Comprendre Alain Soral grâce à The Game : Les secrets d’un Virtuose de la Drague, de Neil Strauss

J’ai été plongé pendant quelques jours dans ce livre d’un dragueur professionnel américain, ex-loser, devenu au bout d’un an, l’un des meilleurs dragueurs de la planète. Neil Strauss, journaliste, plus connu sous l’alias Style, livre un témoignage assez décapant de sa fréquentation d’un univers assez particulier; le monde de la drague, de la séduction.

Au travers de son parcours, de son apprentissage, de ses assimilations, de ses analyses, on apprend à charmer et attirer l’attention de cette gente mystérieuse. L’exercice s’avère stimulant et l’écriture de l’auteur nous permet de traverser ce pavé de 500 pages en moins de temps qu’une éjaculation précoce. Je ne peux que vous exhorter à le lire si vous avez quelque difficulté à comprendre les femmes, si tant est qu’on puisse y arriver.

the-game-neil-strauss-5662d958d19daBeaucoup de psychologie, beaucoup de machisme, beaucoup de confiance en soi et peu d’égards. Le livre nous fait comprendre pourquoi les bad boys, les provocateurs, les artistes fascinent autant. Et je trouve qu’il permet de comprendre la stratégie opérée par Alain Soral, pour faire mouiller la France depuis 7 ans.

Neil Strauss, le maître de cérémonies, nous donne toutes les étapes pour gérer une expérience de séduction et nous permet de saisir comment des brouteurs, des politiciens et des hommes à femmes font pour multiplier les conquêtes, conquêtes considérées comme inaccessibles par le commun des mortels. Des techniques existent et la plupart de ces chasseurs les mettent en application, très souvent de manière intuitive. Le travail d’explications et de simplifications de Style démystifie « leurs pouvoirs » et montre qu’avec beaucoup de pratiques, le plus nul des bandeurs, le plus moche des branleurs, peut devenir un aspirateur à filles.

Et il me semble qu’Alain Soral a mis en exécution ces méthodes pour capter l’attention des français et s’imposer dans la vie française comme peu de personnes ont pu le faire.

Etape 1 – Choisir une cible
Alain Soral a choisi la France invisible : les jeunes, noirs, arabes et blancs déclassés. Ex-dragueur des rues, il a appliqué les principes qu’il a défraichis dans les rues et les cuisses de ces gentes demoiselles et dames déniaisées. Pour des raisons de stratégie politique, ce dernier a choisi de se focaliser sur cette jeunesse ignorée de l’élite et de leur apporter un discours bien adapté à leurs réalités. Cette proie, fragile par son désœuvrement, et son écœurement, son ignorance, est méprisée par les dirigeants. Contrairement aux autres politiciens qui ciblent la France gauloise de plus de 50 ans, les vieux blancs (aisés, posés et apeurés). Sa cible choisie, il s’adapte à son public et déroule. Il est intéressant de voir comment Soral a converti des jeunes de banlieues à ses opinions dans le but de les faire voter FN.

2- Aborder et ouvrir une brèche
Aborder ces jeunes en bande. L’un des enseignements de Strauss est qu’il faut être en équipe pour bien draguer. Le fait d’être seul en boîte de nuit vous donne une mauvaise image, vous associe à un être qui n’a pas d’amis, qui ne sait pas se faire des amis, qui est désespéré. Aussi, en chasse, il vaut mieux être accompagné car le fait d’être vu avec des amis rassure sur votre sociabilité. Soral s’est rapidement associé à un dragueur de haute volée; Dieudonné. Et comme s’y est-il pris pour faire de Dieudo son soss ? En attirant son attention par des negs qui ont fait mouche.
Un neg ou negging est le fait d’aborder une fille ou un groupe de filles en balançant une phrase dépréciatrice, dévalorisante, humiliante à sa cible afin de saper sa confiance, tout en contre-balançant avec un compliment, un sourire, dans le but de prendre le contrôle et de pousser la cible à rechercher son assentiment.
La victime, déboussolée par votre irrévérence, s’intéresse à vous au milieu de tonnes de dragueurs qui chantent ses louanges et s’agenouillent devant elle. Le neg est donc un ouvre-boîte efficace permettant de fendre l’armure de la cible et de la mettre en position de faiblesse. Exemple : vous avez les plus belles dents de lapin que j’ai jamais vues !
Votre approche originale marquera l’esprit de votre cible et suscitera son intérêt; positif (audacieux, le bougre !) ou négatif (prétentieux, je vais lui rabattre le caquet !).

