraît-il, jouissent d’une très belle réputation auprès des parents. En même temps, face à la médiocrité constatée du système nationale, il n’est pas très difficile pour une institution privée, un peu organisée, de prospérer.

Dans ma volonté de connaître ce que les différents grands pédagogues ont professé sur l’école et l’instruction, j’ai été obligé de m’intéresser à Steiner.

On va faire simple : les propos de l’anthroposophe sont très souvent assez délirants, une sorte de glose philosophico-ésotérique, métaphysique, qui laisse une impression de bullshits mélangés à un verbiage pseudo scientifique.  On dirait un gourou qui nous raconte des trucs assez spécieux et qui retombe toujours sur ses pattes. J’ai eu l’impression qu’un fou essayait de me démontrer que ses théories étaient scientifiques, certifiées, inattaquables. Et ma foi, force est de constater que les conclusions de son raisonnement sont très relevantes et oui, justes. Je suis embarrassé parce que le cheminement est alambiqué mais ses constats, ses conseils, sont très rationnels.

Aussi, j’ai décidé de m’offrir un autre livre de Steiner sur l’éducation pour mieux cerner sa vision. Je me permets néanmoins, de mettre à votre disposition cet extrait qui porte sur l’enseignement auprès des adolescents, et devrait faire écho à ce que nous vivons actuellement dans nos banlieues. 

 

Pourquoi les mauvais professeurs n’intéressent pas les adolescents à l’école ? Rudolf  Steiner tente une explication et elle me semble très juste. 

 

 

 

Si l’on commet parfois une faute avec des enfants de dix-douze ans, cela n’a pas grande importance. On fait peut-être un jour une description fausse : en ce qui concerne le lien réciproque de maître à élève, cela n’a pas beaucoup d’importance. je ne veux pas dire par là que vous devez faire le plus possible de fautes avec les enfants de cet âge ! Ce que vous décrivez n’est peut-être pas tout à fait juste, et vous pouvez le corriger lorsque vous le remarquerez, mais même si, pour une raison ou pour une autre, les enfants le remarquent, peut-être votre autorité sera-t-elle d’abord quelque peu amoindrie, mais tout cela sera assez vite oublié, en tout cas beaucoup plus vite que certaines injustices dont ils vous croiront l’auteur. Lorsqu’on se trouve en face d’adolescents entre 14-15 ans et 20-21 ans, par contre, il ne faut se permettre aucune faiblesse; plus exactement, il faut n’avoir en soi aucune faiblesse latente. J’entends par là ces choses inexprimées qui peuvent justement se produire lorsqu’on enseigne aux enfants de cet âge-là. C’est le moment où, comme nous l’avons vu, d’innombrables questions jaillissent de l’âme. Ces questions se forment en partie inconsciemment, de sorte que l’on peut se trouver devant la situation psychologique suivante: supposons que nous examinions une période dans une langue quelconque avec une classe de cet âge. L’adolescent possède un sens extrêmement affiné pour juger ce que les stylistes entendent  par la structure de cette période. Il n’est pas très important que l’on soit en mesure de comprendre les jugements que l’on ressent ainsi; je veux dire pour le développement personnel. Cela a de l’importance dans la vie, bien sûr, que l’on puisse ou on rendre conscient ce qui est inconscient; mais pour le développement personnel, cela n’importe pas tellement au début. Cependant même si l’élève ne peut pas formuler lui-même la question qu’il ressent intérieurement, le professeur, lui, doit être en mesure de le faire et il doit le faire effectivement; il doit satisfaire le sentiment que cette question éveille chez l’élève. Car s’il ne le fait pas, ce qui s’est accompli alors chez l’adolescent pénètre ans le monde du sommeil, dans l’état de sommeil, et là, les questions non formulées provoquent la formation de toxines contraire, toxines qui ne sont développées que la nuit, et qui, au lieu d’être fabriquées ainsi, devraient être élaborées et assimilées. L’adolescent a le cerveau surchargé par ces toxines lorsqu’il ente en classe, et tout cela finit par s’engorger terriblement. Cela doit et peut être évité. Pour cela il s’agit de ne pas éveiller chez les adolescents le sentiment suivant: une fois encore le professeur ne nous a pas répondu correctement; sa réponse ne nous satisfait pas; nous ne pouvons pas quérir la réponse correcte auprès de lui. Voilà les faiblesses latentes qui ne sont bien souvent pas exprimées lorsque les enfants ont le sentiment que le professeur qui déterminent cette impuissance, mais c’est notamment la méthode pédagogique.

