De Saint-Denis à Michel & Augustin

Nous y sommes, 2011 et toujours pas de million à l’horizon.

Entre la réalité et la fiction, la communication : Saint-Denis. Je laboure ce territoire, de long en large, de tracts en affiches, de rues en passants, rien !

Même un petit billet pour le déplacement. Les pigeons se rebiffent. Je suis le marchand de réalité. C’est dur, c’est médiocre, c’est l’époque !

Juste Saint-Denis et ses rues pleines de pauvres âmes qui errent et s’épient, acceptant mes leafflets comme des mains tendues vers l’illusion de la réussite. Ils aiment que je leur explique tout et me gratifient toujours d’un sourire gêné mais franc;

Bats-toi mon frère ! Ce n’est pas avec moi que tu feras fortune. Merci tout de même, de m’avoir laissé croire que moi aussi, je pouvais consommer.

C’est dur, rue de la boucherie, une belle brochette d’associations et d’associations d’associations, deux, trois commerces et puis, rien.

Nimbée sous les belles dorures des rois de France, la misère dans un sursaut de dignité circule, me regarde, me parle, me congratule, me prend pour un autre illuminé qui rejoindra le cortège de ceux qui ont cru, ont vu et su qu’ils l’auraient dans le c**, comme elle.

Tous ces commerces qui ne désemplissent jamais. Comme ce supermarché. Une réussite. C’est l’intégration contamination progressive par le bas ! Je trouve ça, marrant, de savoir en plus qu’un certain Mr A*** a été à sa tête. Il y’a de l’espoir à l’horizon !

Et ils dépensent, les porte-monnaies palpitent, les cartes bancaires s’essoufflent, les caddies transpirent par tous les trous, de tout et rarement de mauvais livres exposés entre le rayon multimédia et le rayon bricolage. Abrutis par la vie, ils ont au moins la décence de ne pas payer pour s’abêtir. J’ai vu des caissières vieillir sous mes billets.

Avec les autres, on se motive, c’est dur de vendre de l’espoir et d’être pris pour un escroc.

Sur 100 m dans la rue principale, trois assureurs qui assurent; contre quoi ? Je ne sais pas. La délinquance, sans doute !

Les bureaux de commerces restent rarement inoccupés et le transfert d’argent est vachement prospère à deux pas de là.

Une salle, un grand billard, des queues, la maison de la jeunesse.

J’ai vu un jeune une fois, me dire qu’il voulait être acteur comme Taghmaoui; il voulait des conseils, des conseils de grand-frère (il a dû croire que j’étais déjà rassasié: s’il savait !!).

Il l’avait dans ses yeux, toute la folie de son âge; je lui ai dit d’aller à Hollywood. Tant qu’à faire, il valait mieux crever au pied de ses fantasmes et non au pied des murs décrépis de ce village sur pilotis.

Car sur ce magasin bien achalandé, il y’a un enchevêtrement de cages à poules, qui jouxtent la fameuse cathédrale. Je ne sais pas qui devraient avoir honte, les membres du conseil municipal qui siègent dans l’immeuble adjacent ou les rois de France qui égayent ces cré**** en masse appelés décemment touristes.

Le tabac et sa désagréable vendeuse de journaux, ont disparu pour faire place au vendeur de cercueils. Qui l’eût cru ?

Tu nais à Delafontaine, tu fréquentes Sorano, tu végètes à la maison de jeunesse, tu grailles chez le chino-vietnamien du métro, tu évites de t’ennuyer dans ce cinéma de bobos et beurgeois, tu consommes au supermarché grâce aux DAB que tu trouves partout, tu assures ton avenir et tu paies ton cercueil à prix cassés pour ton enterrement au bled où personne ne se souviendra plus de toi.

Toute la vie rassemblée en un seul point. All-in-one, comme disent les gens dans le vent. Saint-Denis All inclusive !

Chichon, bulldogs et clichés

On est au centre de la ville. Devrait avoir quelques billets en trop pour l’instruction. Rien.

Personne n’a encore arraché ma sacoche, violé une vieille sous le regard des badauds, craché sur la figure des serveurs de la place ou égorgé les clients des marchands alentours en brandissant le Coran

J’arpente les rues et je vois passer des jeunes avec des baggies, ils ont certainement des kalachnikov sous leurs ceinturons. C’est pour cela que leurs pantalons retombent sous leurs fesses. Nous y reviendrons dans un autre article.

Cette jeunesse cocaïnomane, vendue au stupre et à la débauche dont on me parle sans cesse, se terre à chaque fois que je passe. Et je peux vous dire que j’y passe très souvent. Je suis probablement couleur locale, je cache des œillères sous mes imitations ray-ban.