Soral a donc incendié Dieudonné dans son livre en lui reprochant entre autres, le fait qu’il n’était pas mieux placé (métis breton) pour donner des leçons de morale sur l’esclavage car les ancêtres de ce dernier étaient davantage susceptibles d’avoir pratiqués l’esclavage que les siens (savoyards). Face au mutisme des autres critiques et journalistes des médias, cette pique a suscité l’intérêt de Dieudo qui a tenu à le rencontrer pour discuter avec lui. La brèche était ouverte et il lui suffit de passer à l’étape suivante.
Le negging s’est fait de la même manière avec les jeunes de banlieues. Soral dans ses premières interventions filmées, s’est appliqué à rabaisser, injurier, déprécier les valeurs et styles de vies de ces jeunes (le rap, la misère sexuelle, la voyoucratie…) et s’est placé de suite comme l’un des rares courageux capables d’affronter ces hordes sauvages craintes par François le français. Son culot a payé puisqu’il a avivé l’intérêt de ces derniers qui ont cherché à savoir qui était l’impétrant. La brèche était créée.

3- Se démarquer
Sa manière peu cavalière de les aborder (confrontation virile) a créé chez ces derniers un sentiment d’avoir enfin un adversaire à leur hauteur. La provocation comme la répétition, est une méthode aussi efficace d’éducation. Face à des concurrents lisses, empapaoutés, ignorants, il leur a parlé un langage qu’il connaisse, directement : la virilité. Son démarquage était acté, son toupet salué, son charisme apprécié.
Son démarquage s’est aussi fait de manière vestimentaire et médiatique. Assis dans son fameux canapé, dans une posture de conquérant, assénant ses vérités avec passion et méchancetés et se choisissant des adversaires réputés intouchables (les juifs, les noirs, les associations, les femmes, les gays, …). En face, l’apathie et le conformisme des politiciens et autres commentateurs médiatiques ont permis l’éclosion et surtout le rayonnement de Soral. Seul astre à briller dans un univers politico-médiatique crépusculaire, Soral a dénoté. Dans un monde insipide, il puait; il puait d’une telle force que sa puanteur est devenue le parfum ambiant. Sa provocation, ses vidéos-uppercuts, ses accès de rage, ses folies oratoires, ses digressions bilieuses, son port franc et sa faconde ont stupéfié ses cibles. Fascinées, elles se sont rapprochées et ont pu facilement se faire accrocher.

4- Désarmer les obstacles
Et là intervient la culture, l’art oratoire, la gestion des gestes, le charisme, l’intelligence. Vous devez captiver votre auditoire quand vous draguez une fille dans un groupe. Ne pas lui montrer qu’on s’intéresse à elle et par des negs et ses attrape-nigauds (magie, exercices de psychologie, tests de bonne copine,...), répandre votre aura dans le cercle afin qu’elles n’aient qu’une envie : que vous ne les quittiez pas. Soral a institutionnalisé ses vidéos, a perfectionné sa gestuelle et son discours, s’est arrangé pour créer un rendez-vous mémorable sur internet. Les jeunes sont devenus friands de ses saillies verbales et en ont redemandées. A quand la prochaine vidéo du mois ? A peine relâchée, 100000 vues ! Et le bougre est doué.

