5 idées reçues dénoncées dans "Le temps de la Chine en Afrique"

Le temps de la Chine en Afrique est un ouvrage collectif dirigé par Jean-Jacques Gabas et Jean-Raphaël Chaponnière qui traite de la situation de la Chine sur le continent africain et des nombreux fantasmes qui alimentent cette présence.

Ce livre m’a été chaudement recommandé par Catherine Choquet du GEMDEV de Paris 8 et force est de constater qu’il est très instructif.

Cette étude a été menée par de nombreux spécialistes qui retracent l’histoire des relations sino-africaines. Des cas pratiques sont mis en lumière et l’on peut voir se dessiner la vision stratégique de la présence chinoise en Afrique. L’Afrique saura-t-elle s’appuyer sur ce nouvel intervenant pour desserrer l’étau des colonisateurs qui, n’ont jamais cessé de l’exploiter, ou se soumettra-t-elle une fois de plus ? Il ne tient qu’à nous de forger notre destin.

 

 

Idée reçue n°1 : La Chine rachète des millions d’hectares de terres en Afrique pour assurer leur sécurité alimentaire.

Vérifications faites, si les accaparements de terres se mesurent en milliers d’hectares en Afrique, les Chinois n’y participent pas que faiblement et d’autre part ils n’exportent pas leurs récoltes à Shanghai mais les vendent sur les marchés africains. Un petit tour dans les statistiques commerciales révèle que les produits agricoles ne représentent qu’un très faible pourcentage des échanges sino-africains… et que la Chine en exporte plus vers l’Afrique qu’elle n’en importe.

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Idée reçue n°2 : Les chinois emploient des prisonniers pour la construction de routes en Afrique.

Apparue dans les années 1970, lorsque des milliers de Chinois avaient débarqué à Dar-es-Salam pour construire le chemin de fer Tazara, elle n’a jamais été vérifiée. Pourquoi l’État chinois prendrait-il le risque d’envoyer et de surveiller en Afrique des détenus qu’il peut facilement surveiller et faire travailler en Chine et ce d’autant plus que les candidats à l’expatriation sont très nombreux ?

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Idée reçue n°3 : Les produits chinois concurrencent directement les fabrications locales (politique de dumping)

Dans la plupart des pays africains, les produits chinois ne concurrencent pas directement de fabrications locales et ils se présentent comme des substituts bon marché à des produits de meilleure qualité de marques européennes ou japonaises. C’est pourquoi les économistes jugent que ces importations améliorent le << bien être>> des populations africaines. Toutefois, lorsqu’ils concurrencent directement des fabrications industrielles ou artisanales africaines, ces importations ont des conséquences très souvent désastreuses pour les producteurs locaux. Dans plusieurs pays, en particulier au Nigeria, au Cameroun, au Kenya, en Zambie et en Afrique du Sud, l’afflux de ces produits met en difficulté de nombreuses entreprises qui ont été amenées à licencier une partie de leur personnel. L’arrivée de sandales en plastique ou autres articles bon marché, parfois distribués par des commerçants chinois, a obligé de nombreux artisans africains à cesser leurs activités (Tegegne Gebre-Egziabher, 2009). Remarquons au passage que la concurrence de ces importations n’épargne pas non plus les entreprises chinoises qui se sont implantées dans les pays africains. Rarement mesurés, ces dégâts sociaux, auxquels s’ajoutent les problèmes créés par les contrefaçons chinoises de produits occidentaux ou africains, ne sont pas intégrés dans les mesures du << bien être>>. Il est néanmoins abusif  d’accuser la Chine d’avoir << désindustrialisé l’Afrique >>. En effet, bien avant l’irruption des importations chinoises, les producteurs africains avaient été victimes collatérales de la mise en application trop mécanique des programmes d’ajustement structurel engagés dans les années 1980 par les institutions financières internationales. En abaissant les protections tarifaires, ces programmes ont ouvert les pays africains à la concurrence et ce sont les producteurs chinois qui ont saisi cette opportunité. Ces mêmes programmes ont exigé la privatisation des entreprises d’État qui a ouvert la porte aux entreprises chinoises.

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Idée reçue n°4 : L’immigration chinoise inonde l’Afrique

En l’absence de recensement, les rumeurs les plus folles circulent sur le nombre de Chinois en Afrique : on a ainsi évoqué l’arrivée de 3 millions de Chinois en Angola et 1 million au Mozambique. Mettant à jour une évaluation réalisée en 2001 par l’Université de l’Ohio, Sautman et Hairong (2007) ont estimé que ce nombre se situait dans une fourchette allant de 480 à 680000 en 2006, ce qui permettait de conclure à un quintuplement en cinq ans, soit une progression proche de celle du commerce bilatéral. Si la tendance s’est poursuivie, leur nombre approcherait le million aujourd’hui, soit trois fois moins que celui de la diaspora indienne (et quatre fois plus que le nombre de français). La plus grande communauté (près de la moitié) réside en Afrique du Sud et la seconde au Nigeria suivi par l’Angola où la progression est très rapide.

Que font les Chinois en Afrique ? Alors que les Occidentaux sont cadres expatriés ou employés par les ONG, les Chinois vivent dans des conditions plus difficiles et reçoivent des salaires qui, certes plus élevés qu’en Chine, ne sont pas très éloignés de ceux perçus par les Africains. Les assistants techniques, dont les médecins, seraient bien moins nombreux que les travailleurs des chantiers dont le nombre est évalué à 150000. Les plus gros contingents ont émigré par leurs propres moyens. S’appuyant sur les réseaux de la diaspora, ils ont créé des milliers de petites entreprises qu’ignorent les statistiques des IDE.

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Idée reçue n°5 : Les chinois emploient systématiquement des chinois pour réaliser les projets de constructions en Afrique.

Non seulement ces entreprises emploient des ingénieurs et des techniciens cinq à six fois moins payés que leurs concurrents mais elles embaucheraient de la main-d’œuvre chinoise au lieu d’embaucher des travailleurs africains. Le conditionnel reste de rigueur. En effet des enquêtes ont montré que l’emploi de travailleurs chinois n’a rien de systématique et, même si on ne peut pas exclure la présence de clandestins, l’emploi de ces travailleurs dépend de la politique de visa des pays d’accueil.

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Très bel ouvrage de vulgarisation qui ne pourra qu’aider tout un chacun à se faire une idée plus claire de la Chine en Afrique.

 

<< Les Chinois ne connaissent ni l’Afrique, ni les Africains et ils ne parlent pas français. Conscients de ce handicap, ils nous observent et essaient de deviner ce dont nous avons besoin. Les Français n’ont pas le même problème, ils nous disent en français ce dont nous avons besoin>>. Commentaire d’un cadre malien.

 

 

Le temps de la Chine en Afrique

Enjeux et réalités au sud du Sahara

GEMDEV-KARTHALA, 2012

 

 

Osez le bon sens !

YDM

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