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Lorsque nous consacrons trop  de temps à gaver l’adolescent avec toutes sortes de matières ou bien lorsque nous enseignons de telle sorte qu’il ne parvient pas à écarter ses doutes et ses énigmes, nous manifestons nos faiblesses latentes, qui n’apparaissent pas directement, car ce que nous faisons reste plutôt sur un plan objectif. Lorsqu’on s’occupe d’enfants de cet âge, il faut considérer cela en tout premier lieu. L’adolescent doit avoir le sentiment que le professeur est « bien en selle », et ceci dans tous les domaines. Auparavant il y a le sentiment de l’autorité et même un maître qui n’est pas tout à fait capable sera pris comme autorité par les enfants des petites classes. Ici ce sont d’autres choses qui entrent en jeu. A partir de 14-15 ans, l’inconscient de l’enfant n’accepte rien de la part du professeur qui n’apporte pas de réponse aux questions de son âme. Il faut prendre cela en considération, voyez-vous, pour trouver la façon d’enseigner; lorsque nous décrivons des événements, il faut que cela reste transparent, de sorte que nos descriptions ne se bousculent pas les unes les autres dans l’esprit de l’élève, et que son jugement puisse naître proprement.

Il ne sera pas tellement nécessaire pour cet âge, de travailler particulièrement tel ou tel point de méthode. Le professeur qui est capable de trouver le rapport juste avec les élèves de cet âge, pourra employer les méthodes les plus différentes, et il fera bien. Mais ce qu’il doit avant tout, c’est faire partager aux élèves un certain intérêt et ceci du début à la fin de la leçon. L’enseignement doit l’intéresser, et si c’est le cas, il trouvera instinctivement la méthode qui conviendra à cet âge. Voilà pourquoi il est si important, et même plus encore qu’avant, à certains points de vue, de se préparer très à fond. Lorsqu’on a réussi, lors de la préparation d’une leçon quelconque, à développer une nouvel intérêt pour la chose à traiter, lorsqu’on a même simplement découvert un seul problème neuf dans le sujet, on a gagné le gros lot, voudrais-je dire. Il ne devrait y avoir personne parmi les professeurs qui nie que lorsqu’on reprend plusieurs fois de suite, en vue de l’enseigner, un chapitre de chimie, de mathématiques, d’histoire ou de littérature, on ne puisse éveiller chaque fois un intérêt nouveau, comme si on le découvrait pour la première fois. C’est vrai aussi pour deux et deux font quatre; chaque fois qu’on doit l’enseigner, on peut éveiller à nouveau l’intérêt. Mais si cela est tellement difficile pour deux et deux font quatre, cela ne l’est vraiment pas pour tout ce que l’on doit enseigner dans les grandes classes.