A les écouter à la télé, si tu as vécu à la rocinha, tu peux espérer avoir une chance de survivre à Saint-Denis. A défaut de cela, tu es un autre cadavre ambulant, comme les 100000 dionysiens qui s’y morfondent d’ennui et les milliers de commerçants qui y engraissent sans grand ennui.

Moi aussi, je voulais le blé et le décorum qui va avec. La violence, la délinquance, tout le kit insécurité folklorique !

A l’abri des regards de concurrents apeurés, encaisser, engraisser et me plaindre de la violence. Sacré marché captif ! J’ai dû mal prévoir mon coup.

Pas un sou à l’horizon

Les parents, exténués par leurs boulots astreignants, quand ils en ont un, se couchent après le JT maintenant. La crise est vraiment passée par là.

La fenêtre sur le monde est devenue un appendice sur l’immonde. Désormais pour eux, même l’espoir attend le mercato pour changer de maillot.

Des jeunes sont en bas des immeubles, des jeunes c*** rêvent devant une télé-réalité et parfois sur Internet, écoutent du gros son brut et méchant et s’endorment les étoiles pleins le calbute, après avoir été sur You**** accomplir leur devoir célibataire.

C’est dur de se passionner devant ces jamborees UMPS ou devant tous ces sophistes qui s’enivrent de leurs verbiages. Il est d’ailleurs intéressant de voir les politiques parler de footballeurs; de tels exercices d’introspection les honorent. Les gens s’abstiennent davantage. J’appellerais cela de la finesse de c**. De la lucidité.

On ne veut plus une télé, on veut un plasma, un écran plat, ça prend moins de place et ça embellit le salon.

De toute façon, quelle émission leur parle vraiment ? Leur permet d’analyser une idée, sans être interrompu par un obscur écrivassier, expert en tous les domaines selon l’actualité, caresse-a*** distingué depuis que les toilettes existent ?

Je rigole de dégout à chaque apparition de nos chers grands analystes incontinents.

Internet grâce à des sites très marqués et un accès direct et volontaire des surfeurs, permet de recréer ces débats et lieux d’échanges, d’écoute, de contre-propositions audibles. De communiquer vraiment.

Sur Internet, on a le temps. Peut-être pas tous le talent, mais on l’a, le temps. D’aller au bout de sa pensée.

Ne vous faites pas de bile, j’ai toujours mon gros tube nippon branché sur la fiction, la Liga et mes Stan Smith arpentent la réalité pour essayer de comprendre ce monde.

Il va mal, ils le disent tous. Je devrais m’en aller, seul Moubarak l’a dit, contraint par la rue, cette jeunesse si bête et si méchante, n’est-ce pas ?

Je devrais penser vieux, écouter mon pote philosophe du samedi, anti-rimailleur de banlieue, punchliner de Neuilly, Finky la réplique et dévisser avec les génies de l’écriture Raphaël, Katerine ou Eliette. Sourire à la vie.


Souriez à la vie et la vie vous sourira !*

Avec un diplôme d’ESCP, c’est sûr qu’elle vous sourira, la vie ! En France particulièrement, c’est sûr !

Avec deux ESCP, c’est quasiment Dieu qui descendra du ciel pour faire sourire la vie, de gré ou de force; au cas où elle hésiterait.

Il n’y’a aucun doute que Michel et Augustin puissent sourire à la vie et à l’envi, car elle leur sourit comme une p*** qui enjaille un éjaculateur précoce, depuis qu’ils ont commencé leur fameuse aventure.

MicheletAugustin. Michel et Augustin ! Enfin, Michel et Augustin ! Vous ne connaissez pas ? Vous êtes de banlieue, has been voire les deux. Vous n’êtes certainement pas in, bobo, bobio, Von Gaga with love, web 6.0, iPhone addict et j’en passe.

Baisses la tête et ouvres l’œil, corps caverneux en baggy, apprécies la tech !

C’est hype, trop fun d’aller à la bananeraie, c’est la French touch de Ben and Jerry, la rolls du buzz marketing, les number one online, les papes du undercover marketing, les vaches sacrées du web.

Michel et Augustin. Comme dirait Dieudonné, si tu n’es pas au courant, ils sont au courant pour toi.

Pourquoi m’attaquer à ce symbole ?

Pour le plaisir et l’instruction. A vrai dire, je sature. Mes rares amis m’ont dit de changer.

Donnes envie aux gens de t’apprécier et d’acheter tes services. Sois quelqu’un de bien, poli, propre. Mets un gilet, des lunettes carrées et rases-toi ! Sois présentable, vieux !

Depuis peu, ils sont tous devenus coachs, blanches colombes et marketeux de génie.

J’ai raté le virage de la modernité, de l’entregent, de la nuance et malheureusement, j’en suis encore au bon sens. Je peux me tromper mais ils ne m’en voudront pas de réhabiliter le cerveau.