Il a lu, beaucoup lu. Il a dragué, beaucoup dragué. Il s’est querellé dans les bistrots, beaucoup querellé. Il a du métier à l’oral et en a usé. Sa façon vulgaro-élitiste de parler de n’importe quel sujet médiatique a réverbéré dans les mirettes, déboussolé les cerveaux et créé une adhésion tacite. En mâle alpha dominant son public, il a capté l’attention et ne l’a relâché que pour créer le manque. Le public naturellement, en a redemandé et il est allé encore plus loin dans l’outrage, dans la provocation. La foule a  frotté son clitoris à chaque rencontre audiovisuelle et n’a plus eu qu’une seule envie : revoir l’objet de son désir, de sa répulsion jubilatoire.

Des concurrents ont essayé de s’opposer à ses idées, mais faute d’éloquence, de vocabulaire adapté, de charisme et détruits par ses critiques acerbes, ses attaques frontales et stalloniennes, ils ont perdu leur combat avant de l’avoir même démarré. D’ailleurs, si vous voulez mesurer à quel point la bête est féroce et maligne, je vous invite à regarder la vidéo de son interview avec un journaliste de France 2, auteur d’un reportage sur la montée de l’antisémitisme en France. C’est un exercice de contre-argumentations absolument exceptionnel, qu’il faudrait étudier dans toutes les grandes écoles, tous les tribunaux, toutes les officines politiques. Les questions du journaliste sont rétamées, le journaliste est déshabillé, mis à poil devant une repartie lumineuse et une argumentation acérée, rationnelle, racée. La raison a raison de la passion et ce caresse-anus n’en est réduit à la fin qu’à balbutier, à récupérer sa camera et à se tirer comme une pinette sodomisée à nu entre deux portes, un soir de réveillon.

5- Isoler la cible
Les jeunes de banlieues par définition étaient déjà isolés dans le paysage politico-médiatique français. Porte-malheurs de la France, ces derniers traînaient et traînent encore leur mal-être et leur abandon dans les trottoirs malfamés de leurs quartiers et les arrières-cours décaties de mosquées improvisées de leurs cités. N’étant écoutés par personne et utilisés comme PQ politique par des dirigeants méprisables, corrompus et émasculés, Soral n’a eu aucun mal à les « engraîner ». Aujourd’hui, des personnages comme Salim Laïbi, ex-associé devenu nouveau ennemi du nazillon préféré des banlieusards, parlent de la secte soralienne.  Le mérite de Soral est moindre dans cette étape car en face de lui, c’était le désert charismatique. Ni en banlieue, ni au Pré-Saint-Gervais, personne n’a eu envie de leur tendre réellement la main. La place était libre, les récriminations profondes, un beau parleur doublé d’un excellent rhéteur (Dieudo, n’oubliez pas, la chasse est plus efficace en nombre, quand chaque élément fait luire le meilleur de son assos au public et vice-versa), ont fondu sur leur proie et ne lui ont laissé aucune chance. Légitimé par le meilleur humoriste honni de France, ragaillardi par les bataillons de jeunes blanc, noirs, jaunes et arabes de France, les ventes de ses pamphlets, les millions de vues sur le web et la persécution organisée des élites mongoliennes, les victimes se sont ligués pour protéger l’objet de leur désir, le catalyseur de leurs frustrations, l’épandeur de leurs colères. Internet étant aussi par essence, un lieu de consommation individuelle, chaque jeune derrière son écran protecteur a pu facilement se repaître de Soral et se couper d’autres influences extérieures.

6- Nouer un lien émotionnel

Ce point a déjà été présenté. En organisant des rendez-vous défouloirs avec ses vidéos du mois et ses analyses filmées de l’actualité française, Soral a créé un lien très fort entre lui et son public. Ses livres et ses activités commerciales notamment Kontre Kulture, ont permis d’asseoir son influence.

