[Acrimed] Quand les médias filment la police : « immersions » et compromissions

L’immersion, ou journalisme embarqué (embedded), est devenue une technique idéale pour couvrir les faits divers et le récit quotidien de la délinquance, avec une touche de réalité que représente la proximité avec les forces de l’ordre. C’est la chaîne américaine Fox, propriété du néoconservateur Rupert Murdoch, qui a inauguré la formule en 1989 avec « COPS », show hybride entre téléréalité et reportages d’immersion, qui suit le travail quotidien des policiers, jusqu’aux interpellations musclées [1]. Les émissions de reportages se sont lentement rapprochées de cette forme de couverture spectaculaire, d’abord en accompagnant les troupes d’intervention dans leurs entraînements pour ensuite les suivre sur le terrain, « en action ».

Publi-reportages

Comme leurs confrères de l’armée, les groupes d’élite de la police et de la gendarmerie (RAID, GIPN, GIGN…) ont droit à des publi-reportages à leur gloire, dont les images et les thèmes ont été déclinés sous d’autres formats sur à peu près toutes les chaînes. La première à ouvrir le feu fut M6, avec « Zone interdite » : « Gendarmes de choc », un reportage de janvier 1998 sur les pandores d’élite du GIGN, a attiré 5.6 millions de curieux [2]. Les fins limiers d’ « Envoyé spécial » ont choisi un angle glamour, en 2002, avec le sujet « Femmes d’élite », en prenant position dans le centre de formation d’un escadron parachutiste du GIGN. TF1 se rattrapera en consacrant une dizaine de sujets aux mêmes troupes d’élite entre 2005 et 2012, formule reprise ensuite sur M6 et France 3 [3]…

Ce phénomène a contaminé l’intégralité du paysage audiovisuel français – pas seulement les chaînes low-cost de la TNT. Ce mode opératoire journalistique est désormais privilégié pour traiter les faits divers (appelés « faits de société » pour mieux les légitimer), la petite délinquance et ses déclinaisons sur les trafics en tous genres (contrefaçons, drogue ou prostitution), tous traités avec la caméra placée du bon côté du képi. Les équipes de télévision osent appeler cela des « reportages d’investigation », prétextant que si elles acceptent ces compromissions, c’est pour être « au plus près des délinquants », « au cœur des quartiers sensibles ». Tout cela, bien sûr, ne faisant qu’accréditer l’idée que si la police y est en nombre, c’est que la plèbe, ici-bas, est dangereuse…

 

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