Obligé de m’intéresser à Michel et Augustin. Sacrés vibreurs agréés. P***** de couverture médiatique pour un projet fondé sur une … « innovation » … « gustative ». Franchement, j’ai rien contre.

Seulement, je m’attendais à une dinguerie, une technologie de rupture, un produit nouveau, un circuit de distribution original, j’ai eu des petits sablés produits par un biscuitier de la Sarthe. Alors, face au tsunami propagandiste, j’ai réagi.

Car la rupture est plutôt bien ficelée en terme de communication, de buzz-guerilla-web-… marketing, comme disent les gens dans le coup.

Le petit sablé rond et bon, fruits à boire, Vache à boire, Vrai cookie avec morceaux de chocolat, Fruits mixés*… Bref, des yaourts, des smoothies, des biscuits, des desserts … Rien de bien décapant sous le soleil. Chapeau !


Mais voilà, nous avions besoin de colle pour nos affiches. Je suis entré dans mon fameux magasin bien achalandé, je me suis servi et j’ai attendu derrière la longue file d’attente.

Tiens, si je m’offrais un truc Michel et Augustin, histoire d’aider des collègues à becter.

Et là, j’ai vu. Ou plutôt, je n’ai rien vu et j’ai compris. J’ai compris que Michel et Augustin tiendrait le temps du buzz-guerilla-web-… marketing, comme disent les gens in.

Michel et Augustin, M&A (prononcez Aime-Ande-Hé), comme diraient les gens qui savent, je les ai lu dans tous les magazines économiques, entendu dans l’unique radio économique grand public de France, une originalité française, et vu dernièrement dans l’unique émission économique grand public de France, une autre originalité française.

Des chroniques, des reportages, des articles, des entretiens, des enquêtes, des récits … Pourquoi ?

– Ils ont fait boire leur vache à boire à Bill Gates lors d’une conférence (Puisqu’il c*** et nous, on mange !),

– Ils se sont baladés quasiment nus dans le métro (vachement disruptive !!!),

– Ils ont mimé Michael Jackson (C’est trendy !),

– Ils ont fait des happenings, disent les gens de demain, à Paris.

C’est sur Internet, c’est vu et revu sur le web; ça pèse, ça piaille, c’est bon !


Je n’y crois pas au concept, désolé les gars

Sur leur site, à l’image de leur stratégie, un vernis de collaboratif, un visuel fun, des produits assez … basiques, assez danone, somme toute ! Les goûts et les couleurs…

Passée la seconde d’étonnement, on s’ennuie sur ce catalogue de produits certes épurés, tellement épurés dans leurs présentations qu’on en finit par s’interroger sur la solidité de ce concept de web … collaboratif… communicatif… B to C to C to BB to B to C to CB to C to B to BB

Car, je considère M&A comme une belle vitrine du buzz, guerilla, street marketing, machin truc bidule anglicisme du moment, comme des concepts mi-v*****, mi-f******, type benchmarking, reporting, personal branding, storytelling, cloud computing, 360 degrees, experiential marketing et autres âneries inventées par de creux post-pubères pour de creux post-pubères.

Je connais tout de M&A, les trublions du goût*, les troufions du bull… Enfin … Tout ce qu’il y’a à avaler. Je ne suis pas dans la cible. Mais qui l’est vraiment ? Les bobos ?

Bobos, vous connaissez combien de personnes autour de vous addicted grave à la vache à boire ?

Je prédis sans aucune crainte de me planter, que cette entreprise crèvera une fois leurs gamineries arrivées à saturation, quand les actionnaires revenus de leurs buzz, auront pris conscience que 0 + buzz = 0

A moins que la stratégie soit de se faire acheter par un gros c******* au bon moment et de rebondir comme directeur marketing d’une grande filiale parisienne, chroniqueur économique pour bobos en mal d’illusions, pseudo faiseur de tours du monde en famille par avion et capital-risqueur de start-up innovantes de bullshit… L’époque.

En règle générale, tous ces grands bébés de la création sont persuadés que la lumière viendra d’eux, de Neuilly, de Cergy-Pontoise ou de Fontainebleau. Je rigole toujours de ces … postures de conquérants. Ils affrontent des dangers incommensurables; de l’avenue de la république.

C’est toujours marrant d’en voir un blablater ! Storyteller… On dirait un joueur de golf qui expliquerait la prise de risque à Schumi.

Combien d’exemples de réussite méritée en France ? Personne ne leur a rappelé que Niel n’a pas le Bac.

A la télé, ils ont dit que nos deux visionnaires faisaient 10 millions d’euros de CA et étaient prêts pour l’export.

Félicitations ! Vraiment. Réussir à générer un CA avec ça est une performance remarquable. Vraiment !


Je me joindrais à cette génuflexion collective des médias quand on me dira aussi :

S’ils gagnent une seule roupie depuis 5 ans ?

