[Eloge de la transmission] Et si on leur apprenait à lire…

Natacha Polony est journaliste et essayiste. Elle est née en 1975. Elle est agrégée de Lettres modernes et ancienne élève de Sciences Po Paris. Elle a enseigné en lycée avant de devenir journaliste, spécialisée sur les questions d’éducation. Elle enseigne toujours la culture générale au Pôle Universitaire Léonard de Vinci.

 

La lecture de la presse réserve parfois de petits bonheurs, de ces miracles égarés qui font penser que tout n’est pas perdu. Dans Télérama, cette semaine, un long dossier consacré à l’école fustige l’élitisme de l’école républicaine, les notes qui traumatisent les élèves… Rien que de très classique. Et puis, tout à coup, au détour d’un entretien entre le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, et le sociologue Jean-Pierre Terrail, la petite remarque de ce dernier sur les difficultés de l’apprentissage de la lecture. Où l’on apprend que le sociologue a fait tester auprès d’institutrices une méthode syllabique qui, de l’aveu même de celles-ci, s’est révélée bien plus efficace que tout ce qu’elles avaient essayé auparavant. Et le sociologue de regretter que l’efficacité des méthodes ne soit jamais testée en France…

 

Jean-Paul Brighelli, célèbre auteur de La Fabrique du crétin, défenseur de la langue et de la littérature françaises, a voulu se faire le porte parole d’un de ces mouvements qui prouvent que la pédagogie n’est pas réservée aux apprentis sorciers. Ces hommes et femmes de bonnes volonté apportent depuis des années des outils aux jeunes professeurs sous la forme de manuel que l’on ne saurait trop conseiller. Et répondant au regret de Jean-Pierre Terrail et de Télérama, ils nous proposent non pas un mais deux manuels d’apprentissage de la lecture (j’avais moi-même investi dans une méthode Boscher mais mon fils bute un peu sur les « alènes », les « capelines » et autres « régalades »… Un peu de modernité, ça a du bon). Mais puisque Jean-Paul Brighelli en parlera mieux que moi, je lui cède la place:

 

« L’élève ne lit que ce qu’il a appris à écrire »

C’est l’histoire de la poule et de l’œuf : qu’est-ce qui est premier, la lecture ou l’écriture ? On connaît la réponse, quoi que l’on imagine : pas de poule sans œuf — même si la poule qui sortit un jour d’un œuf d’archéoptéryx ne ressemblait pas exactement aux honnêtes gallinacés de nos basses-cours (étant entendu que les poules de batterie ne sont plus exactement des poules, d’ailleurs, elles n’en ont pas le goût…). Il en est de même dans la maîtrise raisonnée de la langue : « L’élève ne lit que ce qu’il a appris à écrire » : ainsi parle Muriel Strupiechonski, qui vient de sortir aux éditions du GRIP (Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes), sous le titre Mon cp avec Papyrus, le meilleur manuel d’apprentissage de la langue, écrite et orale, que l’on puisse imaginer. Le meilleur ? Voire. GRIP Editions nous en propose deux dans un même élan, avec un Ecrire et lire au CP (en deux cahiers) rédigé, celui-là, par Catherine Huby, qui pratique depuis presque 40 ans ce qu’elle a consenti à coucher sur le papier — pour les prochaines décennies, et pour toujours. Est-il utile de préciser que les deux manuels partent, l’un et l’autre, de l’apprentissage de la lettre, puis de la syllabe, puis du mot, et du mot dans la phrase — pour finir sur des histoires complètes, car seuls les sortilèges du récit fixent définitivement l’enfant à la lecture ? Celui de Catherine Huby — elle travaille depuis toujours dans un petit village de la Drôme, au milieu des vignes — part plus délibérément de phrases qui font sens — et qui, une fois n’est pas coutume, ne sont ni niaises ni bien-pensantes ; les enfants ne sont pas sommés de s’identifier au rat verdâtre de Hatier, mais à… des enfants tels qu’on les trouve en classe, de toutes les couleurs : oui, elle ose le blond — sans s’y cantonner.

 

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