Elites de gauche et de droite face à la pédophilie

Entre 1977 et 1979, alors qu’une réforme du Code pénal français était en cours de discussion au Parlement, des intellectuels français, dont des figures célèbres, ont signé des pétitions et des lettres ouvertes demandant soit l’abrogation des lois sur la majorité sexuelle soit la relaxe des individus arrêtés pour des relations sexuelles avec des enfants ayant quatorze ans ou moins (mineurs de quinze ans). Ces prises de positions faisaient suite à la détention provisoire de Bernard Dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckardt qui avaient eu des rapports avec des garçons et des filles de 13 et 14 ans « consentants ». À l’époque, la justice avait qualifié les faits d’« attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans » alors qu’aujourd’hui, les faits seraient qualifiés d’atteintes sexuelles, d’agressions sexuelles ou de viols.

 

 

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Pétition parue dans Le Monde, 26 janvier 1977

Nous avons reçu le communiqué suivant :
<< Les 27, 28 et 29 janvier, devant la cour d’assises des Yvelines, vont comparaître pour attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans. Bernard dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckardt, qui, arrêtés à l’automne 1973, sont déjà restés plus de trois ans en détention provisoire. Seul Bernard Dejager a récemment bénéficié du principe de la liberté des inculpés.
Une si longue détention préventive pour instruire une simple affaire de <<mœurs>> où les enfants n’ont pas été victimes de la moindre violence, mais, au contraire, ont précisé aux juges d’instruction qu’ils étaient consentants (quoique la justice leur dénie actuellement tout droit au consentement), une si longue détention préventive nous paraît déjà scandaleuse. Aujourd’hui, ils risquent d’être condamnés à une grave peine de réclusion criminelle soit pour avoir eu des relations sexuelles avec ces mineurs, garçons et filles, soit pour avoir favorisé et photographié leurs jeux sexuels.
Nous considérons qu’il y a une disproportion manifeste, d’une part, entre la qualification de <<crime>> qui justifie une telle sévérité, et la nature des faits reprochés; d’autre part, entre le caractère désuet de la loi et la réalité quotidienne d’une société qui tend à reconnaître chez les enfants et les adolescents l’existence d’une vie sexuelle (si une fille de treize ans a droit à la pilule, c’est pour quoi faire ?)
La loi française se contredit lorsqu’elle reconnaît une capacité de discernement à un mineur de treize o quatorze ans qu’elle peut juger et condamner, alors qu’elle lui refuse cette capacité quand il s’agit de sa vie affective et sexuelle.
Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit. Nous ne comprendrions pas que le 2 janvier Dejager, Gallien et Burckardt ne retrouvent pas la liberté.

Ont signé ce communiqué:

Louis Aragon, Francis Ponge, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Judith Belladona, Docteur Michel Bon, psychosociologue, Bertrand Boulin, Jean-Louis Bory, François chatelet, Patrice Chéreau, Jean-Pierre Colin, Copi, Michel Cressole, Gilles et Fanny Deleuze, Bernard Dort, Françoise d’Eaubonne, Docteur Maurice Erne, psychiatre, Jean-Pierre Faye, Docteur Pierrette Garrou, psychiatre, Philippe Gavi, Docteur Pierre-Edmond Gay, psychanalyste, Docteur Claire Gellman, psychologue, Docteur Robert Gellman, psychiatre, André Glucksmann, Félix Guattari, Daniel Guérin, Pierre Guyotat, Pierre Hahn, Jean-Luc Hennig, Christian Hennion, Jacques Henric, Guy Hocquenghem, Docteur Bernard Kouchner, Françoise Laborie, Madeleine Laïk, Jack Lang, Georges Lapassade, Raymond Lepoutre, Michel Leiris, Jean-François Lyotard, Dionys Mascolo, Gabriel Matzneff, Catherine Millet, Vincent Montell, Docteur Bernard Muldworf, psychiatre, Négrepont, Marc Pierret, Anne Querrien, Grisélidis Réal, François Regnault, Claude et Oliviers Revault d’Allonnes, Christiane Rochefort, Gilles Sandier, Pierre Samuel, Jean-Paul Sartre, René Schérer, Philippe Sollers, Gérard Soulier, Victoria Thérame, Marie Thonon, Catherine Valabrègue, Docteur Gérard Vallès, psychiatre Hélène Védrines, Jean-Marie Vincent, Jean-Michel Wilhelm, Danièle Sallenave, Alain Cuny.