Quel est le CA des petites entreprises du secteur ?

Qui est dans le 5 majeurs du secteur ?

Quand comptent – ils avoir leurs comptes à l’équilibre ?

Quelle est leur valeur ajoutée réelle sur les produits ? (puisqu’ils sous-traitent leur production)

Quelle est la cible, les femmes, les écolos, les bobos, les quadras ?

Quel est le taux de rachat des produits ?

Comment comptent-ils générer du CA quand le dénudé ne paiera plus et qu’il faudra payer ses encarts publicitaires comme tout le monde ?

Il se cache où, le génie de la bananeraie ?

Dans la banane !, répondraient des mauvaises langues dyonisiennes auxquelles je ne m’associe guère, bien évidemment !

Tiens, je me rappelle de la cible citée quelque part dans la nébuleuse médiatique, les 15-25 ans urbains

Entre 15 et 25 ans, j’ai changé de comportements 15 à 25 fois ! Mais bon, je n’étais pas dans la cible, je n’étais pas urbain, limite sans-papier.


Buzz marketing ou béni-ouiouisme ?

Cette surexposition en devient juste pathétique et gênante. Vous ouvrez n’importe quel papier dit économique, je vous fais le pari que vous tombez sur M, A, M&A , M&A sur M&A.

On crache sur les politiques, les sportives, on ferait mieux de s’intéresser à la presse économique. Dans le deepthroating, même Linda Lovelace avait des limites.

Dernièrement, j’ai cru voir PKM, comme disent les gens qui se font, dans un magazine économique faisant des exercices de yoga ou un truc dans le genre. Il veut aussi devenir chanteur.

A force de les parcourir, je pourrais retracer le parcours de chacun, semaine après semaine. Toujours les mêmes, toujours de Paris, toujours très hype.

Lécher-Lécher-Lécher, le triptyque revisité dans ce milieu censé être exemplaire et banalement vérolé comme tous les autres par le népotisme, la loi d’airain et le corporatisme, c’est certain.

M&A me fait penser à tous ces joueurs de foot qui finissent parmi les meilleurs buteurs du championnat en tirant des penalties.

Les entrepreneurs étatiques, les monopoles et les oligopoles, les réseaux et les médias, vous emballez tout ça et vous avez le capitalisme français. Je crois que j’ai dû le dire quelque part ! J’aimerais tellement avoir tort…


Bilan de la journée, 0 prospect sérieux – 18 Bon courage !

Les jambes lourdes, les doigts endoloris et des idées noires en gestation. A ce rythme, c’est foutu pour le million, les gars.

Je me suis passé un podcast, disent les gens qui savent, d’une émission économique que j’apprécie pour son côté relaxant, L’entreprise BFM, pour ne pas la citer.

Le conférencier – animateur, ex – Essec, ex de L’Expansion, est un ex-créateur d’entreprise qui a lancé Columbus café, un simili Starbucks français, l’a revendu et anime chaque samedi depuis 6 ans, je crois, cette émission. Respect pour les anciens tout de même. Un créateur d’entreprise. Il invite en fin d’émission, de jeunes … commerciaux pour des chroniques sur leurs vies de chien.


Tristan, ex-HEC, l’autre visage du commerce équitable

Catherine Barman, ex-Grande école sûrement, a créé malinea.fr, une agence qui fait du conseil en développement digital, un truc dont je n’ai toujours rien compris… Bref, un crédit Simoncini collé sur le CV

Hadj Khelil, ex-trader à la City, qui plante des dattes et des arbres en Afrique. Que dire ?


Cette fois-ci, je tombe sur M ou A, peu importe, qui commente son passage sur M6, nous parle de la santé insolente de son groupe et finit par nous annoncer qu’ils entament le développement à l’export et notamment aux States, comme disent les gens qui voient.

Comme DSK en 2006, vous n’êtes pas grand chose sortis des beaux quartiers de Paris et des grandes métropoles françaises, et vous allez conquérir l’Amérique !


J’ai su que c’était le début de la fin

Il déroule tranquille et tranquillement, entre deux phrases lénifiantes, très bons fondamentaux,croissance à 30 %, … petits exports en Belgique, Suisse,importateur US,Dean & Deluca,la fiche philosophie qui règne dans la bananeraie … remercie grassement l’animateur pour ses conseils et son rôle de coach personnel de communication de nos cadors du buzz web trade export marketing à l’assaut des jeunes de 15-25 ans urbains, new-yorkais très probablement.

Je me suis alors souvenu de ce joli slogan de winner, comme disent les gens qui font, et j’ai souri.

Souriez à la vie et la vie vous sourira !

Osez le bon sens !

YDM

Be the first to comment on "De Saint-Denis à Michel & Augustin"

Leave a comment