7- Passer à un lieu de séduction

Acheter un livre chez KontreKulture, c’est quelque part, avoir une part d’Alain Soral chez soi. Ses conférences sont devenues des lieux de commémoration,  de renforcement de ce lien, son adhésion à E&R, l’écartement de jambes tant recherché et souhaité par la cible. Le site web de Soral est son terrain et ses victimes n’ont eu aucun mal à quitter google pour se réfugier tous les jours, dans son antre, dans sa chambre, les a allongés (vidéos en tout genre), leur a offert un verre de rouge (sanguisterrae qqch), leur a parlé de choses scandaleuses (kontrekulture), et quand ils se sont mis à quatre pattes comme des chiennes,  Soral les a enculés sans huile, en se faisant lécher les roubignolles par des néo-Cunégonde nationalistes énamourés (jeunes de banlieues et jeunes « patriotes » d’Extrême-droite mains dans la main avec un Soral fédérateur dans un triolisme politique nouveau genre; le positive blackblancbeurisme).

8- Faire monter la température Bingo
Point de jalousies expressives, chacun se contente doctement du peu de signes d’affection que leur séducteur voulait bien leur concéder. Et quand un camp devient trop exigeant au goût du lover, une petite saillie redresseuse, humiliante, et punitive (éviction brutale de lieutenants effrontés par exemple) leur rappelle qui est le patron et réchauffe le cœur des co-baisés délaissés. Les victimes sont devenues partageuses et satisfaites de leur position dans le harem soralien. Face aux diverses menaces de sécession, Soral, intelligent et bon manipulateur des foules, a carbonisé les dissidents de la dissidence et établit son pouvoir sans partage dans son royaume. Des failles se révèlent mais ferrées, baisées et appréciant le moindre signe de reconnaissance, d’intérêt, les cibles se laissent faire. Une caresse, une gifle, tel est le quotidien de la cible.

9- Établir un lien physique
Le lien physique tout comme l’achat de livres et les conférences sont des expressions de ce rapport établi, consenti et apprécié. Les cibles achètent tout et n’importe quoi, du moment où c’est labellisé, cautionné, adoubé par Soral. Les déclarations d’amour sont nombreuses (mails des internautes, photos, demandes de dédicaces…). Soral raréfie ses sorties (technique bien connue) et facturent au max ses œuvres (vidéos désormais payantes).

10- Détruire la résistance de dernière minute
Des rebelles, des déçus, des amoureux éconduits, des aigris, des personnes qui ont fini par trouver un travail, une femme, un ancre qui les sorte de cette dynamique, se rebiffent tout au long du processus et essayent de soustraire ces cibles à l’influence de Soral. En interne, ils sont purement et simplement démagnétisés (plus de relais sur le site et les sites vassaux), ostracisés, dénigrés (des montages ou articles moqueurs sont publiés pour isoler et annihiler toute révélation compromettante de l’ex-affidé). La mansuétude étant  un concept inconnu pour tout dissident ou aspirant-dissident qui se respecte. El jefe se doit d’être dur et juste. Ses troupes comprennent. En externe, les attaques pleuvent mais sont à la mesure de l’indigence intellectuelle de ses pourfendeurs. Rompus aux joutes verbales, inspirant la peur à ses ennemis, ces derniers se soumettent physiquement et perdent leurs moyens face à l’éclat de ses démonstrations. Dit vulgairement, ils se chient dessus. Et ils ont bien raison car comparé au padre, ils sont juste nuls; leur médiocrité oratoire éclabousse leur maigre auditoire et rend le fond de leurs dires creux. A l’évidence, le mec est bon et on pardonne facilement à un bon amant ses errements extra-conjugaux.

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11- Gérer les conséquences
Nous en sommes à ce stade. L’effet Soral se dissipe de plus en plus, car ses méthodes, idées  sont diffuses et populaires. Ce qui était provocation il n’y’ a pas une semaine en France, est désormais un propos normal, accepté, toléré. Comment faire de la dissidence quand l’essentiel des idées de cette dissidence irrigue la société ? Faire de la provocation dans une société provocatrice n’a plus de sens et d’efficacité. Il est temps pour Soral de gérer la décrue. Mais ça, c’est une autre histoire.

The Game : Les secrets d’un Virtuose de la Drague

Neil Strauss

Ed. J’ai lu

Osez le bon sens !
YDM

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