Pages 70-71

L’enfant interdit : Comment la pédophilie est devenue scandaleuse

 

Emblématique de l’époque

 

Cohn Bendit dénoncé en Allemagne

 

 

 
Pédophilie entre droite extrême et extrême droite

On pourrait s’étonner que droite extrême et extrême droite trouvent ici leur place dans la mesure où elles ont souvent été, et sont toujours, aux avant-ostes de la dénonciation de la pédophilie dans les arènes politique et médiatique. Pourtant, droite extrême, extrême droiteet pédophilie ont été compatibles. On doit ainsi rappeler qu’un des plus fervents militants pédophiles gauchistes, Guy Hocquenghem,s’enthousiasma en juillet 1979 pour cette composante de la droite et de l’extrême droite française qu’est le GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne), appelée communément <<Nouvelle Droite>> (désormais sans guillemets), au sein de laquelle Alain de Benoist occupe une position centrale. Au moment où Hocquenghem tressait des louanges à la Nouvelle Droite, celle-ci venait de faire l’objet de violentes attaques dans le Nouvel Observateur. Hocquenghem n’avait pas de mots assez doux pour caractériser ce mouvement de pensée. De Benoist lui paraissait représenter le rejet du nationalisme, de l’obscurantisme, tout en défendant l’écologie et, également, la liberté de mœurs. Hocquenghem considérait que <<le refus systématique de penser « racialement » n’es pas un bon signe, et [que] le repli crispé de la conscience contemporaine dans le refus de constater la différence raciale n’est pas libérateur>>. Il faisait l’hypothèse que les différences <<raciales> étaient, au moins pour une part, imputables à des différences génétiques et pour illustrer son propos, il allait même au-delà de la Nouvelle Droite qui, au gré du temps, faisait davantage reposer son hyperdifférentialisme sur une conception culturelle et non plus biologique. On comprend donc pourquoi Michel Marmin, l’actuel rédacteur en chef d’Eléments, la revue d’Alain de Benoist, qualifia l’écrivain de <<merveilleux>>. <<c, écrit Stéphane François, quelles que soient ses tendances, a toujours eu une attitude libérée vis-à-vis de la sexualité>>, en tout cas pour lesquelles Alain de Benoist prisait particulièrement Gabriel Matzneff et se réjouissait qu’il scandalise <<les ligues de vertu et les majorités morales, les esprits pincés, les fesses serrées, les prêtres-poules et les mâchoires carrées>>. La figure centrale de la Nouvelle Droite ajoutait : <<Qu’un écrivain déclare, comme la chose la plus naturelle du monde, qu’il préfère le commerce charnel des très jeunes personnes aux turpitudes classiques de ses contemporains, et il n’en faut pas plus – en pleine société permissive [sic] – pour le faire passer pour le Diable dans le Landerneau parisien. […] Pour ma part, c’est ce « scandale »qui me scandalise. Question de goût d’abord : n’aurait-on pas le droit de préférer caresser les hanches des lycéennes plutôt que la poitrine mafflue de la comtesse Grancéola (réplique matznévienne de la Castafiore ou la ménopause bien sonnée de la baronne Adélaïde Cramouillard, présidente de l’Union mystique universelle. Question de principe aussi : on peut désapprouver ce que l’on veut, mais comment peut-on, au sens propre du terme, être choqué par quoi que ce soit ? Quant à la gravité du délit, enfin,il me semble, selon mon échelle de valeurs personnelles, qu’il est plus « scandaleux » de regarder les jeux télévisés, de jouer au Loto ou de lire Le Meilleur, que d’avoir la passion des fesses fraîches, des émotions naissantes et des seins en boutons. Bien des imbéciles se sont horrifiés de la publication des Moins de seize ans. Que des adultes qui admettent fort bien que leur progéniture s’abrutisse des journées entières  devant des machines à sous ou des téléfilms débiles, tremblent à l’idée que leur fille, plutôt que de passer son temps avec des crétins de son âge, puisse coucher avec un écrivain « qui pourrait être son père » et tomber dans les rets de ce suborneur de Gabriel, me fait, quant à moi, plutôt éclater de rire. [..] Quant aux jeunes personnes qui fréquentent Gabriel Matzneff, je ne doute pas qu’elles apprendront à son contact plus de choses belles et élevées que dans la vulgarité et la niaiserie que secrète à foison leur vie familiale et scolaire.>>

Pages 90-92

 

L’enfant interdit : Comment la pédophilie est devenue scandaleuse

 

Pierre Verdrager

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