Voyez-vous, le professeur doit être parfaitement conscient de tout cela, au moment du passage de la 9e à la 10e classe. Car, dans ce cas, c’est justement dans ce changement complet des cours que réside la pédagogie. Lorsque vous recevez les enfants dans leur 6e ou 7e année, la coupure est déjà donnée par le fait que les enfants de la 9e à la 10e classe, vous devez vraiment changer leur mode de vie; l’élève doit se dire alors: eh mais ! qu’est-il donc arrivé au professeur ? Jusqu’à maintenant nous l’avons considéré comme une lumière éclatante, comme un homme qui a beaucoup à dire, mais maintenant voilà qu’il commence à parler beaucoup plus que comme un homme; c’est le monde entier qui commence à parler par sa bouche. Car lorsque quelqu’un ressent un intense intérêt pour les différents problèmes du monde, et qu’il a la chance de pouvoir les communiquer à des jeunes, c’est bien le monde qui parle à travers lui; c’st effectivement comme si des esprits parlaient par lui. Et cela doit faire naître l’enthousiasme. C’est cet élan que le professeur doit apporter aux adolescents; cet élan qui s’ouvre avant tout sur l’imagination; car si les élèves développent à partir d’eux-mêmes le goût de juger c’est, pour nous, à partir de la force d’imagination que naît le jugement. Quand on traite de façon purement intellectuelle ce qui est intellectuel, quand on n’est pas en mesure de le faire avec une certaine imagination, c’est toujours un échec chez les élèves. Ils exigent la force d’imagination et il faut la leur donner avec enthousiasme, avec un élan tel qu’ils puissent y croire. Il ne faut pas apporter de scepticisme aux adolescents, surtout pas entre 14 et 18 ans. Le jugement le plus nuisible que l’on puisse porter à cet âge-là, c’est celui où apparaissent des choses pessimistes comme : cela, on n’est pas capable de le savoir. Voilà quelque chose qui désagrège complétement l’âme de l’adolescent. Après 18 ans, au plus tôt, on peut passer à des choses où réside plus ou moins le doute. Mais mener l’adolescent de 14 à 18 ans à un certain scepticisme, c’est détruire son âme. La manière dont on traite telle ou telle chose a beaucoup moins d’importance que le fait de ne pas plonger les jeunes dans ce pessimisme destructeur.

Le professeur qui enseigne à des enfants de cet âge doit savoir s’observer lui-même, et ne pas se faire d’illusions sur son propre compte. Car à cet âge où mûrit le jugement, il est vraiment fâcheux que, pendant les cours, les adolescents se sentent plus intelligents que le professeur, notamment pour les petites choses. Les jeunes devraient être tellement captivés par le sujet que cela les détourne des petites originalités du professeur. On peut parvenir à cela, même si ce n’est pas dès la première leçon. Les faiblesses latentes du professeur, dans ce domaine également, sont ce qu’il y a de plus fatal pour cet âge.

Lorsque vous songez, mes chers amis, que la négligence de ces choses entraîne la décharge instinctive de la violence et de l’érotisme, vous comprendrez tout de l’enseignement de main de maître à cet âge. Plus tard, vous pouvez beaucoup plu facilement commettre des erreurs, disons par exemple au cours des études de médecine, que pendant cette période qui va de 14-15ans à 18, 20 et 21 ans. Car touts les erreurs que l’on commet à ce moment-là ont une action dévastatrice extraordinaire dans toute la suite de la vie. Cela ruine notamment le rapport d’être à être. Celui chez qui l’on n’a pas éveillé un véritable intérêt pour le monde extérieur à 15-16 ans sera toute sa vie dans l’impossibilité de s’intéresser véritablement à l’humain. Lorsque l’adolescent n’étudie que la théorie de Kant-Laplace, et tout ce que l’on peut apprendre dans l’astronomie et l’astrophysique actuelles, lorsqu’il reçoit uniquement une telle représentation du cosmos dans son crâne, il deviendra, en ce qui concerne la vie sociale, ce que sont les hommes de la civilisation d’aujourd’hui: ils rugissent pour instaurer toutes sortes d’institutions sociales, mais dans les profondeurs de leur âme, ils ne réalisent rien d’autre que l’anti-social qui les imprègne. Je l’ai souvent dit, même dans les conférences publiques : les hommes crient vers le social parce qu’ils sont des êtres anti-sociaux. Nous ne nous répèterons jamais assez ceci : la période qu va de 14-15 ans à 18 ans doit être soigneusement édifiée sur le rapport moral fondamental entre le professeur et ses élèves. Il faut prendre ici le mot « moral » dans son sens le plus large, de sorte que, par exemple, le professeur fasse appel, en lui, au sentiment de responsabilité le plus profond vis-à-vis de sa tâche. Ce rapport moral doit également s’exprimer parle fait que le professeur ne se laisse pas trop guider  par sa propre subjectivité, par sa propre personnalité. Car c’est vraiment là qu’agissent les impondérables entre professeurs et élèves. Un professeur dolent, constamment morose, un professeur qui se complaît énormément dans son petit « moi », engendre un fidèle reflet de lui-même chez les enfants de cet âge; ou bien si ce n’est pas le cas, il engendre des révolutions effroyables. Comme nous l’avons dit, ce qui importe bien plu qu’une quelconque méthode stéréotypée, c’est de ne jamais tolérer aucune faiblesse en fondant un jugement et de parvenir peu à peu à ce lien imprégné de moralité avec les élèves.

