Du berceau au tombeau

Je suis né tout seul
Innocent et doué comme tout saint
Innovant et loué comme Poussin
A deux draps du linceul

Je suis venu la nuit de la Toussaint
Sans faire sonner le tocsin
Les cigognes dévorées par mes cousins
Mes frères d’armes d’Halloween

Ont déposé une faux sous mon couffin
Sacré veinard, il ira loin, a dit le médecin
S’il savait ! il m’étoufferait avec mon coussin
Désormais, les prédateurs prennent des coupe-faim

Pour éviter de chasser, de croiser mon chemin
La concurrence court à sa perte
Leur six sens en alerte
Talent évanoui, vestiges scandés en  playback

Je suis venu trop tôt
Comme un éjaculateur
Comme un examinateur
Comme un déambulateur

Je suis haï pour mes propos
Précoce
Féroce
Véloce

Je suis arrivé en croco
Sous les traits d’une promesse
De la grâce dans ce lardon
Il sera un bon garçon

Un vrai plaisantin, a dit l’infirmière
Je suis arrivé en avance dans l’univerbe
A un enjambement de la nécropole
Un hakapik dans ma gibecière

Des hères sous mes vers
Genèse de l’anthropophagie du négronome
Depuis que le verbe s’est fait économe
Les poids lourds se font écolos

Et complotent avec les brebis
Pour être les rois de la prairie
Derrière ma faux, une tribu
Une armée d’intrus dans mes attributs

A leur insu, moi aussi
Je chasse en meute
J’étais venu en nombre
Moi, mes couilles et mes milliards de spermatozoïdes

Ils m’ont cru tout seul
J’ai appris auprès des fous
J’ai haï auprès des hommes
Je crèverai tout seul mais debout comme Toussaint

Be the first to comment on "Du berceau au tombeau"

Leave a comment