Do you speak « Credit Default Swaps » ?

Vous n’allez pas le croire, mais pendant très longtemps, quand les banquiers de Venise, de Florence ou d’ailleurs prêtaient une somme de 100.000 florins, ils mettaient de côté le même montant, au cas où. Autrement dit, pour prêter 100, les banquiers d’antan avaient besoin d’un capital de 200. Depuis le XVe siècle, cette réserve de sécurité a considérablement changé.

Mais dans les années 1970, Larry Fink, banquier américain de la First Boston, eut une première idée révolutionnaire : rassembler une centaine de remboursements de prêts immobiliers sous hypothèque dans une boîte, les classer par risque d’impayé (ils appellent ça << découper les prêts en tranches >>) et vendre le risque d’impayé global à des fonds de retraite cherchant une rentrée d’argent tranquille. C’est précisément cette idée qui a été reprise et modernisée par Blythe Masters, mais appliquée à tous les prêts de la banque, pas seulement immobiliers ou hypothécaires.

Au début, les choses étaient simples : la Banque Kerviel prête 100 millions d’euros à Shell sur 5 ans. Le risque que Shell ne puisse pas la rembourser est faible. Mais, pour ne courir aucun risque, la banque a eu l’idée << d’assurer >> non pas le prêt, mais le risque de ne pas être remboursée (c’est très fin, vous allez comprendre ). Pour cela, elle va découper le prêt en 10 morceaux (10 tranches de 10 millions d’euros), et les proposer à 10 fonds de pension en échange d’un pourcentage. Un seul prêt est concerné. C’est la méthode qui consistait à céder une partie du taux d’intérêt à ceux qui acceptaient de prendre le risque à leur charge. Si par exemple Shell ne fait pas faillite au bout de 5 ans, les fonds de pension auront gagné une très jolie somme, et cela strictement sans rien faire, juste en promettant à la Banque Kerviel que si jamais la Shell faisait faillite, ils paieraient la différence à sa place. Il va de soi que cela n’avait aucune chance de se produire, ou du moins une chance sur mille. Voire sur un million.

Jusqu’aux années Blythe Masters, cette formule a été la méthode << classique >> utilisée par les banques pour se protéger d’un défaut de paiement et transférer -swap- le risque. En France ce sera même Pierre Bérégovoy, ministre de François Mitterrand, qui autorisera d’ailleurs l’utilisation de ces << instruments dérivés >> primitifs ! Et c’est précisément cette formule de la Bank One, et d’autres venant de la Bankers Trust, que Blythe Masters, William Demchak et leur équipe du Crédit Transformation Team vont perfectionner, après avoir recensé et analysé, un par un, tous les prêts en cours de remboursement à la JP Morgan. L’éclair de l’inspiration frappa d’un coup les jeunes banquiers : il suffisait d’adapter aux entreprises la formule jusqu’à présent réservée aux prêts immobiliers hypothécaires !

Cela revient à prêter 2000 euros à votre beau-frère, somme qu’il doit vous rendre dans un an à 0%. Cependant, vous n’êtes pas certain qu’il vous rembourse, aussi, en homme prudent, vous signez << une permutation du risque d’impayé >>, un credit default swap avec AIG-FP auquel vous allez payer 50 euros chaque mois.

Au bout d’un an, deux possibilités :

A) votre beau-frère vous rembourse; AIG-FP s’est mis vos 600 euros dans la poche sans rien faire; il vous reste en poche 1400 euros.

B) Votre beau-frère ne vous rembourse pas ; l’assureur vous paye alors 2000 euros. Il vous reste 1400 euros. C’est définitivement mieux que de tout perdre.

Vous allez dire : << mais ces credit default swaps ne sont rien de plus qu’une assurance ! >>.


Credit default swaps, CDS pour les initiés.

Et vous n’êtes qu’à la page 66 ! Avant cette page, vous aurez déjà appris beaucoup sur la genèse de cette crise bancaire, des fameux subprimes et le silence entretenu autour et par ces castes technocratiques.

Il vous reste encore 190 pages pour comprendre Blythe Masters. Et si vous comprenez Blythe, vous comprendrez la crise.

Et si vous la comprenez, alors vous finirez par sourire de pitié à votre pauvre conseiller bancaire. Vous risquez même de sourire des frasques de Bernie, tellement elles vous sembleront ridicules face aux fulgurances assassines de ce bout de bonne femme.


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Blythe Masters

Pierre Jovanovic

Ed. Le jardin des Livres, 2011

19.90€


Interdit aux naïfs. Déconseillé aux émotifs.

 

 

 

Osez le bon sens !


YDM

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