Il est possible que, dans le cas que je vous ai exposé, quelque chose dont on fait si grand tapage aujourd’hui, même pour l’éducation des jeunes filles, reste un peu à l’arrière-plan, à savoir l’érotisme. Or la raison pour laquelle les jeunes de cet âge s’attachent d’une façon tellement effrayante à l’érotisme, c’est l’ennui mortel qui se dégage des professeurs. A quoi doivent donc penser les enfants lorsqu’on n’éveille  en eux aucun intérêt pour le monde ? Mais c’est à ce qui se passe dans leur corps, dans leur coeur, dans leur ventre, dans leurs poumons qu’ils pensent lorsqu’on les ennuie avec les mathématiques, de l’histoire, etc… La seule et unique manière d’empêcher cela, c’est de tourner leur intérêt vers le monde, et cela est d’une importance énorme. Lorsque les adolescents d’âge scolaire attachent trop d’importance à l’érotisme, c’est toujours l’école qui est responsable. Car, voyez-vous, cet érotisme maladif dont on est tellement obsédé aujourd’hui, même dans l’image qu’on se fait de l’être humain, n’existe que chez les citadins, chez ceux qui, dans les villes, sont devenus pédagogues ou médecins… C’est seulement au moment où, dans notre civilisation, les villes l’ont victorieusement emporté, que ces choses ont atteint… je ne voudrais pas dire un tel épanouissement… mais une si effrayante dégénérescence. Il ne faut pas évidemment s’en tenir aux apparences, mais voir bien en face ce qui est. Il est superflu, par exemple, de considérer qu’un internat à la campagne n’est pas une institution à la ville, – cela dit sans vouloir attaquer les écoles à la campagne, – mais de telles écoles ne peuvent être qu’en apparence à la campagne. Lorsque les maîtres et les élèves y importent tous les sentiments contraires, qui en réalité sont pénétrés des conceptions de la ville, on peut toujours appeler cela un internat à la campagne, il s’agit tout de même d’une « fleur » de la ville. Il faut partout percer l’apparence pour voir ce qui est vraiment.

Le criminologiste Moritz benedikt, qui est d’ailleurs un excellent médecin, a dis une fois, il y a deux ans de cela, au sujet de tous les discours sur les perversités juvéniles, notamment sur l’homosexualité: il y a 30 ans, les jeunes médecins n’en savaient pas autant sur ce chapitre que les petites filles des pensionnats d’aujourd’hui.

Ce sont des choses extrêmement importantes au  point de vue pédagogique, et on devrait y réfléchir très sérieusement, surtout pour l’âge dont nous avons parlé aujourd’hui. Nous continuerons cela demain.

 

Rudolf Steiner
Enseignement et éducation selon l’anthroposophie
21 juin 1922

 

 

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